STEVE VON TILL - A Life Unto Itself
2015 · Neurot

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gulo gulo
le 18 mai 2015 (1093 lectures)

   Psychedelic folk Country

Relations avec Steve : c'est compliqué.

Les albums solo : je n'aime que le premier, mais alors beaucoup, et, ce n'est pas peu dire, en dépit d'une répugnance qui s'y déclenche déjà, aux franges de l'émotion, envers sa voix, trop dur-à-cuire et vieux-loup-boucané pour être vraie. Par la suite, les rapports virent franchement à la répugnance simple. La différence, en bref, entre un bon De Niro de la jeunesse, où il répugne et magnétise, malgré ou sans doute et tout connement à cause de cette répugnance - et un De Niro tardif où il est simplement aussi répugnant et horripilant que son morceau de truffe, avec sa sempiternelle et horripilante moue du type qui va vous tabasser la gueule comme jamais tout en vous sermonnant en pleurant, tout le visage paralysé par-dessus le marché par une violente désapprobation italo-daronesque. Mais je m'égare. Steve Von Till n'aurait pas de ces moues-là : il en a tout un jeu bien à lui, que je viens tout juste de trop m'épuiser à propos de Bobby pour décrire ; de toutes façons vous les voyez d'ici ; l'homme à face de pierre, avec son nez qui coupe les pierres, son regard couleur de tempête, son crâne de galet millénaire... Si vous l'avez déjà vu déconseiller à un spectateur de stage-diver devant lui, vous voyez d'ici le cabotinage renversant que le gars est capable de condenser dans un seul regard accompagné d'un imperceptible mouvement de tête négatif - sans même y penser.

Moi, je m'entends mieux avec le sanglier Scott Kelly, et encore lui aussi m'a-t-il fallu le temps pour simplement le tolérer - au-delà d'un premier album où tout comme son compère, il mettait un caramel à tout le monde question tonalité funèbre à un point... situé quelque part entre le tétanisant et l'hilarant ; parce que, dites donc, lui aussi, rayon grimaces grincheuses de superdur-à-cuire néo-primitif... Mais j'ai toujours préféré Harvey Keitel à Robert De Niro. Toujours.

Harvestman : le premier dégage un mystère, malgré une interprétation du psychédélisme particulièrement austère, qui invite au voyage de la même façon, finalement, que la répugnance ci-dessus : malgré, et en vertu de, cette sévérité et ce langage éminemment cryptique, par son laconisme autant que par son chamanisme. Le second engendre un ennui poli.

 

Nouvel album de Steve : c'est pas compliqué, tout compte fait ; c'est à la fois le premier album solo et le premier Harvestman. Les balades lugubres de bagnard longue-durée reconverti croque-mort, et les rencontres chamaniques qui viennent plus souvent à sa rencontre que les rares cadavres, au milieu du désert plongé dans l'hiver perpétuel. Le mystère et le funéraire.Sauf qu'il n'y a pas que ça, dans A Life Unto Itself, qu'il y a plein d'autres petits trucs à noter si l'on ne veut pas être aussi caricatural qu'un rôle de De Niro - et qu'il ne s'agit pas simplement de faire un travail de recensement de tous les éléments qui se croisent ici, échangeant des regards furtifs et aimables comme des machettes, par-dessus les cols des cache-poussière, dans le sifflement indifférent du vent.

Non, ce n'est pas si simple tout compte fait ; A Life Unto Itself, c'est vraiment, proprement du Steve Von Till, du qui fonctionne, du qui fonctionne tellement qu'il peut même contenir Harvestman aussi, sous le couvert protecteur à la minérale et modérément rassurante bienveillance de son cache-poussière mité ; du Neurosis également, et avec la douce brusquerie du flingueur taciturne subsistera le mystère de savoir si cette part-là est fille de Von Till chez Neurosis, ou fille de Neurosis chez Von Till. A Life Unto Itself est du Von Till qui vous ouvre enfin la porte de son monde de country celtique, son Tony Wakeford vétéran de la légion étrangère, et sa cahute au fond de la forêt où il s'est retiré pour apprivoiser, le temps qui lui restera à tirer, ses pulsions de meurtre - pour vous y faire partager sa vie un petit moment ; ce réel, et non plus appelé dans des poses ou des outrances expressives, mélange de rudesse impitoyable des éléments et des rapports de force, et de profonde délicatesse - au point, puisque je vous le dis, que ce sont des noms féminins qui flottent à la lisière de la songerie, plusieurs fois : Kris Force, Lhasa De Sela... on est parti loin, des premiers noms que l'on se jetait à la figure en début de cet article, ou bien ?

Le vieux Stephen Francis Vontill Jr. nous reçoit, au sens le plus minéral, élémental, ursin de la chose, sur son territoire : en nous y laissant vaquer sans venir nous régler notre compte, en ignorant quasiment notre présence, en nous laissant faire notre propre idée ; un peu comme un certain Kristian Espedal le fit pour une certaine équipe de la télévision norvégienne ; cette existence qu'on peut alors lui observer mener n'a rien de faramineusement hors-normes, non ; être hors normes, ou bien être totalement inscrit dans une certaine norme alternative, n'est absolument pas le propos de Steve, et certains plans, Mark Knopfler ou Bruce Springsteen vous font les mêmes quand vous voulez - il est probable que ce soit précisément cela qui fonctionne, au passage : partager son ordinaire, qu'il soit pour vous paraître ordinaire ou pas - aussi contrairement à ladite équipe de télévision n'ira-t-on surtout pas demander à notre hôte soupe-au-lait qui c'est qui qu'il trouve le plus badass, Mads Mikkelsen, Bob De Niro ou William Wallace. Non : on savoure un instant simple, précieux dans chacun de ses détails à l'éphémère scintillement ; ainsi que ses occasionnels moments de magie merveilleuse et effrayante. Parce que tout de même, hé.

A Life Unto Itself en trois mots : Steve, Von, Till


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