gulo gulo
le 10 juin 2016 (1668 lectures)

   Sludgecore Industriel Black metal

Je ne peux pas dire que j'aie gardé souvenir très net de Poisse - sinon celui, lointain, d'une sympathique mais, donc, un peu courte en bouche version harsh-noisish d'Entombed, ou, à y repenser, une version festive de Conan ; j'en ai un beaucoup plus précis de la fois que je vis Fange sur des planches, dans ce qui était une forme de préfiguration de leur forme actuelle - Matthias Jungbluth au chant, même si alors seulement par interim, et portant un prémonitoire chandail Filth - et plus précisément un souvenir de l'impression mitigée qu'ils m'avaient faite : un son de guitare certes impérial, chaud, boisé et gras bien autrement que ne le sera jamais aucun groupe passé chez Kurt Ballou, mais qui n'en faisait rien d'autre qu'un groupe de stoner-hardcore à la texture superlativement mate et huileuse... et un intérimaire qui nonobstant l'innocuité de la musique faisait, d'une prestation devant laquelle autrement je n'aurais pas passé plus de cinq minutes à tout casser (surtout ainsi placée en clôture d'un festival, avec les douleurs dans les cervicales et le crâne qui battaient joyeusement leur plein, et les membres vides de toute passion), tout autre chose ; quelque chose d'extrême pas seulement dans la maîtrise des potards et des pédales d'effet. Quelque chose du Minotaure, de son Labyrinthe, et de ses victimes, démembrées dans des accès de barbarie pluri-quotidiens.

Le sus-nommé petit taureau n'est plus intérimaire, et il a eu voix au chapitre dans l'élaboration de Purge : cela s'entend, oui. L'amour d'Entombed est toujours là, sincère et galvanisant, mais les hallucinations dantesques (rien que les titres des morceaux, on sait qu'un membre de Calvaiire est dans le coup ; et les titres des morceaux, j'espère que vous le savez, c'est déjà fort important ; si par surcroît vous lisez les paroles (je l'ai fait par inadvertance, et pour mon malheur elles étaient en français), vous mesurerez comment ces visions ont contaminé, irradié toute la musique qui constitue Purge) ont imbibé la musique de Fange de leur sang pollué - il s'agit bien de cela, tant tout ce qui fait la matière du disque se montre à l'unisson : celui du rougeoiement obscur et compressé de cette pochette bouchée, obstruée ; de ce point de vue sans conteste possible Fange se rattache aujourd'hui à la famille des Bunkur, des Toadliquor, des Potop : le sludge d'oubliette, plutôt même que le sludge d'abattoir, le cachot plutôt que le billot, pourvu que l'on s'y sente aussi roi en son propre royaume de misère, qu'en un terrier désiré - et obturé ; bref  tout ce qui confit dans sa congestion morbide, son suint fébrile, marine dans son humeur noire corrosive - et donc de tout ce qu'a priori l'on présuppose d'extrême, sans trop savoir pourquoi (les affleurements noise de Poisse, ou bien le chandail Filth ?) avant de lancer Purge la première fois.

Ce qui fait au choix la faiblesse ou la force de l'album, c'est que Fange n'est pas que cela - un projet drone-sludge tentant sa chance au jeu du plus taré - voire qu'en fait ils sont cela tout en ne laissant jamais que temporairement - mais jamais inoffensivement - le tempo couler au niveau du marécage : l'amour d'Entombed, oui : encore lui. Et le fait, puisque pour ma part je me suis décidé, que l'articulation, le dialogue entre ces deux pulsions emmêlées comme deux boas malades, est belle à regarder : belle comme une valse défoncée d'Harvey Keitel tout nu, vomissant des boyaux gais comme des cendriers pleins au milieu d'un décor aux murs de chair palpitante, entre Cronenberg et Zulawski ; un cauchemar démoniaque à l'égal des plus hallucinatoires moments de Converge (sur When Forever et Poacher Diaries), toxique d'auto-érotisme autant que peut l'être un Diapsiquir ; entre pathétiques dandinements et nauséeux enlisements dans une... fange, quelle coïncidence, qui tient autant de Kickback et d'Arkhon Infaustus que de Will Haven ; pataugeant dans un immondice horriblement ricanant sa démence, qui suggère autant les hideux contours de Skinny Puppy, que de Meathook Seed ; mais qui garde tout le long de son intestinal périple le cap d'un groove stoner-sludge cogneur qui est une sorte de double inversé de celui de - hé : c'est peau-de-vache o'clock ! - Seven Sisters of Sleep : du groove de fan d'EHG qui serait non pas licencié de l'UFC, mais videur de boîte ballotté de contrat d'un soir en plan au noir foireux, et logerait sur un parking perdu dans l'Essonne.

Écoutez donc le blues du prion glouton dans son esprit à la peine.

Purge en trois mots : le, sang, noir


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