gulo gulo
le 27 janvier 2016 (1240 lectures)

   Sludgecore Post hardcore Black metal

Love Sex Machine arrive précédé de sa réputation, celle héritée d'un premier album "ridiculement heavy", comme dit la sibylline expression qui au choix pourra être entendue comme font les anglophones à savoir un compliment extravagant, ou bien comme font ces damnés esprits forts de francophones caustiques : un haut-le-cœur doublé d'un gloussement dépréciateur.

Oui mais Love Sex Machine arrive, pour la version cd, qui nous occupe ici, de son second album, sur Lost Pilgrims. Un label qui, pour officier volontiers dans le champ typiquement actuel de ratatouille globale entre tous les styles fleurissant aux extrémités du metal et du punk hardcore, ne le fait, et à mon avis c'est autant par choix que par limitation de ses capacités à recruter, qu'avec un entier et bonhomme exercice de son droit de n'y retenir que ce qui l'intéresse.

Si vous voulez, Lost Pilgrims, c'est un peu à l'image de Cold Dark Matter : il leur faut des poulains qui possèdent une personnalité certaine, et pas de temps à gâcher à l'afficher (ce qui du reste est la marque justement d'un défaut de certitude) ; ce qui fait que lorsqu'à l'écoute d'une de leurs sorties on ressent possiblement une première impression d'ordinaire, c'est normal - et l'on insiste ; jusqu'à trouver ce qu'on sait pouvoir débusquer à la fin. D'ailleurs, tenez : ce qui m'a décidé pour l'occasion à passer outre la mauvaise réputation sus-mentionnée, outre un label que je surveille comme le lait sur le feu, c'est un morceau du groupe d'avant Love Sex Machine, In the Final Analysis, figurant sur une compilation... Cold Dark Matter. Et ce que je trouve de non-pareil à la musique de Love Sex Machine, c'est cette saveur CDM que n'ont pas les autres groupes de ce style, devenu depuis beau temps si commun, de sludgeblackpostnoisecore. Ces relents de science-fiction, ou plutôt d'exil volontaire au fin fond de l'espace (la fixette de Noothgrush sur Star Wars est-elle si étonnante, si l'on y songe un peu ?), loin de toute humanité, relents subliminaux qui en l'occurrence se conjuguent à merveille à une musique qui n'aurait pu se trouver davantage chez elle, que chez l'éditeur de Rorcal, Process of Guilt, Mudbath et Cortez : de ces groupes qui n'ont que foutre de choisir (pour quoi faire ensuite ? respecter des codes ?) entre metal et punk, entre doom et black...

Niveau black, effectivement, Love Sex Machine le joue un peu comme Rorcal - comme du doom vu par la génération post-hardcore... avec une voix, pourtant, et quelques rifferies aussi, dont l'âpreté et l'acrimonie sont à leur faire des envieux chez pas mal de jeunes ou moins jeunes Norvégiens. Niveau post-hardcore, il est bien question d'ordinaire voire de pire que l'ordinaire : Black Sheep Wall, et la transformation de la monocorde en langage, de Will Haven en meme... et pourtant leur monocore ressemble en plus d'un endroit, en plus d'un éclair froid comme le vide spatial, à un impossible stoner d'entre les étoiles indifférentes, à un téléscopage irréel de Ghostride et d'Indian... avec la voracité aveugle d'un trou noir.

Love Sex Machine avec Asexual Anger, plutôt que les pires des plus teigneux des caïds et des mâles alpha de la scène et de son histoire, évoquent les petits discrets qui sont partis battre la campagne et les chemins de traverse, les Slomatics et autres lunaires anomalies musicales. Déjà, rien que le fait qu'on ait pu penser, que ce soit voulu ou non, à Ghostride dénote une peu commune fraîcheur dans la façon de s'approprier le langage de Will Haven, lequel est à la base de tout groupe ridiculement heavy de hardcore porc jusqu'à l'absurde.

Assurément, Love Sex Machine ne sont pas les plus méchants du quartier, quand bien même ils sont puissamment découplés ; et assurément Love Sex Machine fait partie d'une génération qui hurle parce que plus personne ne sait s'exprimer autrement. Mais on est bien loin de la culture du vide et du sans objet qui se résume assez bien dans le seul nom de Plèvre. C'est plutôt qu'ici on a le cerveau étrangement cotonneux. Et à force d'écoutes on finit par se dire que Asexual Anger porte fort bien son titre, mystère compris, avec sa drôle de manière de monstrueuse fureur pourtant irradiante de glaciale sérénité, sa fulmination désinvolte et détachée de toute passion, autant que démesurément punitive. Musique de geeks ? Sans aucun doute, et qui charrie ce que la condition à l'origine pouvait avoir de pervers, de monstrueux, de grotesque, de macération à la seule lumière d'un écran de TO7 70, d'isolationnisme... d'un rien inquiétant, quoi.

Mais peut-être Asexual Anger n'est-il en aucune façon différent de ce fameux premier album, puisque je ne me souviens pas d'avoir écouté celui-ci, réputé être aussi vain et du domaine du quatorzième degré (celui où plus personne ne peut vous entendre crier) qu'un album des si drolatiques et non moins heavissimes Black Sheep Wall ? Peut-être ; peut-être, alors, que la simple différence de langue n'en est pas une si simple, et l'humour américain n'a-t-il pas tout à fait (vraiment ?) la même profondeur, épaisseur, consistance, ce que vous voulez, que le français ; et que du coup, contrairement à ce qu'on disait en préambule, le mot "ridiculement" dans l'expression "ridiculement heavy" n'a pas tout à fait la même saveur riche et ambigüe (qualités qui sont tout le mal qu'on souhaite à un groupe voulant faire des disques qui durent) concernant un groupe américain, qu'un groupe français.

Asexual Anger en trois mots : rien, , foutre


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