EYE OF THE LIGER - Eye of the Liger
2014 · Guru

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Derelictus
le 21 septembre 2015 (762 lectures)

   Grunge

Seattle - Rouen, même combat? Il faut dire que le climat de la capitale Normande est tout aussi chaleureux que celui du Nord Ouest américain, et que, passer trente ans, si tu n’as qu’un groupe, tu as un peu raté ta vie, comme l’aime à le répéter tout quinquagénaire qui se respecte ayant connu les Dogs devant les étales du marché de la place Saint Marc. En même temps, est-ce qu’il y a meilleure occupation dans la ville aux cent clochers, que de faire de la musique pour oublier que, dehors, il flotte depuis trois jours et que le soleil a oublié de pointer le bout de son nez depuis une semaine? Passé ces considérations quelques peu chauvines, - l’on ne se refait pas -, l’on est tout de même quasiment obliger de penser à cette bonne vieille scène grunge, d’il y a un quart de siècle, à l’écoute de cette réalisation de l’œil du ligre. En effet, et il ne faut surtout pas rester bloqué sur ce jeu de mot assez amusant qui, néanmoins, laisserait penser à un énième témoignage de l’exubérance estudiantine, car tout ceci est fait avec sérieux, et presque avec dévotion, chose normale lorsque l’on a le Grand Guru en personne pour mener les débats. Il faut tout de même admettre que le grunge mâtiné de power blues du duo est rudement efficace et l’on se prend aisément au jeu. D’ailleurs, c’est sans doute ce qui caractérise le mieux leur musique, les titres étant assez directs, sans trop de fioritures, mais sans non plus cette redondance qui pourrait rapidement lasser, le groupe reprenant d’ailleurs à son compte une formule classique, un peu éculée, mais qui fait diablement son effet. L’on ne s’ennuie guère à l’écoute de ces cinq titres, dont le seul défaut est justement sa courte durée, tant l’on aurait bien aimé avoir plus. A tel point que si l’on devait citer une référence pour rapprocher les rouennais de cette illustre scène, ce serait, ni plus, ni moins, que le Mudhoney des débuts. Ces feulements enragés, ces compositions mi énergiques, mi embourbées, ça ne te rappelle rien? Ce son nourri à la fuzz et à la bigmuff, ça ne t’évoque pas quelque chose? Et ce côté juvénile qui tue le temps en invectivant les autres, ça ne te dit rien? Pourtant, un quart de siècle après les premiers assauts de Mark Arm et compagnie, il y a enfin deux musiciens qui ont eu le courage de poser leurs gonades sur la table et décider de nous faire remonter dans le temps. Et c’est sans doute ça la plus grande réussite de cet opus qui sent bon la sueur dégoulinant à travers la chemise canadienne lors des concerts donnés dans des rades innommables ou dans des caves toutes aussi sèches que l’air des rues de la Rive Droite. Peu importe si la bruine s’écoule depuis des heures, il fait bon d’écouter les rugissements du ligre, qui, loin d’être aussi doux qu’un chaton, risque de ne pas laisser indifférent. Après tout, c’est bien un bâtard normand qui avait conquis l’Angleterre.

Eye of the Liger en trois mots : cure, de, jouvence


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