gulo gulo
le 16 mai 2015 (1062 lectures)

   Hard "70s

Si les musiques qui nous intéressent étaient parties de là, plutôt que de ces ânes bâtés de Black Sabbath ? Eh... probablement n'y aurait-il point de doom. Que reste-t-il donc à dire, comment a fortiori construit-on un genre, à la suite d'un tel album ? Vous voyez ce qui s'est bâti d'effarant sur les décombres laissées par le bon vieux rasoir à deux lames Enemy of the Sun/Through Silver in Blood ? Et bien ce serait encore pire.

Que voudriez-vous qu'accouchassent des créativités terrorisées, traumatisées par Overkill ? Les rétines et tous les sens cautérisés dans l'extase par sa totalité, que dans sa générosité rustre de collectionneur de baïonnettes SS il emmaillote de ce titre de Hun - mais il s'agit bien, aussi, même sans désir de meurtre, de tuer toute concurrence par sa seule existence, par sa seule essence, et il est judicieux, pour la survie de l'humanité et celle de la créativité du hard rock, que cet album passe ainsi qu'il le fait quasi-inaperçu - paru du reste une fois que le hard seventies était déjà donné pour mort et abandonné des regards, et vu comme le balbutiement d'autre chose, qu'il n'était certainement pas : Motörhead, le metal ? voyons... non, Overkill ne définit aucun genre ; il pratique seulement la meilleure manière de le jouer, pour sa propre élévation - dans l'éblouissante aura de caricature d'un groupe qui aime à s'y cacher, à l'abri des hommages du bon goût et de son embaumement vivant, témoignant là encore s'il était besoin de la pudeur de son meneur, et dans l'éblouissante sauvagerie de son morceau-titre d'entrée en matière, qui résume bien aimablement pour qui ne souhaite pas voir la joviale soudarderie supposée d'un groupe... qui aurait du mal, pourtant, à cacher ici sa plus éblouissante encore nature divine, apollinienne, dionysiaque - pas de doute, non, ils sont tous là, tout ce que l'Antiquité et l'Olympe compte de dieux ou de canailles demi-divines qui sachent un tant soit peu vivre a déserté les rayons poussiéreux de la mythologie pour couler une heureuse seconde vie dans les chansons de Lemmy et leurs ruelles moites - tonitruante autant qu'elle est incandescente de toute son âme - la soul, oui, voilà bien de quoi il est question sur tout Overkill, "Overkill" y compris, la trépidation des enfers exultants soi-même : la soul dans toutes ses nuances, toutes ses cadences, toutes ses flamboyances, des plus douce-amèrement bienveillantes et paternelles jusqu'aux plus sauvages et satyriaques. S'il est un album qui mérite autant d'être relaté piste par piste que Physical Graffiti, sans aucun doute le voici, et sans aucun doute ce ne sera pas chose faite aujourd'hui ici, parce qu'aussi bateau cela puisse-t-il paraître, on ne raconte pas des morceaux tels que "Capricorn" ou "Metropolis"... pour les plus spectaculaires, si peu que le terme soit approprié ici ; non plus qu'aucun des autres, qui font de ce disque décidément le seul disque de soul dont vous ayez besoin jamais, et le plus animal qui se pourra jamais, par la même occasion, frissonnant, crépitant de la vie qui le consume et le change en douce cendre - en toute courtoisie aussi anglaise que le délicieux accent du prévenant Monsieur Kilmister... si vous avez la bonne fortune d'être une femme digne d'être connue et écoutée, tout du moins, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. "I'll be your sister" : est-ce bien là le titre typique d'une chanson de Motörhead telle que typiquement l'on se plaît à l'imaginer, sans s'estimer tenu d'en écouter ? La fièvre, du corps de l'âme et du cœur, voilà de quoi parle Motörhead, et voici son meilleur album, sans concurrence même au sein de sa propre discographie - la seule concurrence honorable du reste qu'il admette - et voilà ce qu'il a à vous offrir : le plein accès à votre propre modeste personne. Toute nue.

Overkill en trois mots : cru, voltigueur, palpitant


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