gulo gulo
le 27 février 2016 (1578 lectures)

   Traditional doom Psyché

Electric Wizard. Autant prévenir d'emblée : le mot va devoir être prononcé dans cette chronique ; pas qu'une fois. Si vous n'avez jamais entendu Witchthroat Serpent, cela peut surprendre au premier abord ; si vous connaissez déjà, cela vous paraîtra parfaitement logique et justifié : il est impératif, impérieux, tout ce que vous voulez, de mentionner El Wiz lorsqu'on parle de Witchthroat Serpent, autant pour décrire avec une scientifique factualité de nombreux éléments composant Witchthroat Serpent - que pour catégoriquement, fondamentalement les distinguer l'un et l'autre, et montrer à quel point ils divergent (ce qui, on le sait, fait beaucoup).

Mimétisme, en revanche, en sera banni, et menacé des pires sévices s'il insiste.

Witchthroat Serpent a les accents punk, insolents, vandales, nuisibles des vieux Electric Wizard ? Oui : en autrement plus vandale et offensif qu'El Wiz ne l'a jamais été - ceci dit sans condescendance, hein : lorsque le but est de maudire le monde et de le nier d'un mépris plus acerbe et cinglant encore en ne daignant jamais quitter son canapé, les pizzas putréfiées devant lui qui servent de cimetière à culs de joint et la télé bloquée sur une vieille VHS d'horreur : Electric Wizard est imbattable.

Mais Witchthroat Serpent ne reste pas devant ses VHS. Witchthroat Serpent - attention là oui, c'est une vacherie - n'a pas bobonne qui joue dans le groupe. Witchthroat Serpent s'en va donc librement vadrouiller  et avec un appétit aiguisé pratiquer le meurtre rituel au coin du bois - quoique certains solos au psychédélisme oriental empoisonné (celui de "Behind green eyes", s'il est pas à se la prendre et se la mordre...) le montre potentiellement tout aussi mortellement à l'aise dans la désuétude guindée et la torpeur fatale de quelque club enfumé, où tout le film se transposerait volontiers. Nous y voilà. L'esthétique giallo est battue et rebattue dans le style ? Oui : et ici elle n'est pas qu'un habillage ou une mode (attention, une autre vacherie gratuite pendant qu'on y est, Jus Oborn adorerait : ici on n'est pas chez Riding Easy), elle est ce qui convient le plus étroitement à la musique, et à un album qui porte dignement son rouge brûlant et fluide, fluide comme sont ces mélodies qui, oui, sont du même type et dites avec un timbre très voisin, de ceux qu'utilisent Elwiz... mais pour en faire une chose tellement différente, de ces lignes vocales qui évoquent le Wizard à son plus pop - avec une attaque tellement plus affûtée, explicite, découennée à la soude de toute leur crâne imbécillité... Il y a chez Witchthroat Serpent une intention loubarde, dans la façon de jouer le wizardoom, qui en ferait presque une forme de sludge - mais alors farouchement demeurant fidèle à ses appétits seventies ses manières british, et puis redoutablement éveillé pour du sludge, alerte, souple, félin, cintré, acéré, le geste coupant droit, net et profond comme fait la mélodie, avec une horrible netteté digne des plus abominables bads de champignons : le sludge de Jack l’Éventreur, si vous préférez.

Dans le même ordre d'idées, le timbre vocal de Bolzann est certes de cette obédience que l'on ne peut qu'entendre, et pourtant lui aussi, trop allumé pour se regarder geindre au fond de sa satisfaisante misère et se tripoter mollement la nouille - aucune condescendance là non plus, tout le monde aime se tirer mollement la nouille à certains moments privilégiés : Jus Oborn, répétons-le jusqu'à la nausée sans nous faire prier, est Roi au Royaume de la Bouffissure, et de la Superlative Connerie sa province ; mais Bolzann quant à lui, en ses onctueux glapissements de faim, ondoie et sinue tout autour de sa proie, la subjugue, fouette l'air dans sa direction ainsi qu'ondule la flamme, s'enroule autour d'elle de chaque inflexion de sa meurtrière et concupiscente plainte - plainte dont il fait un instrument horriblement offensif et autoritaire. Il est tout simplement tuant de contempler à quel point Witchthroat Serpent est beau gosse tout en conservant tout du long tous les traits du squelette ricanant, avec ses guitares qui vous taillent comme ferait un couteau à dépecer archaïque fait d'un ossement plus aiguisé que le plus redoutable des coupe-chou, cependant même qu'elles sont plus vrombissantes que les plus vrombissants des riffs doom vrombissants ; à quel point Witchthroat Serpent, tant par l'élégance de ses guitares émaciées que par les moirés affolants de son organe vocal non pareil, vous donne l'impression de baigner dans le luxe le plus vertigineux tout en semblant une démonstration de nudité la plus crue ; à quel point en un mot comme en cent Witchthroat Serpent marie la lourdeur la plus virile et dolente à une à peine assourdie prédisposition à la violence, et qu'il peut à tout instant brusquement bondir comme le dernier des fauves sanguinaires : un vrai félin en somme. Un prédateur sans états d'âme.

 

On me dira que, tout comme pour leur premier album, je n'ai pas prouvé comment Witchthroat Serpent en jouant de la musique de genre y montre son propre style, que je fais dans la différence intangible, dans l'insubstantiel : ça tombe bien, l'insubstantiel accessoirement est mon affaire, mais surtout est il me semble celle primordiale de la musique, et surtout la Magique.

Sang-Dragon en trois mots : vermillon, dvorant, somptueux


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