BLACK MAGICIAN - Nature is the Devilís Church
2012 · Shaman

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Derelictus
le 19 février 2016 (894 lectures)

   Traditional doom

Il y a quelque chose de volontiers kitsch et même d’anachronique chez Black Magician. Rien que le nom du groupe laisse songeur et vous fige même ce sourire béat où l’on se dit que, finalement, il y a bien un groupe qui a réussi à prendre ce patronyme. Mais ce n’est pas non plus la seule coloration passéiste du quintet, car je ne vois pas trop comment le juger autrement qu’ainsi. Evidemment, l’origine géographie joue grandement: cette Angleterre éternelle, celle qui est restée coincée entre la fin des sixties et le début des seventies, et, si comparaison sommaire devait être faite, l’on pourrait citer The Wounded Kings comme vague point d’arrimage. Il y a ce même travaille de riffing et d’installations d’ambiance, sur des titres qui dépassent allègrement la dizaine de minutes. L’exercice de style est en somme respecté sans pour autant s’épancher dans une forme de psychédélisme malsain, ni dans une exposition à la poussière de rues pavées dont on discerne mal les contours dans la brume.

Ici l’ambiance est bien plus champêtre, les petits passages ambient y jouent leur rôle, un peu en mode nature et découverte, mais évidemment de nuit, dans ces cimetières où les tombes s’avachissent par le temps et l’érosion due à des siècles de pluie. Au loin, une pleine lune essaie d’irradier de sa blanche lumière des chemins de terres, foulés pendant des siècles par des sectes d’adorateurs du démon, de Bacchus ou d’autres formes du dieu Pan. L’orgue résonne au loin et appelle tous ces adeptes à leur rituel sabbatique et c’est ainsi que l’on s’élance dans des formes de processions nocturnes. Le décorum des vieux films de la Hammer vient obligatoirement à l’esprit. Mais, et l’on ne pourra pas faire autrement que d’évoquer ceci, il y a une autre ombre qui règne chez ce quintet, et pas des moindres, celle du Cathedral du milieu des années quatre vingt dix: il y a une petite pincée de Frozen Rapture et de Cosmic Funeral dans ces titres, en moins bovin et disco, cela va de soi.

Cela étant dit, ce n’est pas la seule comparaison avec le groupe de Coventry, et c’est ça qui frappe d’entrée de jeu chez ce groupe, c’est avant toute chose le chant de Liam Yates. Au point d’en occulter tout le reste, heureusement que j’ai vu ce groupe sur scène, car sinon je me serai laissé piéger. Pour faire simple: Liam Yates chante comme Lee Dorrian, sans la sophistication de la diction, mais ce sont les mêmes types de phrasés, les mêmes râles hallucinés et les mêmes types de placements. Et autant dire que ça divisera pas mal, dans un sens comme dans l’autre. Pour ma part, je trouve que ça donne un charme tout particulier à l’ensemble, et je me dis que finalement, un autre type de chant n’aurait peut être pas cadré avec l’ensemble. Ou comment rendre un disque qui aurait pu être anecdotique en soi, en quelque chose d’à la fois perturbant, surtout quand la découverte s’est faite juste au moment de la sortie de The Last Spire, et en même temps d’une petite curiosité satisfaisante, voire même d’un ersatz acceptable.

Nature is the Devilís Church en trois mots : anachronique, adulateur, seyant


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