CULT OF OCCULT - Five Degrees of Insanity
2015 · Deadlight entertainment

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gulo gulo
le 12 août 2015 (1974 lectures)

   Traditional doom Sludgecore

Les racailles, les mythos, les gros lourds, les poivrots ironiques, les Kickback, les Lyonnais, les Cobra, les redoublants ricanants, les plumeaux en noir, les blaireaux - on peut écrire un volume du Dictionnaire des Synonymes, à propos de Cult of Occult - du doom sont revenus. Les Péchés Capitaux, les Stations de la Croix, les Nuances de Gris, les Façons de Mourir, les Phases du Deuil... Ils ont préféré jouer petit, et miser cinq pauvres degrés qui n'annoncent pas exactement a priori le calibre qu'il te faut, pour mettre la misère à tout le touffu ghetto du sludge-jeu, à l'aise évidemment, mais surtout au seul adversaire un peu balaise qu'on se doit de reconnaître, au jeu des organes puissamment amplifiés : soi-même et sa race, qu'un homme digne de ce nom, surtout lorsqu'il se prétend avec une telle constance alcoolique pratiquant, se doit de se mettre avec une rudesse de trafiquant d'armes des rivages baltiques.

Petit, ouais. Cult of Occult n'ont pas vraiment changé leur fusil foireux d'épaule. Ils jouent toujours aussi à poil, aussi clochard, aussi vagabond et pas brossé des dents, aussi malotru, et ne savent toujours pas prendre la peine d'y mettre le romantisme pour emballer la poulette, d'y mettre le ténébreux, le psychologique, le crédible, l'écorché - pour quoi faire ? leur musique écorche très bien toute seule. Elle vous épluche la peau et la viande des os - la basse seule épluche la croûte terrestre de tout ce qu'il y a dessus, croûte comprise, et les guitares passent le kärcher au ralenti dessus ; le batteur "se contente" de confirmer, tout en équarissant sans faillir, toutes les qualités simiennes et carnivores qu'on lui avait pressenties avec le fameux break de "Opus ad Odio", et le chanteur de développer les titres avec une rigueur de meilleur ouvrier de France - par la seule force du volume utilisé pour jouer ce mélange à la fois exhaustif et ultra-simplifié, condensé, ramassé au maximum de tout ce qu'on ne peut pas prétendre ne pas avoir écouté et intégré à son organigramme interne lorsqu'on joue du metal sale en 2015 - du beumeu, du Brainoil, du Funeralium (version 3-8), du Admiral Angry, pour faire simple, et d'Elwiz seulement l'imbécile malfaisance, dépiautée de toute coquetterie... Vous me voyez sans doute venir à des kilomètres, mais : oui, je vais encore devoir citer Weedeater ; ce groupe qui n'a été mauvais que sur les deux albums où il s'est un peu trop pris au sérieux. On parle de la même simplicité, la même du reste que celle  constatée chez d'autres Lyonnais appelés Veuves SS - tant dans la version qu'on joue de sa musique, épurée de tout inutile et toute hyperbole, que dans cette absence permanente de sérieux, qui rime avec roulement d'yeux... et on sait comment Dixie Collins pour sa part roule des yeux - parce qu'il n'y a certainement pas besoin d'être mortellement sérieux pour jouer de la musique qui tabasse aussi dru qu'elle peut le temps qu'elle dure, et que ce n'est pas cela - je vous ai vus venir - la sincérité.

Cult of Occult peuvent bien faire les gros malins tant qu'ils veulent, les provocateurs discount, les blaireaux de l'extrême, et peu importe même que ce soit modestie, consciente ou instinctive, ou envie bien naturelle de se démarquer un tant soit peu dans la noire foule de l'extrême... dans la partie sociale du jeu du moins : réseaux, scène... car au moment, a-hem, de vérité, celui d'être écoutés, ils sont avant tout ce groupe qui joue du doom comme on jouerait du punk hardcore (une version punk hardcore de Moss et Bunkur, si vous voulez) : en tâchant de le faire de la façon la plus présente, cuisante et galvanisante possible pour la mémoire affective de ses auditeurs. A ce titre ils sont à la maison chez Deadlight Entertainment, aux côtés de Witchthroat Serpent et Cowards, les groupes qui t'emmerdent, mais qui surtout s'en foutent pas mal que ça te défrise ou pas. Et il importe de moins en moins que leur attitude de branquignoles du metal sociopathe et de cul-de-jattes de l'humour pété parvienne de moins en moins à dissimuler un talent brut, cru, de plus en plus protubérant... sans pour autant, toute la magie est là, qu'un instant leurs morceaux cessent d'être ces choses lie-de-vin qui impeccablement s'abstiennent de tout éclat, de toute crânerie, de tout effet de manche, pour ne se concentrer jamais que sur le méthodique, métronomique, stoïque bûcheronnage des tibias et des mollets et des rotules à la barre à mine, et au consciencieux nettoyage au fur et à mesure des plaies et de la pulpe et des caillots à l'acide. Un spectacle tellement admirable de barbarie fervente, qu'on en oublie totalement qu'il s'agit de nos tibias, et notre carcasse sur ce croc. Le blaireau est décidément un animal éminemment respectable.

Five Degrees of Insanity en trois mots : ballade, du, bourreau


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