GREYMACHINE - Disconnected
2009 · Hydrahead

Détails

gulo gulo
le 22 juillet 2015 (818 lectures)

   Psyché Noise Dub

Aaron Turner, c'est un peu le François Hollande des musiques post-lourdes. Le neuneu trop gentil tel qu'on se félicite de l'imaginer, et de le railler dans un jet de un fiel libérateur. Mais bichette n'est probablement pas pour grand chose dans la teneur de Disconnected, qu'il ne devait plus se sentir de fierté d'avoir non seulement participé à jouer, mais également publié. Justin Broadrick s'y est surtout entouré de deux de ses homeboys aux noms bien connus des services de la police de l'étiquette, dont le doigt ne tremble jamais au moment de flinguer ni le claque-merde ne s'ouvre inutilement ; et c'est le penchant communément répandu au déni qui a voulu attribuer la déception que pouvait représenter le disque au choix de faire entrer l'infâme Barbe-Blonde dans la famille.

Car Greymachine est-il tant un autre exemple du sac de nœuds que trouve Broadrick, depuis des années maintenant , chaque fois qu'il veut renouer avec le registre le plus rugueux de son idiome intérieur, perdu dans ses tréfonds à la transformation de Godflesh en Jesu - qu'il en est un de celui qu'affronte le fan de Godflesh refusant de se voir consoler ? Il peut continuer tout son soûl. Il n'est pas question de se consoler : Godflesh ne sera jamais remplacé - pas même, on l'a vu, par un nouveau Godflesh (ceci est une prophétie auto-antiréalisante, vous comprendrez un jour si Dieu veut et me remercierez).

Greymachine, en revanche, tient après tout très bien tout seul ; il est bien moins consternant de fadeur que le disque sorti depuis sous le nom volontaire de JK Flesh, et il ne fait même pas réellement doublon avec celui de Valley of Fear ; pas davantage en tous les cas, qu'un album de rock psyché avec un autre album de rock psyché, le fait que ledit rock soit totalement gangréné, colonisé, muté par la pourriture industrielle, et son psychédélisme de même, ne fait rien à l'affaire. Une jam est une jam, soit une tentative de voyage extra-corporel, et à ce titre il est rare qu'elle vous emmènent au même endroit qu'une autre, sinon c'est que vous trichez, ou que vous n'avez pas un imaginaire très vivant.

Donc, si Valley of Fear arrive aux frontières du black metal, au point d'être publié chez un label black metal, par le rock psyché école acides industriels, Greymachine pour sa part arrive, en empruntant le même chemin, au plus près que possible d'un disque slowendien, au sens le plus rock du terme, de Broadrick : quelque chose comme un infâme amalgame de psyché et de Ramesses, tout indiqué pour passer dans les meilleurs conditions possibles une caniculaire portion de journée mal identifiée tous volets fermés à macérer dans les fumées aigres d'un cannabis au pourcentage de pneu majoritaire - sous-genre qu'on appellera sans se faire prier downer plutôt que stoner, garanti 100 % Down-free, et 100 % fabriqué avec des scories de résidus de chiottes de dépotoir industriel post-holocauste bactériologique - oui : le son est un peu chargé et modérément équivoque, niveau saturation toxique. Est-il réellement utile de préciser que pour autant, cela n'empêche pas Greymachine de faire groover discrètement son disque, juste ce qu'il faut pour qu'on en perçoive l'attrait strictement physique bien plus facilement qu'à un disque de bête power electronics, et d'instiller de ci de mi dans ce breakbeat noyauté par les métaux lourds (certains morceaux pourraient remplacer ceux de Techno Animal sur les compilations Electric Ladyland qu'on n'y verrait que du feu, tandis que l'alarme intrusion couinerait direct avec uns des balourds morceaux de JK Flesh : trouvez donc Aaron Turner là-dedans - et bonne chance) ce qu'il faut de delirium guitaristique dans le long sillage de Carnage Visors ? Pas vraiment : on parle de Justin Broadrick après tout.

Disconnected en trois mots : acide, abrutissant, satisfaisant


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