Krokodil
le 23 avril 2015 (1227 lectures)

   Psyché Jazz Ambient

Intellectualiser la musique, occulte ou non, est - pour ma petite personne - un véritable tue l'amour. Ainsi, quand elle (la musique) a recours aux justifications, aux explications théorico-ésotérico-mythologiques, aux démonstrations de force improbables, sans parvenir pour autant à provoquer la moindre émotion concrète et brute de décoffrage, on peut penser à juste titre que sa cible est manquée ; et elle (la musique toujours) devient alors aussi dispensable que son auteur, dont la seule crédibilité / pertinence repose sur un discours parfaitement obscurantiste, parfaitement narcissique. J'ai pour ma part tendance à croire que la musique reste un domaine d'exploration, quelle que soit la forme qu'elle adopte. Au fond, nul besoin d'indiquer les moyens de sa genèse, pourvu que genèse ait eu lieu, conformément aux attentes de l'auditeur X ou Y désireux de prendre une bonne tarte dans la gueule.

J'avoue être parti d'un assez mauvais pied avec Transient. Un disque que l'on m'a vendu comme exigeant et supportable à condition d'être un tant soit peu réceptif au classique moderne, à l'improvisation, au minimalisme, à Steve Reich, à Terry Riley, et aux dernières tendances death-black-tempête cosmique type Ævangelist, Portal, Impetuous Ritual et consorts. Et si les premières écoutes se sont soldées par une succession de désertion, la faute à une matière première à priori désordonnée (on parle de chaos ou quoi ?), mes tentatives les plus désespérées ont finalement porté leur fruit : paradoxalement, Transient prend tout son sens lorsque l'on accepte de l'envisager pour ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire une compilation d'évènements sonores éphémères, mais bien une aberration globale, entière et durable. Imparable me direz-vous, une supernova fait moins peur vue d'ici qu'en situation de mitoyenneté, mais quoi de mieux qu'un peu de recul pour en apprécier le terrifiant spectacle ?

Oublions donc toutes ces histoires d'avant-gardes metalloïdes pour nous concentrer sur ce que l'on observe vraiment (nous serons sans doute d'accord sur le fait qu'une publicité n'a jamais trouvé meilleur refuge que dans une benne à ordures) : Transient est le metal dans sa forme la plus abstraite. Une forme de metal sans metal (je vous épargne donc la vision des étiquettes concernées), où le chaos s'exprime par superpositions et collisions de guitares, où les couches sont si disharmonieuses et si compactes qu'elles parviennent enfin à fabriquer une toile sonore homogène, cohérente et écrasante ; un peu à la manière des Goslings, dont le drone se constitue par strates et non par riff ou motif. En somme, rarement metal n'aura été à la fois si absent et si palpable, si lointain et si menaçant, annonciateur d'un cataclysme latent, lequel - à vous de juger - semble attendre la fin du disque - logique narrative ? - pour s'adonner ouvertement à la punition commune. 

Un objet exigeant, certes, mais qui une fois appréhendé dans son ensemble donne à voir sa belle et paisible (j'insiste) étendue de désolation cosmique. 

Transient en trois mots : trou, de, ver


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