gulo gulo
le 30 mars 2016 (1327 lectures)

   Traditional doom Drone doom Rituel

La Finlande, le gothique. Arrivera un jour, il faudra enquêter jusqu'au fond de cette affaire-là. Ils ont ça dans le sang ou les gènes, c'est pour ça qu'ils sonnent tellement juste avec une seule pincée, sans avoir besoin même d'en jouer à proprement parler, et se contentent de faire du metal qui sonne goth comme bien des goths aimeraient y parvenir ? Vous en connaissez, vous, des groupes de gothic rock finlandais au sens orthodoxe de la chose ? Ou bien peut-être que ce sont ceux-là, leurs groupes de rock goth : Tombstoned, Seremonia... Et maintenant, de moins en moins dubitablement ou possible à ignorer... Horse Latitudes ? Vous êtes sérieux ? D'anciens vicelards mi-singes mi-poux tout juste émergés de la quadrumanie et de Ride for Revenge, qui confondent Reverend Bizarre et Conan le Barbare - qui confondent aussi et pour ce qui nous concerne aujourd'hui, black metal et cold wave comme rarement on se souvenait l'avoir entendu depuis Kronet Til Konge ?

Et pour ce qui est de confondre, ils confondent, les pourceaux... Le Burzum de Filosofem et Omala, ne perdez pas votre temps à leur expliquer la différence, par exemple. Ou The Gault et The Puritan, ou Unknown Pleasures et Given to the Rising. Tout ça, c'est du Horse Latitudes, le champ clos où ils tournent pesamment, sans empressement, comme un fauve attendant sa victime sacrificielle, c'est vous qui allez devoir le comprendre ; de la musique guerrière sacrée pour des hauts plateaux où l'oxygène est trop rare pour le gaspiller à des conneries, où chaque chose s'effectue dans un ralenti recueilli, précautionneux, chaque imprécation, chaque rugissement glaçant et chaque geste rituel dans une économie préservée jusqu'au tout dernier moment, celui de mettre la hache en plein milieu du visage. Horse Latitudes, par la candide et néanmoins létale simplicité de sa lourde course au milieu des écharpes de brume déchiquetées par les pics, est au-delà de ces catégories, ses facettes abruptes, sa constitution trapue n'y donnent pas de prise, et la chose fend l'air sec et raréfié avec la brusquerie d'une pierre éjectée d'une fronde, traversant sans peine les kilomètres entre les cimes ainsi qu'y résonne le meuglement de l'ours centenaire sur le point de sortir de sa caverne tisonné dans son hibernation par un appétit et une colère presque aussi âgés que lui, dans ce semblant d'immobilité qui se confond si souvent avec les trajectoires les plus impitoyablement fulgurantes.

Il s'agit bien de cela, car à la manière dans un genre différent - principalement par le tempérament - d'Urfaust, la musique de Horse Latitudes dans toute sa simplicité fruste est totale, en deçà - d'ailleurs, pardonnez à un vieux corbeau émotif qui n'est pas prêt de se remettre de "New Dawn" de sitôt, et de sa ligne de basse, mais Horse Latitudes n'est pas à proprement parler gothique non plus, avec sa musique qui conjugue la puissance épique infernale, dantesque d'In Slaughter Natives à une bellicosité typique d'une forme extrême de rock animal : ce serait aussi réducteur que de dire que Primal Gnosis est Filosofem si Varg ne s'était pas appelé Varg mais Bjorn, ou de continuer à dire que Horse Latitudes est l'intersection d'Opium Warlords avec Conan : Horse Latitudes à la rigueur est un groupe qui est aujourd'hui bien à sa place chez le label qui publie Bong, 11Paranoias, et ce groupe qui enfin va reprendre dignement le flambeau des plus vénéneux moments d'Asva. Le label des groupes pour qui le doom est un rituel, une musique de croyants légèrement dangereux. Primal Gnosis est un album chargé - le mot est faible - de dévotion ; et malgré son cousinage avec les disques de Blood of the Black Owl, sa quasi-immobilité transcendantale, de sadhu en plein chemin du retour à l'état ursidé chamanique, saturé de potentiel de violence imminente.

Horse Latitudes en fait est toujours Horse Latitudes, mais un Horse Latitudes qui a suivi le même processus que celui qui fait d'un geste instinctif, animal, primitif, une technique d'un art martial : le même geste mais raffiné, épuré, émondé, jusqu'à une simplicité plus grande et plus essentielle que celle brute du geste naturel auquel il vient se substituer, par une pratique de la répétition qui touche précisément au rituel - il suffit de mesurer le chemin parcouru depuis un Gathering plus dépouillé, simpliste, et qui pourtant parvient à avoir l'air d'en foutre partout, de l'utilisation de la basse aux élucubrations vocales ; jusqu'à ce monstre de concentration, ce spectacle hypnotique, méthodique, pétrifiant, d'un orage qui, interminablement et toujours plus gros et noir de funestes promesses d'une furie d'envergure mythologique, s'amasse derrière les sommets. "A New Dawn", ben voyons, vous allez trouver à la blague un goût de cendres, autant que vous soyez prévenus, l'aube ne sera pas très claire. 

On peut assez bien remplacer dans l'analogie ci-dessus Horse Latitudes par... le doom. Cela explique probablement comment il se fait que bien vite on se rappelle cette sensation qu'on a eue, en écoutant "Drowned Current", que Horse Latitudes était pour la durée du morceau le plus grand groupe de doom sur ce monde, et constate qu'avec Primal Gnosis ils le sont bel et bien devenu, avec une sinistre et inflexible autorité, avec une rusticité altière d'équarrisseur des hauts plateaux, lavé de toutes manières séculières ou embonpoint de civilisation. Le thème d'irrésistible ascension, de naissance glorieuse et terrible qui sous-tend tout Primal Gnosis - voire la discographie de Horse Latitudes, en cherchant un brin - a servi de dynamique éprouvée à bien des albums de doom et de musique rituelle (Tyranny, Wolvserpent, tant d'autres...), pour les habiter de toutes sortes de monstruosités fantasmagoriques et mythologiques ; Primal Gnosis semble se contenter de figurer l'émergence de l'homme, parmi les résidus de ses anciennes écorces, à son degré alchimique de plus grande pureté où il se confond avec la Bête totémique ; c'est beaucoup plus vivant émotionnellement.

Primal Gnosis en trois mots : doom, from, above


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