CARONTE - Church of Shamanic Goetia
2014 · Ván

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gulo gulo
le 13 avril 2015 (1294 lectures)

D'accord. Ce coup, les bras me tombent officiellement. Essayons donc d'être ordonné les quelques secondes qu'on en sera capable avant de se mettre à bramer, baver et manger du foin.

Le présent album est fait d'un miel suprêmement lourd à en tourner la tête, n'ayant d'égaux que le Tiamat d'A Deeper Kind of Slumber et le Funeral d'As the Light Does the Shadow... qui viendrait s'écraser et s'étaler lubriquement sur le groove torpide qui est le plus irrésistible de tous : du doom érotiquement autoritaire, du stoner occulte à divine membrure tel que rares en sont capables d'aussi insoutenablement grevé de vapeurs éthyliques à couper au couteau sacrificiel. Parce que, pour la voix...

Je voudrais bien, croyez-le sincèrement, accomplir l'acte de décrire ; mais vous en connaissez, vous, des adjectifs aussi puissamment puissants que "oh putain, Glen Danzig !" ?

Voilà. Le mot est lâché. Je vous aurais bien ajouté en guise de modulo la nationalité de Caronte, que l'on devine si j'ajoute que dans leur langue le nom désigne ce vieux Charon, et chain se dit catena ; mais me revient subreptice un détail, concernant le nom véritable de Glen chéri... Je noterai donc simplement que Dorian Bones a tout l'air, à l'entendre, de passer moins de temps que l'autre à pousser de la fonte, et davantage à ne pas manger des religieuses au sabayon, puisqu'il préfère les garder précieusement dans ses joues tout en hululant sur la lande avec les Navajos.

Et au fait qu'y a-t-il à expliquer de plus ? On ne va pas partir se perdre dans l'énumération de tous les aboyeurs fous gothiques et les groupes de rock à western spaghotti, qui viennent en tête et chavirer l'imaginaire à l'écoute du disque : faites confiance, ils y sont, aussi vrai que le loup y est ; mais Glen est leur maître à tous et dans sa couche il les unit. Tout juste tiendra-t-on à noter que l'on contemple peut-être là le seul concurrent metal envisageable à The Eighties Matchbox B-Line Disaster - pour dire l'incandescence indécente du machin.

Mais, sérieusement... que celui qui n'a jamais rêvé d'entendre Glen Allen Anzalone (celui du II et du III, mais vous posiez-vous réellement la question ?) au guidon d'un groupe de doom généreux en morceaux de huit minutes de moyenne, ne lève surtout pas le doigt : qu'il sorte directement par la petite porte de derrière sans faire de bruit, ici l'on est entre honnêtes gens et occupés à enchaîner orgasme sur orgasme ; nulle place n'est prévue pour les gâchis de chair humaine.

Dans le ci-devant registre rock gothique liturgique vertigineusement viril, excepté The House of Capricorn, il ne se trouvera personne d'aussi mortellement sérieux client - ni personne tout court, du reste. D'ailleurs, si ledit registre devait devenir par la force des choses - celle qui fait des suiveurs crève-la-faim le fléau des bonnes idées - genre musical et réponse du berger à la bergère FFD... eh ! le carnage sera total ; le terroir est d'avance impitoyablement occupé jusqu'au moindre pouce par ces deux-là, chaque goutte du suc qu'il pourrait avoir à rendre de lui extirpé par leurs poignes de fer impérieux.

L'écoute de Church of Shamanic Goetia, chaque fois c'est pareil, c'est même pire à mesure que les rotations s'accumulent : les trois premiers morceaux vous retournent tellement comme une chaussette et vous laissent essoré pareillement, que vous ne comprenez plus rien à la suite, et si peut-être les morceaux en sont un poil moins impériaux, ou bien si juste vous avez tout le réseau nerveux carbonisé jusqu'aux racines par la décharge - d'ailleurs vous êtes tout prêt à croire qu'on peut mourir d'une attaque de chair de poule suffisamment violente, depuis que vous avez entendu "Hanblerchenap" ; chaque fois, que vous l'entendez, c'est à dire. Même la quatrième de la journée.

Mais en fait c'est plus simple : la première moitié du disque est consacrée aux coups de tronc d'arbre dans les dents ; la seconde aux petites balayettes fourbes ; également pratiquées au tronc d'arbre, réalise-t-on un peu tard : oui, un morceau tel que "The Sulphur Shaman" peut combiner riff victorieux de patricienne agonie rev'bizienne, aubades à la lune d'Evil Elvis, et glapissements de goule repeinte au vitriol tout à fait dans le goût Jeff Hayward - et vous laisser en charpie pantelante tout aussi rondement qu'une déculottée ouverte du calibre de "Wakan Tanka Riders". Cet album est simplement terrifiant ; bulldozer de chair, et grower encore par-dessus le marché, est-ce légal dans un seul pays sur cette croûte ? En somme c'est une de ces eaux-de-vie sauvages qu'il convient d'apprivoiser en ayant avec commerce assidu, avant d'espérer en pouvoir savourer les saveurs riches et complexes qui se dissimulent derrière l'incendie du premier contact ; et donc, fatalement, en s'hypothéquant la santé dans la manoeuvre.

L'écoute de Church of Shamanic Goetia, fatalement, s'achève dans une sorte de brouillard sonné par les successives gifles d'extase, K.O debout. Vos paupières se font lourdes, vos réactions corporelles pâteuses, votre mémoire récente brouillée. Vous ne verrez même pas le krys qui vous ouvrira la gorge, dans un chuintement humide.

Church of Shamanic Goetia en trois mots : how, gods, kill


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