Derelictus
le 16 février 2016 (1024 lectures)

L’on va éluder tous préliminaires et dire les choses concrètement : cet album, dont je n’attendais strictement rien, et ce d’autant plus que la pochette ne donnait pas trop envie, m’a donné une telle claque, et cela faisait longtemps qu’un disque dans ce genre musical m’avait autant séduit, à un point d’en devenir une obsession et de lui donner plusieurs rotations quotidiennes depuis une bonne semaine désormais. Impossible de s’en départir et il m’a fallu me rendre à une certaine évidence: cet album possède de nombreux charmes et aussi une personnalité, qualités qui font pas mal défaut à la plupart de ses congénères évoluant dans cette scène dite rétro, et dont je suis toujours quelque peu dubitatif quant à l’engouement que suscitent certains.

Il est toujours question de cela sur ce Nucleus, et l’on pourra dire que Magnus Pelander n’a pas changé ses vestes à franges et ses jeans trouvés dans une friperie de Carnaby Street, ni même son amour pour les débuts de Pentagram. Et des titres comme Theory of Consequence et The Obsessed réconfortent rapidement l’auditeur, que ce soit ceux des débuts qui retrouveront bien ce côté hommage aux grands Anciens, que ceux de Legend, dans ce côté plus incisif, qui se ressent notamment dans la production beaucoup plus ample. Effectivement, tout reste bien en place, même si Pelander est désormais seul au commande au niveau des guitares, contrairement au précédent album, et qu’il a changé de cellule rythmique, ce qui est un peu dommageable pour ce qui est de la basse, beaucoup moins virevoltante que par le passé, et qui faisait aussi le charme de cette formation. Mais l’on retrouve tout de même ces phrasés de guitares typiques, ce groove enivrant, et ces incursions de divers instruments, avec une utilisation judicieusement parcimonieuse il est vrai, qui font tout le charme de Witchcraft.

Toutefois, tout ceci nécessite tout de même d’y apposer quelques bémols. Et pas des moindres, car ce qui frappe d’entrée de jeu, - et en dépit de quelques détours folk, le titre Malstroem nous met dans le vif du sujet -, c’est ce côté beaucoup plus plombé de la chose, comme jamais auparavant, et qui est assez réconfortant d’une certaine manière, car cela laisse de mise le côté un peu pop du passé. Moins enjoué que de coutume, même si ce n’est pas non plus d’un lugubre à faire pâlir d’effroi, il y a quelque chose d’un peu plus désabusé dans cet album. Mais c’est surtout une certaine forme de spiritualité qu’on y retrouve, ou de poésie, peu importe le nom qu’on lui donne, qui rend l’ensemble tout bonnement hypnotique, pour peu que l’on ne rechigne pas à franchir certaines portes. Oui, l’on touche là à tout ce qui a fait de ce disque une forme d’addiction auditive, écoute après écoute, et s’il faut bien mettre un nom derrière tout ceci, c’est bien l’ombre d’illuminés tels que Jim Morrison ou Jeffrey Lee Pierce, qui règnent allègrement sur ce disque.

Dans ces formes de mysticismes et d’onirismes, mais aussi dans ces titres labyrinthiques, Pelander nous invite à le suivre vers des horizons plus ombrageux, où il semble plus en proie à ses démons, parfois chancelant, parfois sûr de lui même. Mais dans tous les cas il impressionne grandement au niveau du chant, dans cette versatilité, et dans cette capacité à être totalement possédé par son Art, notamment dans ces feulements dantesques dont il fait preuve le plus souvent sur cet album, mais aussi dans la manière même de placer ses lignes. Et c’est sans doute là toute la force de cet album, c’est qu’il convoque de multiples influences à cette assemblée, formant un noyau dur à partir duquel vient se greffer un panel d’ambiances, tour à tour pluvieuses, champêtres et illuminées, parfois dans le même titre. Cela se ressent dans ces compositions souvent à tiroir, dont on ne sait parfois vers quoi elles nous emmènent, un peu comme sur An Exorcism of Doubts et sur Breakdown.

C’est même une forme de pèlerinage auquel nous sommes conviés, à travers les âges, entre les landes anglaises, avec sa bruine et ses cottages, la côte ouest américaine, et sa liberté de ton, mais non sans avoir rechigné à quelques passages du côté des archives du label Vertigo, mais le tout avec une bien meilleure réussite et une bien meilleure inspiration, que doit lui envier un certain Mikael Åkerfeldt. Et le morceau titre, qui s’étire sur un quart d’heure, est sans doute la meilleure illustration de tout ceci. Dans tous les cas, Pelander s’est exercé à un sacré syncrétisme qui rappelle tantôt le Vol.4 de Black Sabbath, tantôt Led Zeppelin IV, tantôt les Doors, voire même Wovenhand, et tant de choses dont on ne pensait pas que tout ceci pouvait aussi bien s’agréger. 

Nucleus en trois mots : mystique, mandreux, doux-amer


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