THE BODY - The Tears of Job
2015 · [ autoproductions ]

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gulo gulo
le 17 avril 2015 (1087 lectures)

   Industriel

La vérité ? ça fait plaisir, de retrouver le groupe d'All the Waters of the Earth Turn to Blood ! ce groupe d'autistes à deux neurones, ce groupe dont on ne savait pas s'il donnait envie de rire, de leur mettre des claques paternalistes, ou de détaler hors de portée de caillou pendant qu'il en était encore temps ; ce groupe d'enfants débiles qui ne sont ni ici ni là puisqu'ils ne sont nulle part, que dans leurs têtes où ça ressemble à rien sinon un égout - et certainement pas au point de rendez-vous des fans de Neurosis et de Today is the Day, comme avec Master We Perish, ni au rayon sludge de votre disquaire barbu favori, comme avec les collaborations avec Thou... Ce groupe qui fait peur parce qu'on ne sait jamais ce qu'il va faire la seconde d'après, et non parce qu'il sort un bien prévisible et attendu album de terreur industrielle tribale pour un siècle barbu...

Oui, parce que bon, on ne va pas se mentir : ça commençait à sentir l'avant-goût du roussi pour The Body - pas encore l'odeur du rata brûlé recette Portal, mais... on commençait à examiner chaque fois la remise en jeu du titre d'extra-terrestre, l'agrément ministériel de croquemitaine halluciné ; à pinailler, à soulever pour inspecter les coutures, à ratiociner sur l'effet réel d'une infusion de basse musique ou de que sais-je encore...

Mais voilà : The Body sont toujours The Body, ils n'ont jamais cessé de ressembler à rien, et voilà les nouveaux morceaux qu'ils nous présentent fiers tel le chat avec le pigeon mort en vrac dans sa gueule : voilà le pseudo death industriel bricolé avec deux cartons défoncés et un bout de fil de fer, au terme d'une belle après-midi de dilettantisme débiloïde à jouer à la décharge publique, voilà la nappe de synthé angélique comme une pièce de 2 centimes trouvée dans le caniveau, voilà les avortons de morceaux rachitiques et ricanants de toutes leurs dents clairsemées... voilà le Haus Arafna des deux roadies triso abandonnés sur le bord de la route par le groupe de post-métalleux à bout de nerfs. Voilà les saynètes de Terminator griffonnées à la main sur un bout de PQ humide par le petit frère idiot de Tristan Shone et ses vagissements de spectre éploré jusqu'à la trame.

On avait fini par l'oublier, emporté par le discours ambiant : The Body n'est pas le nouveau Monstre, n'est pas la nouvelle Terreur Ultime qu'on a vendue et encensée partout. The Body est l'étranger ; The Body est un groupe avant tout industriel avec ce que cela suppose d'absence de morale ; mais The Body surtout est une petite terreur dont la capacité de nuisance ne dépasse pas son quartier, voire son lopin chiasseux de terrain vague, et ne menace personne de rien tant qu'on ne franchit pas sa palissade - pensez donc : ils sont bien trop cons pour même sortir assez le nez de leurs excréments, qu'ils font brûler pour en respirer les fumées acides, pour se préoccuper de ce qu'il y a au-delà, de la palissade, sans même parler de trouver comment la franchir. D'ailleurs le sacrifice du jour à leur manie de reprendre un morceau de blanc à l'âme de l'Amérique Perdue, représente une bien plus grosse portion du petit disque que les assauts d'industriel vieille école sus-mentionnés ; et inflige un au moins aussi horrible et tétanisant goût d'abyssale misère ; comme d'habitude, du reste.

En revanche, si vous vous approchez, du petit avorton gisant qui agite impuissamment ses bouts de pattes atrophiées et roule ses globes oculaires difformes et laiteux en gargouillant dans sa bave... Vous voulez du spoil ? Soit il vous vomira en plein visage et sur les pieds un plein seau de bile acide qui vous digèrera debout, soit il vous sucera goulument dedans son enfer gris gruau d'âme en désespérance, ce qui est probablement pire.

Je fais totalement fausse route, en essayant ainsi de vous convaincre, mais aussi je ne saurais pas comment faire pour y parvenir, j'ai détesté le groupe pendant un temps, passé la toute première écoute pendant laquelle, bien sûr, j'étais amoureux ; je conchie Jandek, et tout ce que j'ai dit ci-dessus donne très probablement à croire qu'il faut adopter quelque posture intellectuelle aussi méticuleuse qu'inconfortable, pour apprécier The Tears of Job. Alors que, pour reprendre au début, c'est exactement le contraire et tout pareil que pour All the Waters : il s'agit simplement de se rendre disponible à la réception des émotions au degré le plus brut. Les émotions ne sont pas quelque chose de beau, ne sont pas un art décoratif. Non. C'est bien pourquoi elles sont invisibles la plupart du temps. En revanche, elles sont fortes. Très.

The Tears of Job en trois mots : cru, lmentaire, entier


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