MORTHOUND - The Goddess Who Could Make the Ugly World Beautiful
1994 · Cold Meat Industry

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gulo gulo
le 13 juillet 2015 (751 lectures)

   Industriel Psyché Dub

Quelque chose s'est passé cette année là, ou une des précédentes, pour le trappiste Benny Nilsen ; quoi ? on ne veut pas vraiment le savoir ; est-ce que tout comme Scott Sturgis a découvert le THC et Electric Wizard avant de disparaître quelques années, de revenir nous léguer Exit:Ritual, et d'à nouveau disparaître en nous laissant inconsolables pour les siècles des siècles - Benny aurait découvert Godflesh, Techno Animal  et Skullflower ? Gigandhi ? Les morceaux dubby de Ministry et Killing Joke, voire ? C'est, répétons nous, d'une importance et pertinence nulles. Qu'il l'ait réellement, trivialement fait, entends-je : puisque c'est  le résultat qu'on entend, pour notre plus grand... bonheur ?

Aujourd'hui, je puis répondre affirmativement ; à l'époque, ce fut plus problématique ; non pas parce que je connaissais à peine Godflesh et pas du tout son dub indus ou si peu (façon de parler, en un sens : "Perfect Skin Dub" avait déjà tourné assez obsessionnellement, mais c'est qu'il était blindé de rassurantes et familières odeurs de gaz corrosifs, aussi), sans même parler de celui des autres - mais parce que j'étais consommateur quasi-exclusif de death industrial, et The Goddess n'était certes pas le nouvel album de Morthound qu'on attendait nous autres : voyez-vous, on a pas attendu internet pour être cons. On n'attendait pas de Morthound un album slowendien - quand bien même Morthound venait déjà en l'espace de deux albums de passer du death industrial monacal à la dark wave un brin maniacal - peut-être parce que Slow End n'existait pas, si cela peut seulement se concevoir. Et qu'on n'était pas si éclectique, non plus : déjà qu'on devait se cogner des guitares partout qu'on se tournât, lorsqu'on voulait écouter tranquillement un disque d'electro-wave, on allait pas non plus devoir s'en fader dans le dark ambient et le néo-classique, non ? Voyez-vous, on était peut-être même bien encore plus cons avant Internet, des fois. Alors, malgré l'impossibilité de ne pas percevoir - ressentir - le puissant effet stupéfiant et narcotique du disque dès son morceau d'entame - où c'est bien vous qu'il entame - j'ai couru me réfugier dans le déni ; et la revente subséquente, un jour de disette, après les quelques années obligatoires de mise au rancart dans les étages poussiéreux de la forêt d'étagères.

Aujourd'hui que me voilà rendu à, comme tant d'autres disques reniés à l'heure de plus grande ténèbre de la famine, devoir le racheter, je suis enfin à la hauteur d'être sous le charme, sans chichis, de cette étrange musique qui n'est ni tout à fait un présage d'Om, même teinté du Earth des heures vaguement industrielles (ratées en général), ni tout à fait du Skullflower ou du Techno Animal - mais un peu à la manière de ce dernier, parvient à se mouvoir avec une hypnotique dolence organique, sur la raideur intoxiquée de pollution industrielle de ses membres aux mécaniques répétitions, ou en tous les cas à susciter cette léthargique et chaudement anesthésiante sensation chez son auditeur, qu'il baigne dans une transe morose et pourtant étrangement mystique, justifiant totalement le programme de son alchimique titre ; avant, comme de juste, de se conclure sur un morceau qui aurait parfaitement pu figurer sur le médiéviste mais déjà onduleux Spindrift : histoire de montrer, en toute aimable candeur bénédictine, qu'il n'y a jamais eu la moindre rupture de continuité.

Mais c'est simplement moi, qui ai changé : le disque, lui, son inexplicable alliage de mouvement mécanisé et de statique floraison méditative, son austère et laconique psychédélisme septentrional engourdi à la doucereuse puissance d'été indien, sont toujours la même étrangeté inapprivoisée.

The Goddess Who Could Make the Ugly World Beautiful en trois mots : rpeux, sibyllin, flottant


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