BLACKWOOD - As the World Rots Away
2016 · Subsound

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gulo gulo
le 29 février 2016 (1164 lectures)

   Industriel Rituel Dub

Et si finalement c'était seul, débarrassé des négociations avec les limites ou les aspirations propres de tous acolytes - hormis bien sûr lorsqu'il s'agit de Paolo Bandera, mais c'est là une autre histoire - que cette vieille ordure d'Eraldo était le plus indispensable, le plus pertinent, travaillait le mieux ?

C'est seul - pour ce que l'on a besoin d'en savoir : le résultat discographique - qu'il avait découvert ses contours dans les sortilèges du dub et de l'illbient ; et à ce qu'il apparaît aujourd'hui, dans les nouvelles chimères doom qu'il poursuit désormais riche de ces tours de sorcier digne disciple de Mick Harris, c'est seul qu'il s'exprime le mieux, tant pis si le prix doit en être une absence de vocaux organiques... Enfin, tant pis : pour l'amateur de doom metal, ou le mangeur de musique désormais majoritairement rock ; mais passé la frustration première, l'on se rappelle bientôt le plaisir largement suffisant voire plus que roboratif, qui se peut trouver dans de simples bons vieux remugles incantatoires tels qu'en utilisent les chamans du synthétique, en fait de vocaux. Borborygmes qui accessoirement se trouvent ici être des samples d'ésotérisme traditionnel, ce qui n'en ferait du reste pas davantage que des borborygmes et éléments d'ambiance dans un disque de metal - mais qui jouent nécessairement un tout autre rôle dans une musique telle que celle de Blackwood, bien plus faite d'ambient et bien moins d'héroïsme instrumental.

C'est toute l'affaire ici, et c'est tout ce que n'atteignaient pas les précédentes tentatives heavy de Bernocchi, si délectables fussent les albums d'Obake et Metallic Taste of Blood, qui prenaient comme point de départ la formation rock, laquelle aussi lourd joue-t-elle forcément tirera le résultat vers le bœuf et le psychédélisme. L'obsessionnelle mécanique qui est la conseillère du musicien seul dans son studio, elle, se prête bien mieux au propos - pour mon humble part celui que j'attends - d'un doom étouffant, morbide, toxique... et d'ailleurs, ces qualités sont également plus princièrement servies ici que dans ses tentatives d'ascension (inversée, bien sûr : c'en serait presque même hilarant lorsqu'on entend prendre son essor sur "Vulture", ici, cette nappe emphatique digne d'un Tyranny, mais qui le malheureux, la tête en bas, n'arriverait qu'à patauger toujours plus bas dans l'infinie mélasse vers le cœur d'une planète sans fond plutôt que vers son cosmos habituel) par le versant dub de la chose, lesquelles sont toujours restées d'une efficacité assez doctorale ; le talent d'Eraldo pour distiller les odeurs de fruits pourris se vidant de leur suc dans une simple caresse sur la corde d'une guitare, y ont toujours semblé manquer de quelque chose, que ce soit dans avec Simm ou le Vevè d'Equations of Eternity (mais là encore : groupe).

Et l'on peut aujourd'hui mesurer à quel point cette chose était : une plus succulente, épaisse, roborative masse de chair bouffie sur laquelle proliférer et putrescer. Il paraît parfaitement logique au fond que le doom, musique charpentée et corpulente s'il en est, ait offert à notre nécrologue favori l'élément qu'il poursuivait. Voilà : le vaudoom-dub-noise est là devant vos yeux, et déjà rien que de le regarder ceux-ci commencent à grésiller et fumer un peu ; cependant que dans les tympans et après eux le système nerveux central, l'humeur est plutôt à une huileuse mer de nuit, d'un type tel qu'on n'en avait pas brassée depuis l'album final de Pain Station.

Il faut bien avouer qu'à la publication de ce rudimentaire emballage, on avait cru que le contenu serait à l'avenant, aussi léger que le disque d'OssO ; et finalement cela tombe sous le sens : aucun besoin de surcharger la texture, la mâche, les courants dans la viscosité ou la profondeur des marées de nuit, par quelque effet de suggestion visuelle que ce soit, lorsqu'on a mis au jour, si j'ose dire, pareil gisement d'hydrocarbure occulte. Sans doute en vérité fallait il un chercheur de formation, et un avec enfin les coudées franches - mais enfin, aussi, qui imaginait Bernocchi possiblement heureux dans des travaux de groupe, et qu'allait il faire dans cette chimère ? quel groupe lui aurait-il permis d'utiliser des ossements comme instruments, hors Sigillum S bien entendu ? -  pour réussir à atteindre ce point d'homogénéité où l'on ne sait plus si ce sont les riffs dub qui hurlent jusqu'à en être des riffs doom, ou si les drones sont tellement moelleux qu'ils sont du dub. Sans doute en vérité tient-on là à la fois non seulement le meilleur disque doom d'Eraldo Bernocchi, non seulement son meilleur disque dub - mais peut-être même bien son meilleur disque tout court depuis un bon bout de temps, plus persuasif même que l'oeuvre moderne de Sigillum S.

 

Du coup, il serait vraiment temps que quelqu'un aille demander à Wicked King Wicker de cesser ses ridicules et bruayantes tentatives, dont les travaux n'ont jamais abouti, et dont dorénavant toute proposition de formule ou offensive, paraîtra si possible encore plus ridicule.

As the World Rots Away en trois mots : narcotique, visqueux, rampant


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