CATHEDRAL - Soul Sacrifice
1992 · Earache records

Détails

Derelictus
le 20 février 2016 (1182 lectures)

   Traditional doom

Cela n’a pas du être évident de sortir de la forêt de l’équilibre, d’accepter de reprendre goût à la vie et même de retourner à la lumière. C’est qu’il aurait été si simple de conserver son spleen, son austérité toute puritaine et de rester à s’observer dans ces complaintes maussades à vous foutre en l’air la plus ensoleillée des journées d’été, et plus si affinités. Il fallait bien jeter à l’air ces vieux oripeaux et accepter de changer des choses, de franchir le Rubicon, de reconnaître d’être, déjà, cet emblème de la ringardise faite musique. D’être celui dont on allait commencer à se moquer parce qu’il ne faisait pas comme tout le monde, ce n’était déjà pas facile avant. Ringard à vie dans cet amour immodéré de Black Sabbath et autres formations pas encore redevenues cultes à l’époque, ça devait être cela leur devise à Lee Dorrian et consorts. Soul Sacrifice, c’est avant toute chose l’affirmation du Cathedral légendaire, après le mythique Forest of Equilibrium, et l’une des pierres à cet édifice qui en a fait incontestablement le meilleur groupe du monde.

Je sens bien qu’une telle affirmation demande un peu plus de consistance, alors que c’est pourtant bien une vérité toute scientifique. Tout ici prend sens finalement, avec déjà ce groove unique, ces riffs qui sortent dont ne sait où et qui prennent possession de tout corps et de tout esprit, ce n'est même pas la peine d'y apposer une quelconque résistance. A jamais, car une fois écouté ces quatre titres, ça reste imprimé à vie. Trouvez moi déjà un riff nul ou un passage inepte sur l’un de ces quatre titres. Vous pouvez chercher, il n’y en a pas. Car à cette époque, les anglais savaient déjà faire des titres entêtants et savoureux qui nous embarquaient dans leurs propres méandres. Ils se permettait même, chose ô grandement impensable quelques mois auparavant, d’accélérer le tempo. Enfin, l’on va tout de même y adjoindre des bémols à ceci, car accélérations chez Cathedral, c’est vite dit, et ça signifie surtout rythmiques bovines sous compléments alimentaires à base de cornes de rhinocéros. C’est désormais interdit ce type de substances, mais à l’époque l’on pouvait tout à fait se le permettre. Rien que le dépoussiérage de Soul Sacrifice, avec ce refrain à te faire cambrer dans tous les sens, car c’est là aussi que Tonton Lee deviendra ce chorégraphe hors pair, se suffit amplement à lui même comme motif d’adhésion éternelle à ce culte.

Il est évident que le cheminement n’était pas encore tout à fait abouti, et qu’il y a encore quelques petites pointes de rechutes, je pense notamment à Frozen Rapture, encore que c’est pas tout à fait vrai, car il y a déjà de quoi vous faire secouer la couenne. Mais quelque chose a changé, et pour de bon serais-je tenté de dire, et ça annonce bien cette suite dantesque. Les rythmiques estampillées cent pour cent sabbathiennes, c’est à partir d’ici qu’on les a complètement, Autumn Twilight et Golden Blood, ça devrait largement contenter tout le monde comme exemples. C’est là aussi où Jennings et Lehan commencent enfin à se lâcher au niveau de leur jeu, avec tous les gimmicks que l’on connaît par cœur désormais, mais qui ont aussi pris forme ici. Et enfin, c’est sur ce disque que Lee Dorrian a fini sa mue au chant et où l’on retrouve déjà sa signature et son phrasé. Ambiance nocturne déglinguée, gigues dansées autours d’un feu de joies au milieu d’une caravane de gitans qui ont remplacé le niglo par des space cake relevés d’une petite sauce aux buvards trempés, il y a tout ça ici et même bien plus. Bien plus en tout cas qu’une cinglante évolution depuis les débuts et bien plus qu'une simple transition entre deux classiques du genre.

Soul Sacrifice en trois mots : groovy, gnial, grisant


Facebook 

Chargement...

Avis des auteurs

 
 
Excellent
Excellent