SINK - Ark of Contempt and Anger
2016 · Svart

Détails

gulo gulo
le 13 mai 2016 (1458 lectures)

   Industriel Ambient Psychedelic folk

Petite frayeur à la découverte du nouveau Sink, juste après avoir lu leurs annonces comme quoi la composition en a commencé lorsque, pendant l'enregistrement du Second Saint Testament, ils se sont dit qu'ils en avaient fini de jouer "cette musique-là". On a bien eu en lisant ces derniers mots, comme une sensation de flottement qui nous a traversé, un vacillement de perplexité : mais de quelle "musique-là" pouvaient-ils bien parler ? Je ne connais pas deux albums de Sink qui jouent à dire vrai la même musique.

Ça doit, sûrement, avoir un sens très précis pour eux, mais peu importe à un pauvre non-créatif, tout ce qui compte pour sa vue étriquée est là : Sink joue toujours du Sink - puisque c'est Sink qui décide qui est Sink, bien sûr, parce que ne jamais jouer la même chose est Sink, bien entendu - mais surtout parce qu'on les reconnaît très bien, les brigands. Même quand ils jouent de l'apo-folk, comme ils font sur quelques morceaux de ce disque à la fois typiquement scandinave, pour lequel on pourrait citer aussi bien Hexvessel et Ordo Equilibrio que Morthound et raison d'etre - et Sink jusqu'au bout des ongles qu'il n'a pas au bout de doigts dont l'épiderme seul est plus tranchant qu'une langue de banquise.

Sont-ils Sink parce qu'ils sont terrifiants ? Oh, si l'on affectionne assurément de se raconter des histoires à se faire peur, au moment de mettre des mots sur eux, Sink sont seulement terrifiants parce qu'ils vous plongent sans ménagement dans le bain d'azote d'états émotionnels violents et inconnus et qui s'appellent pourtant votre noyau le plus simple ; pas la même essence de terreur, donc, que The Body, qui sont peut-être le seul groupe de la même famille qu'eux - celle de l'industriel (ancienne école : pas trop pré-défini, pas trop humain, pas trop rassurant) qui se mêle de musique métallique - d'ailleurs sous certains angles Ark of Contempt and Anger ressemble étrangement à ce que j'attendais, quant à moi, de No One Deserves Happiness d'après les déclarations d'intention faites avant sa parution.

Parce qu'ils sont arides, d'une impavide sévérité, comme distraite à la manière dont peut l'être un iceberg ? Certes, mais cela aussi est, pour paradoxal qu'il soit, protéiforme au gré des disques. 

Sink, s'il s'agit de les définir, sont vibratoires. C'est ce qui explique à peu près tout, à commencer par la monstrueuse différence qui existe entre Ark of Contempt and Anger et When did Wonderland End ?, auquel on ne pourra se retenir de penser plusieurs fois ici, mais distordu, disloqué, engourdi et aiguisé pourtant, par les douces radiations technoïdes, ou encore d'avec tout groupe de technoïsh ambient (Orbital ? The Beloved ? cEvin Key avec P. Orridge ?) auquel on peut également songer lorsque les vagues lambeaux d'apo-folk se dissipent dans la très haute atmosphère, et d'avec globalement tous ces trucs baba cool (on est finlandais après tout) que l'imaginaire peut s'en aller effleurer par capillarité ; les radiations, précisément, qui vous font entrer les cellules en résonance, en délicatement commencent de déchirer la membrane, par une oscillation qui tient du stroboscope et de l'eau frémissante tout aussi bien, pour en libérer ainsi que d'une ampoule toutes les humeurs ; et la beauté pure y enclose. C'est bien simple : on dirait l'album qu'auraient dû sortir Skinny Puppy s'ils avaient vraiment continué à s'éloigner irrémédiablement de la Terre après Last Rights puis The Process.

On pourrait broder encore quelques clichés grandiloquents sur les rapports, évidemment étroits et brûlants, entre beauté et terreur, mais il me semble qu'au chapitre grandiloquence, on est déjà au complet depuis quelques lignes. Quant à avoir l'obscénité de décrire cette beauté - blanche comme le cri de la scie chirurgicale ? soyeuse comme la cigüe ? obscène elle-même comme un Valhalla révélé en clinique d'expérimentations sur l'humain, ou de découvrir que les lamasseries ont toujours été des façons de centrales nucléaires alimentées à l'énergie spirituelle ? plonger dans la grande lumière blanche, et découvrir ce qu'il y a dedans, ce genre de mauvaises blagues ? - certains font cela beaucoup mieux que moi ; à commencer par Sink.

Ark of Contempt and Anger en trois mots : bon, crmeux, ltal


Facebook 

Chargement...

Avis des auteurs