CORRECTIONS HOUSE - Know How to Carry a Whip
2015 · Neurot

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gulo gulo
le 21 octobre 2015 (1041 lectures)

   Industriel Hardcore

Dans la catégorie EBM pour faire des pompes en para jouée par des coreux non-européens, ç'a tout de même une autre gueule que l'autre truc ridicule et fastidieux sur lequel tout le monde s'est raboté la branche voilà quelques mois, là, et dont dieu soit loué je ne retrouve plus le nom... Ah, merde, si : Youth Code.

Et dans la catégorie styles musicaux affiliés goth soudain absous, pour au moins quelques mois jusqu'à la prochaine mode, de leur statut blaireau-grouft-bouh, une autre capacité à exciter que toutes ces boudinades "post-punk" qui racolent le buveur de bière comme des harengères sur le retour.

Bien. Une fois ces procès-verbaux de mise à l'amende établis ainsi que l'exige la procédure, que reste-t-il à dire du second Corrections House ? Vu que par le fait, le suspens n'existe plus : oui, cette fois le machin fonctionne à plein régime ? Pourquoi, comment ? Pas la moindre idée, au premier coup d’œil : c'est toujours le même machin, donc toujours la même aberration ; de l'electro-indus quasiment resté au stade new-jack dépressive de son évolution, tout juste êut-être passé à Test Dept, en premier nez comme ça je dirais une grosse saveur de Stereotaxic Device - excellent petit cru, donc - entrelardé d'apo-folk de white trash à faire passer Dwid Hellion pour J.M.G Le Clézio ; et de harangues d'un Mike Williams retombé en adolescence...

Force est de constater, pourtant, et pour cela ne sont nécessaires que des oreilles et rien d'autre, que le Corrections House auteur de Know How to Carry a Whip est un groupe ; quand celui de Last City Zero était un super-groupe, à savoir une entité constituée de bons musiciens, ce qui n'a aucun sens, entendu ainsi au sens Real Madrid de la chose : les bons musiciens, les athlètes de la guitare, cela n'existe pas - à part bien sûr ceux de David Bowie ou Johnny Hallyday ; les bons groupes, oui : ce sont des choses qui tiennent de la magie, de l'alchimie, dont tout le monde est élément nécessaire, même le bassiste, même celui qui ne compose jamais et n'a jamais appris à jouer de son instrument depuis leur formation au lycée - même Lol Tolhurst, voilà... et même Boris Williams, puisqu'on y est, qui justement est pourtant ce qui s'appelle "un bon musicien". Savoir qui fait quoi et plus spécifiquement qui réussit quoi dans Corrections House ? C'est justement ce qu'on ne pouvait s'empêcher de chercher dans le bric-à-brac de Last City Zero, d'autant que de bonnes idées voire de bons morceaux y surnageaient, nombreux, même, mais avec l'homogénéité des grumeaux - et dont on se fout globalement cette fois : groupe, vous dis-je.

Corrections House est un groupe. Oh, toujours une monstruosité, hein... un peu à la façon du monstre connu sous le nom d'Enemy of the Sun. Suis-je en train de dire que le présent disque laissera la même trace que l'illustre autre ? Certainement pas : il n'est simplement pas temps de le dire, et ce n'est pas le type de propos qui me chaut. Mais en vérité voilà précisément où la chose se passe, on le ressent bien vite sans besoin aucun de le chercher : le disque paraît recentré, sinon sur Kelly (ou plutôt sur sa face la moins contemplative et patriarcale), du moins sur une idée commune qui se concrétise en une forme ressemblant assez, dans l'esprit, au groupe de hardcore difforme et grièvement perché qui jouait Souls at Zero et l'autre susdit héliophobe ; en une version alternative plus primitive, rouillée, grippée, urbaine, criminelle, terre-à-terre, intoxiquée par les pollutions de toutes sortes, le cerveau en gravats et rongé par un quotidien vide d'humanité - bref : industrielle. Tout s'ordonne alors naturellement, puisque Lamont et Parker sont nés pour jouer les neurosiens remplaçants, et que Williams a pile la voix de chien errant réincarné en paria punk, qu'il faut pour brailler sur ce type d'anarcho bâtard des mégapoles américaines en avance sur la fin du monde ; quant à l'apo-folk : rappelez-moi dans quel groupe a débuté Tony Wakeford, déjà ?

En fait, ce qui change avec To Know How to Carry a Whip, c'est peut-être simplement, finalement, que les deux principaux pourvoyeurs d'intention et de personnalité du gang (chacun admettra aisément que Parker et Lamont sont des exécutants doués de toute l'humilité que la charge suppose, même si faisant parfois preuve d'une singulière et exquise délicatesse d'exécution qui les amène insensiblement au devant de la scène, surtout Lamont, qui conduit "When push comes to shank" aux frontières, voisines après tout, de Foetus ; quant au nouveau, je ne me prononcerai pas) se montrent ici d'humeur moins solennelle, philosophe, pontificatrice...

Tout, on vous dit, tout est cohérent et tangue en roulant des épaules fourbues dans la même direction, dans la grisâtre laideur de cet album claudicant et acide. Au point que cette criarde disgrâce, que l'on devinait déjà dans la gaucherie juste un poil trop attendrissante de Last City Zero, cette humeur aigre, rancunière, d'une toxicité et d'une agressivité à l'insanité aussi inquiétante que pouvaient l'être celles eu premier Converter, cette démarche de petite frappe maigrichonne à la gueule trop grande pour son cou de poulet... en prend une beauté - crue, farineuse, blafarde, lunâtre, bétonnière - mais certaine, pénétrante comme le froid du matin, et comme lui vous agrafant aux premières minutes, férocement... Et bientôt elles sont là ; de retour ; les hallucinations. Les visions de merde, de sang, de serpents et d'incendie total des organes. Celles qui ne laissent que des images vaines où se confondent drone, Der Blutarsch, power noise et hardcore pour les décrire, avec encore un paquet d'autres choses, qui grouillent aussi menaçantes que le statique sur le poste de télévision détraqué. Une réussite ; au point - mais oui - de rétroactivement donner sens, tenue et saveur à Last City Zero, lequel paraît désormais étoffer en toute modestie l’œuvre du même groupe - mais c'est qu'aussi on n'attendait personnellement que cela, d'en trouver l'entrée et sa propre place dedans.

Alors non, pas davantage que lorsqu'on s'était procuré Enemy of the Sun, il y a quelque temps de cela maintenant, l'on ne va se poser la question de savoir jusqu'où nous suivra ce mâtin de l'enfer à la tronche en vrac, avant de se disloquer en flaques au sol, ou bien de nous boulotter tout cru après avoir d'un coup enflé comme un vilain crapaud des landes irradiées. On va le prendre bras-dessus bras-dessous, et l'emmener avec nous faire un bout de route.

Know How to Carry a Whip en trois mots : vitriolique, sinistre, loubard


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