Krokodil
le 17 mai 2015 (1169 lectures)

   Industriel Psyché Hardcore

Nightslug récidive. Mieux que ça, Nightslug confirme. 

Deux années après Dismal Fucker, premier effort particulièrement prometteur, aux étranges mais néanmoins frappantes allures de Come To Grief interprété par l'asphyxiant Swans des débuts, les allemands reviennent enfin à la charge, et de quelle manière, bon sang ! Deux années qui ont très visiblement porté leurs fruits, et durant lesquelles le groupe semble avoir affiné l'élaboration de son alliage punk-métallurgique, façonnant alors une matière toujours plus brute, compacte et incandescente, et s'éloignant curieusement de ce qui semblait pourtant le mieux les définir, "le sludge". Ainsi, Loathe est à sa manière, et pour reprendre la formule désormais déclinable à l'infini, un disque de sludge sans sludge, nauséabond et acrimonieux davantage par essence que par démonstration explicite ; à priori déjà loin du tout-venant reproducteur intarissable des traditions archaïques, et encore plus loin de ses "illustres" références, Grief, EHG, Buzzov'. 

Car avec Loathe, vous comprendrez que l'on joue dans un tout autre registre - suffixe "de laboratoire" admissible - celui du crust nouvelle école, là où doom, indus et hardcore se conçoivent à partir du même moule, sans distinction. D'ailleurs, maintenant qu'on y a mis les pieds, Loathe ne serait-il pas le disque ultime, venu de nulle part mais venu d'un tenant, pour mettre à l'amende la quasi-intégralité d'une scène que l'on appelle (pour faire dans les appellations scabreuses) le "entombedcore" ? Vous savez, ce "rock" d'égoût downtuné et acrobatique (pensez Full Of Hell, Nails, All Pigs Must Die...) , rock "noise" mais néanmoins "roll", aux basses boursouflées et au rythme de croisière mi-nerveux, mi-neurasthénique ... Comble du comble, Nightslug, sans même en avoir les caractéristiques, sans même en pratiquer le style (mais en est-ce vraiment un ?), sans même n'en avoir probablement rien à foutre, vient d'en donner une monumentale leçon, allant jusqu'à convertir le beatdown le plus musculeux, anguleux et bas du front qui soit - celui des Born From Pain, Enemy Ground et autres Harm's Way - en une authentique machine à fabriquer le vertige psychédélique ; répétant les mêmes offensives sans ne jamais s'amoindrir, sans ne jamais céder aux excès de lenteur comme de vitesse, sans ne jamais la jouer plus doom que le doom, plus tough que le tough, constant dans l'effort de frappe, constant dans le désir d'aplatir, constant dans le besoin de faire tourner la tête pour mieux la décrocher : soit l'improbable traduction hardcore mécano d'Electric Wizard. 

Au-delà de ces histoires de nomenclature, Loathe est une réussite, ce jusque dans son magnifique apparat, combinant coupures de journaux, typo torture-porn et couleur pisseuse comme seule la power-electronics peut encore se le permettre sans se taper la honte (nous ne manquerons d'ailleurs pas de féliciter ceux qui ont eu suffisamment de flair et de masse testiculaire pour lui offrir une réalité matérielle, et combler ainsi les gloutons que nous sommes), son impact ne se limite pas à sa seule écoute. Au contraire, il laisse derrière lui un acouphène bien présent, une migraine prononcée et la vision trouble : une telle hybridité sonore, si différente, si pertinente, si cohérente, si compacte et magnétique, je ne crois pas en avoir entendu depuis l'avènement d'un certain This Gift Is A Curse. 

 

Loathe en trois mots : septicmique, carr, corrosif


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