JESU - Dethroned
2010 · Hydrahead

Détails

gulo gulo
le 22 juillet 2015 (892 lectures)

   Industriel Shoegaze

Lorsqu'on vous parle de "tout ce que Jesu aurait pu être, à partir d'un commencement tel que Heart Ache" : voici de quoi on parle, très précisément. Ces morceaux-ci semblent dater de la même époque, ils ont été publiés en ce sens avec la réédition dudit disque du baptême, mais il suffit, sans plus d'analyse inutile, de les écouter pour toucher la réalité du doigt.

Les morceaux réunis ici sont bien moins monumentaux de proportions que les deux de Heart Ache, chargés que sont ces derniers de tout ce que Justin avait à libérer de façon assez affirmée pour claquer le beignet aux éternelles lamentations sur Godflesh perdu-hu-hu-hu, ils s'inscriraient quant à eux dans un ordinaire d'après le grand jour ; certains de ces morceaux sont juste bons, et auraient constitué le ventre mou - toutes proportions broadrickiennes gardées - d'un ou l'autre album du Jesu qui aurait pu être, ils auraient modestement participé à la consistance générale et aux blocs lunaires qu'auraient constitué les albums de Jesu qu'on ne peut qu'imaginer - mais tout est là, y compris ce à quoi Jesu choisit de se limiter, à quelques divines incartades près, à savoir l'indie pop, magnifiquement représentée ici sur des "Aureated Skin" et "I can only disappoint you" à faire retourner mater le bout de leurs grolles en piquant un fard de honte à nombre de collègues anglais supposés plus à l'écoute de leur part féminine - tout ce qu'on peut humer comme pistes odorantes et alléchantes sur Heart Ache : tout ce qui ressortit à un Godflesh affranchi de tout (voyez le fond de deuil jamais consommé qui revient, toujours ?) à commencer par lui-même dans toute sa défaitiste terreur, mais ne s'interdisant jamais - pour quoi faire ? - de continuer à utiliser sa façon de riffer, comme sur "Dethroned" et "Annul", au titre tellement godfleshien, et de la conjuguer à toutes ses envies vocales libérées de tout attitude corporate Earache : vocodées, autotunées, effrayées, éberluées, mi-figue mi-raisin, mi-lard mi-cochon... et d'y intégrer, pour de bon et judicieusement, toute sa riche culture électronique, dont peu peuvent se targuer de l'équivalent.

Ordinaire, ai-je dit ? Il est bien question d'ordinaire ! Qu'y a-t-il d'ordinaire, en vérité, à ce que nous donne à entendre le bon vieux Justin sur son entame de "I can only disappoint you" ? ou la suite du morceau, du reste ? quelles autres références se peuvent-elles citer à propos de cette sublime bizarrerie de morceau, grêle, interrogateur, inquiétant, que Therapy?, Fugazi et Nine Inch Nails (bon, d'accord : The Cure ; et peut-être Greg Dulli, comme un vent coulis) - et pourtant a-t-on une seule petite seconde le moindre petit doute sur la paternité de la chanson ? A-t-on pas toujours su, au fond, que Justin était capable de cette sorte de divine instabilité ? Demandez donc à Mick Harris. Le remix de ce dernier morceau disponible sur la version japonaise, pourtant excellent comme presque toujours, est tellement moins surprenant de la part de cette chère vieille branche, qu'il en paraît presque transparent, et laisse sans se faire remarquer continuer à rêvasser à quel formidable groupe d'étrange pop majestueusement cachetonnée Godflesh n'est finalement pas devenu.

Enfin, on ne va pas retomber toujours dans les mêmes travers et pleurnicher sur ce qui eût pu mais jamais ne fut : après tout, ces chansons sont sorties, oui ou non ? Je ne suis pas près de perdre la foi, je le crains.

Dethroned en trois mots : grelottant, illumin, galopin


Facebook 

Chargement...

Avis des auteurs

Excellent
Excellent