Derelictus
le 06 février 2016 (962 lectures)

   Epic doom

La cuvée mille neuf cent quatre vingt dix huit de Solitude Aeturnus est sans doute la plus atypique de leur carrière, mais non pas dans le sens où le groupe aurait renié ses racines, mais plutôt dans le sens où l’ouverture vers d’autres horizons s’y ressent le plus. C’est d’autant plus paradoxal lorsque l’on pense à la scène d’où provient cette formation et où le classicisme est de mise, de même qu’une certaine proportion à l’immobilisme, mais c’est aussi ça qui fait le charme de l’epic doom metal, - enfin, c’est sans doute ce que je recherche dans ce style, ainsi qu’une bonne part de mélodies tant au niveau musical que vocal, et, là dessus, il y a toujours ici des ritournelles à reprendre lors de sa ballade dominicale sous la pluie.

Et pourtant, s’il y a bien un trait de caractère qui sied le plus à cet Adagio, c’est qu’il est résolument inscrit dans son époque et qu’il fleure bon la fin des années quatre vingt dix. C’est ainsi que l’on retrouve le quintet dans une tournure résolument plus à la page, où viennent s’entrecroiser des influences diverses et variées, et parfois même assez surprenantes. Au risque de passer pour un iconoclaste, elles sont pourtant assez prégnantes pour ne pas les citer. Je ne peux m’empêcher d’y déceler assez fréquemment les oripeaux d’un Alice In Chains, sans les effets de l’héroïne. Mais que ce soit dans le placement du chant, et surtout dans les superpositions de lignes de chants, comme sur Personal God et Lament, que sur l’ambiance dégagée, notamment sur Mental Pictures ou Idis, l’on ne peut s’empêcher de penser au quatuor de Seattle.

Ces petits côtés désabusé et bourbeux auxquels les texans ne nous avaient pas habitué, lui donnent pourtant un supplément d’âme, correspondant bien avec les thématiques abordées ici, plus métaphysiques que fantaisistes. L’on est pour le coup bien moins dans le démonstratif et l’éloquent, mais plutôt dans une certaine retenue, qui n’exclut pas quelques explosions. Et que dire du titre Never qui semble rendre hommage à la scène anglaise contemporaine, tant ses mélopées de guitares nous rappellent les Peaceville Three, et dont on aurait aimé plus d’explorations dans ce sens, ce titre étant cruellement trop court.

D’ailleurs, la flamboyance d’antan est laissée de côté en grande majorité. Même si l’on retrouve tout de même des instants plus classiques, comme sur Days of Prayer, Believe et Spiral Descent, où tout le savoir faire du quintet s’exprime, avec en ligne de mire ces influences orientales qui se marient très bien à l’ensemble. Mais l’on gardera à l’idée que c’est sans doute l’album le plus feutré du groupe, ce n’est pas pour rien que l’on y retrouve un titre complètement acoustique. C’est même ici que les dualités entre clairs et obscurs sont les plus mises en avant, donnant ainsi pas mal de reliefs et surtout une touche plus intimiste, pour ne pas dire pluvieuse, le retour dans un studio anglais a sans doute permis d’étayer cette coloration.

S’il ne brille pas autant de mille feux, le groupe n’en garde pas moins cette classe, à commencer par Robert Lowe qui a encore fait moult progrès, et même terminé sa mue, avant d’être coupé dans cet élan par les soucis de santé que l’on sait. Plus concis et plus nuancé, l’epic doom metal de Solitude Aeturnus prend ici des attraits volontiers plus modernes sans toutefois franchir le pas de trop, apportant ainsi un regain d’intérêt et d’ouverture plus que bienvenus, en évitant par la même occasion l’écueil de la répétition que l’on pouvait un peu reprocher à Downfall, car tout ceci fonctionne très bien ici. Il y a même bien plus à gratter derrière son aspect austère que pourrait le laisser penser une écoute distraite, et c’est également dans ces éléments épars que l’on peut y trouver un certain intérêt, pour peu que l’on soit en même temps hermétique aux grandes envolées métalliques d’antan.

Adagio en trois mots : cama´eu, de, gris


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