VERDUN - The Eternal Drift's Canticles
2016 · Head Records / Lost Pilgrims / Throatruiner

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gulo gulo
le 24 février 2016 (1849 lectures)

   Psyché Hardcore

Tout ça pour, donc : ça. La gestation du premier album de Verdun, on le déduit aisément en considérant le temps et les mouvements de line-up (trois au dernier compte) qu'il y a fallu, ne s'est pas faite dans la facilité et la certitude esthétique. On aurait même pu trouver lieu de s'inquiéter, rien qu'un peu, à force de méandres et de dilemmes soupçonnés. Tout ça pour quoi ? Le style de Verdun pour son album n'est pas à première vue celui de son premier E.P, selon la très imparable logique tout juste exposée - et pourtant, c'est du pur Verdun, dans la continuité de ce qui faisait leur particularité avec The Cosmic Escape of Admiral Masuka, qu'on reconnaît : ce hardcore messianique - qu'on aurait bien appelé holy terror si ce n'était déjà marque déposée pour une autre recette - ultra-engourdi et ultra-langoureux, fortement imbibé d'un psychédélisme assez particulier mais certain.

Peut-être simplement la différence vient-elle cette fois de ce que ce dernier est différemment exprimé - au sens où l'on exprime le jus d'une chair, en pressant lentement et inexorablement - par des riffs... toujours plus engourdis et langoureux, je ne sais pas le dire autrement, tant Verdun montre cette densité de personnalité pas si commune qui fait que la lenteur elle-même pour commencer, caractéristique basique des musiques doom s'il en est, sonne chez eux comme la leur et pas celle d'un autre. Verdun, pour être tout à fait honnête, n'a plus l'air tout à fait humain sur The Eternal Drift's Canticles, et sans doute est-ce assez logique, puisque ne s'y trouve plus aucune forme d'humanité ; si ce n'est l'amiral Masuka.

L'amiral, dont il paraît que l'on trouve ici la suite des pérégrinations, est parvenu dans l'espace, et fatalement cela teinte jusqu'à leur donner une nouvelle nature les échos hantés d'Electric Wizard dont Verdun résonnait par le passé ; l'espace, qu'évoque l'artwork teinté de ce que Warhammer 40,000 peut avoir de moins militaire et de plus abyssalement pessimiste, voire de christianisme désespéré (Barbey ?), est un sale endroit angoissant, et allez savoir pourquoi juste ici tout à coup j'ai envie de placer une mention d'Eibon - l'angoisse, la Première Guerre, l'amiral Masuka qui se fraye avec les dents et les ongles une voie pour fuir l'auto-éventration qui l'appelle à grands cris ? L'amiral pour sûr nous fait une sale descente, et une descente dans l'espace peut durer assez longtemps et descendre assez loin : voilà le psychédélisme de Verdun. Elles sont bien loin, les montagnes glacées de The Cosmic Escape, si malades qu'elles paraissaient déjà.

Neurosis, avec son ombre, est toujours là aussi, sous sa forme, la plus limpide et pessimiste et certainement pas la moins hardcore pour autant, au contraire, que l'on connaît depuis trois albums ; simplicité tranchante, sanguinaire, voire venimeuse au point de donner envie de préférer cette fois poser All Out War, comme balise de la virulence déployée par Verdun. Si d'Electric Wizard, en fait, il doit vraiment être question, que ce soit alors d'un Electric Wizard qui aurait totalement renoncé à se cacher derrière la déconne, le cul, Satan et la bibine, pour s'abandonner corps et bien à une tristesse infinie, et à une rage noire non moins abyssale - le souvenir des moments les plus figeants de Buried Inside rôde, un peu : c'est à dire qu'avoir un vocaliste qui humilie aussi bien le vieux Tompa que le grosse majorité des harpies rauques du black orthodoxe le plus fervent, ça aide.

 

Une façon moins fougueuse de dire les choses serait probablement : que l'E.P. était avant tout une démo, une forme de brouillon, d'impétueuse apostrophe, et que nous sommes aujourd'hui devant les œuvres de Verdun lorsque le groupe se met au boulot pour de vrai, ses racines bien enfouies dans le terreau ; d'accord pour moi, si c'est pour l'assortir du constat que Verdun dans la procédure accède, brutalement et sans prendre garde autour de lui, à la confraternité raréfiée des groupes de doom farouchement moderne, au sens d'affranchis de l'obligation de toujours garder verrouillé un œil sur le rétroviseur (ce qui est tellement doom et pessimiste, force est de le reconnaître, que bien des groupes plus prudents y gardent même les deux par précaution) : de tête, je ne vois d'autre qu'un certain Yob et, tiens c'est étrange ça me rappelle une chose que j'avais écrite, Mudbath.

Car enfin on pourrait continuer longtemps, et peut-être même dans le tas se trouveraient-ils des constats objectifs et pertinents, pour décrire la féroce chose ; très sûrement le langage musical de Verdun ne surgit-il pas du néant ; mais il possède, plus affirmé encore qu'auparavant, ce rare caractère de nécessité vitale qui fait qu'il sonne comme le seul de son espèce, et le seul au monde, tout le temps que le disque joue. Car ce qui importe surtout, ce qui saisit le plus violemment, mis en présence de The Eternal Drift's Canticles, c'est l'aura imposante d'un groupe qui ne donne ni dans la fausse modestie ou la modération raisonnable, ni dans la prétention ou la vanité ; mais dépose avec brusquerie tout ce qu'il a dans la balance, sans regarder autour, tout ce qu'il sait faire pour être à la hauteur du résultat qu'il désire, ou la mort : l'aura d'un album qu'il est difficile, en vérité, de regarder autrement qu'avec ce type d'emphase, comme un disque de plus dans une scène vouée à se disperser et l'oubli.

Sans doute, en vérité, était-il fatal que la conception de ce disque cause des dégâts au sein du groupe, mais cette chose, accouchée dans la douleur, l'irradie, la souffrance, dans chacune de ses vitales notes, coups (avais-je déjà, depuis certain concert dans les montagnes, remarqué à ce point le travail abattu, c'est le mot, par ce diable de batteur ?), riffs et cris tout entiers voués à l'éternelle dérive, et ce groupe qui peut-être se bat entre lui-même tout du long, nous donne là, malgré lui ou pas, une chose dont on a rarement entendu l'équivalent en cohérence compacte de tout ce qui la constitue, entre quoi l'on ne pourrait pas glisser l'épaisseur d'une lame. Au bout du compte, Verdun est toujours strictement le groupe de sa démo : du hardcore doom.

 

On conclura sur une note moins pesante, néanmoins, puisqu'on ne pourra manquer de remarquer que l'album se conclut par la sourde et gourde émergence de la lumière, qui plus est avec un morceau auquel a participé l'un non des moindres des disparus du groupe ; et dans cet manière d'adieu à l'ancien Verdun, pour un disque qui semblait s'ouvrir dans le détachement liquide de qui se vide de son sang dans le vide absolu, la paix en fin semble atteinte. Masuka is gone.

The Eternal Drift's Canticles en trois mots : , la, gorge


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