CONAN - Revengeance
2016 · Napalm

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gulo gulo
le 31 janvier 2016 (1377 lectures)

   Traditional doom Drone doom Crust

Cette fois c'est bon et c'est marre. Conan en a gros, Conan en a plein son gros cul. Vous croyiez que Blood Eagle était brutal ? Il l'était ; mais dans la joie, une certaine rustique forme de noblesse d'âme... quelque chose. Blood Eagle, le terme ne désigne pas une pratique principalement réputée pour sa délicatesse mais elle comporte sa proportion de rituel, donc de civilisation, même cruelle.

Revengeance... Le mot-valise bourrée à craquer de mesure et d'amour de son prochain - qui donc ? - dit tout. Cette pauvre victime de civilisation a été débarquée du drakkar plusieurs milles avant, à coup de pied au cul, et depuis la tension, la frustration, l'acrimonie n'ont fait que bouillir dans la marmite jusqu'à ce que celle-ci elle-même n'ait plus qu'à fondre et carboniser à son tour. La dent dévitalisée qu'était Blood Eagle, de ce creuset alchimique porté sur le feu de la bile brûlante, est ressortie dent dure. Très dure. En vérité, Blood Eagle était un échauffement, quand bien même les accélérations déjà s'y montraient - et quand bien même Revengeance pour sa part n'est-il pas démuni en parties ultra-doomies ; et Revengeance est de ces albums généreux dont la réussite rejaillit sur ses aînés, et donne, dans sa perspective et l'évolution en cours qu'elle dessine, un lustre encore plus vif à un Blood Eagle qui ne manquait déjà pas de charme, le rendant unique comme l'est un moment glorieux dans la genèse d'un style, dans une histoire.

Dans cette histoire, on l'a compris, Conan a décidé - si l'on ose dire - de démontrer aux fâcheux qu'impossible n'est pas doom, et qu'il n'est simplement pas question de laisser la version fataliste et véritablement sinistre du beatdown à, au hasard, des imbéciles de Mexicains. En vérité, Blood Eagle et par exemple "Horns for Teeth", était une mise en jambes, un ébrouement général nerveux avant de totalement et vigoureusement se vautrer à la façon d'un sanglier mythologique dans cette ignoble bauge de son nauséeux de gravité boueuse, ces adipeuses séquences de dandinement dignes, sans mentir, de Cock and Ball Torture, ces salades de riff aux noix et aux gnons tout juste bons pour un disque d'Hammerhead ou un Entombed. Tout est à sa place habituelle - et pourtant rien n'est comme d'habitude, car jeté aux moulins est l'altier calme du pâtre viking, sur sa montagne qui est un pont vers un monde-fantôme ; cette irréelle hauteur qui caractérisait la brumeuse barbarie de Conan par le passé. Tout, partout, les riffs, les deux voix chacune dans son bilieux enfer - est baigné, bouilli dans son jus, macéré, boucané, madérisé, et teinté jusqu'à la trame de l'os par la rage et le sang versé, faisant de Conan, avec son aberrant hybride de Torche, d'Obituary du Cathedral des tout débuts, peut-être bien le seul groupe au monde capable d'être heavissime - ô combien - et aigre ; à la fois lait tourné et huile de vidange ; à rendre l'humeur noire si mauvaise et offensive.

On ne sait pas qui a chié dans les bottes à Conan - peut-être personne : peut-être tout simplement Conan a-t-il pris pied dans la réalité et l'a vue pour la première fois, ou encore Conan dans le monde réel se traduit-il sous la forme d'un énorme pressoir pour faire de l'huile à partir d'humains. Vous pouvez croire sur facture que, même une fois passée la pénible écoute de la découverte, on continue à traverser le disque le visage tordu de crispation comme si on chiait une enclume, ce qui n'est pas la moindre des satisfactions auxquelles vous ouvre l'écoute de Conan.

Revengeance en trois mots : briser, des, os


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