DAKESSIAN - The Poisoned Chalice
2016 · Holy Mountain

Détails

Krokodil
le 03 juin 2016 (853 lectures)

   Sludgecore Freak doom

Le laid... C'est toujours mieux quand ça ressemble à quelque chose.

Je veux dire... Le laid a quand même plus de gueule quand il donne l'impression d'être autre chose que le fruit du hasard. Ou la conséquence malheureuse d'une posture pas maitrisée. Ou le résultat de la confusion générale. C'est pas une donnée objective et invariable, hein, c'est un sentiment tout à fait personnel... D'un côté, je suis capable d'apprécier le laid déconstructiviste, sans ossature évidente, cadavre exquis du moche improvisé, mais bon, il faut s'appeler au minimum Khanate ou Scott Walker. Et j'en connais pas beaucoup des Khanate, des Scott Walker... De l'autre, j'ai nettement plus de mal avec le laid performer : le laid qui n'a d'autre qualité ou vocation que le laid. J'ai beau revendiquer assez souvent que j'suis branché par le laid, je reste un petit joueur qui aime le laid écoutable : le laid de The Body par exemple. Quand bien même, ils battent des records (généralement les leurs) à chaque nouveau titre, leur "laideur" conserve une dimension parfaitement intelligible...  Quelque chose d'humain, d'autopsiable, de disséquable, de scientifique, et par conséquent de beau... C'est pas simplement laid pour vous coller la gerbe du siècle,vous vitrioler la gueule, vous dégouter d'avoir des tympans qui fonctionnent encore (les impitoyables Venowl, Trees, et 100 autres merdes ultra chroniquées ici). C'est laid pour poser des questions. Provoquer des réponses. (...) Tout ce blabla indigeste pour parler d'un groupe qui - de prime abord - ne donne jamais l'impression de vouloir transcender le laid, déroulant simplement son impressionnante (c'est la moindre des choses) panoplie d'outils à génocider - ce que j'appelais tout à l'heure "le laid performer" - mais qui au fil des écoutes donne à entendre quelque chose de plus intrusif. De plus captivant. De plus obsédant. Quelque chose qui vient rapidement éclipser cette pénible sensation d'écouter une compilation des passages les plus lents de Full Of Hell et Primitive Man réunis. Quelque chose qui vient succinctement évoquer IRN, Unearthly Trance, Laudanum, ces groupes de sludge un peu plus dégoutants que les autres. Quelque chose qui vient finalement abandonner le sludge pour muer en une espèce de funeral punk industriel, à base de Nightslug, de vieux Monarch et de vieux Swans... Allons au bout des choses : quelque chose de quasiment rock. De rock comme peuvent l'être chacun des groupes nommés à l'instant. De rock comme un certain Supernova, de qui vous savez, avec lequel il partage ce même climat d'angoisse hypocondriaque et de tension permanente, cette même déviance antimélodique mais jamais antiharmonique. Le truc qui fait la différence, si j'ose dire, et qui en fait un disque tout simplement malade. Voilà, on y arrive tout doucement. Le laid est souvent une conséquence du malade. En l'occurrence avec Dakessian, contrairement à Primitive Man et Full Of Hell (pas d'acharnement, juste un constat), le laid n'est pas la cause, mais la conséquence. Une conséquence que l'on ne peut soigner ou mettre en quarantaine. Une conséquence qui se fera le malin plaisir de vous prendre jusqu'aux plus petites alvéoles pour vous noyer dans le mucus de sa désolation.

The Poisoned Chalice en trois mots : incurable, grandissant, contagieux


Facebook 

Chargement...

Avis des auteurs

Excellent
Excellent