Derelictus
le 16 décembre 2015 (1140 lectures)

   Doom death Black metal Folk

L’Irlande, celle que l’on aime pour ses mystères et son climat, dans toute sa splendeur, dans toute sa tristesse, dans toute sa rage et dans toute son intimité. Celle qui pleure ses ancêtres et l’âpreté de sa condition, de ce peuple souvent bafoué et meurtri. Celle qui narre tant d’histoire d’héros s’élançant têtes baissées dans des batailles perdues d’avance, et de tous ces morts magnifiques. Celle qui est fouettée par la pluie et le vent et qui ne ploie jamais sous le poids du ciel. Celle qui chante son passé sanglant et qui invoque ses poètes maudits. Celle qui se bat quotidiennement contre la rudesse et la rugosité de cette terre brulée et de ces landes de pierres. Celle qui laisse exploser sa rage, sa colère et sa rancœur. Et l’on ne peut l’imaginer ici qu’autrement, tant le poids de son histoire, chargée en épisodes tristes et désolants, tant le poids de ses déchirements intérieurs et de ses révoltes, éclos à chaque pas et à chaque recoins de la verte Erenn. 

Il y a tout ceci dans ce Rust & Bone. L’acrimonie et le côte organique de Formless n’ont pas quitté le quintet, ni même cette rancœur et ce côté viscéral, et on le retrouve plus audacieux que jamais. Même si dans le fond, peu de choses ont changé chez les hommes de Kildare, la forme se trouve intelligemment nourrie de nouvelles influences, au premier rang desquelles, quelques légères touches black metal sur ce final intense de Godether, dont la construction est admirable, un peu à la manière de leurs cousins de Primordial, une réelle réussite tant la violence de ce final vient vous fouetter le visage. En cela, l’intégration de Pauric Gallagher, aussi membre de Malthusian, aura fait le plus grand bien à cette formation. Rage et amertume sont convoquées ici, ainsi qu’une mise en avant de cette mélancolie aussi touchante qu’elle n’est pas surfaite. Non, elle prend toujours aux tripes, comme jamais, comme quelque chose d’enfoui dans les tréfonds et qui resurgit, nous laissant juste les yeux mouillés par tant de beauté.

L’autre grande originalité de cet opus, vient de l’agencement même de cet album, entre titres classiques et interludes, qui pourrait faire penser à un Sink, mais qui aurait troqué ses machines pour des instruments traditionnels, retournant à cette terre avec The Gathering Wilderness pour seule partition à suivre. Et l’appel à ce poignet folk, ces motifs plus fréquemment en ternaire, et ces acoustiques aussi frêles que grises, vont dans ce sens, à tel point que l’on retrouve ici une coloration volontiers folklorique, mais pas de ces chants de pubs, mais dans ces ballades irlandaises volontiers nostalgiques, à l’instar du testament musical que nous a légué Liam Weldon. D’ailleurs, les mélodies vocales n’ont jamais été aussi belles, Frank Brennan étant à ce titre bien plus présent que de coutume, avec cette voix de barde tantôt magnifique, tantôt puissante. Oui, l’Homme face aux éléments et face à un monde qui semble s’assombrir de jour en jour et cette peur de ne pas voir la lumière au bout de cette Nuit sans fin, c’est tout ceci qui vient à l’esprit à l’écoute de cet album, aussi surprenant que poignant.

Rust & Bone en trois mots : rust, never, sleeps


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