MELVINS - Tres Cabrones
2013 · Ipecac

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gulo gulo
le 19 mars 2015 (1243 lectures)

   Psyché Noise rock Hard "70s

Les Melvins sortent un disque avec un vieux line-up tendance préhistorique - enfin : avec leur vieux batteur, et celui qui un beau jour le remplaça pour longtemps à la basse, le poste où l'on tient le moins longtemps chez les Melvins ; c'est d'ailleurs très probablement une nouvelle manifestation du si particulier humour maison : Dale Crover vient ajouter son nom à la longue liste des très transitoires bassistes des Melvins. Bref. Ils appellent ça Los Melvins, parce qu'ils commencent à en avoir un paquet, de line-ups et qu'il se fait temps de mettre des étiquettes dessus pour pas se mélanger les balais, l'âge arrivant. Le résultat ? On a envie de faire des ponts approximatifs vers ce que Les Claypool avait fait avec Sausage, qui était un peu l'équivalent de Tres Cabrones avec le line-up originel de Primus (approximatif, je l'ai dit ?), car le résultat est un peu le même.

On excave le vice oublié. Un peu comme chez Sausage, donc, les morceaux sont habités d'une folie, d'une maladie discrètes, suintantes, qui pèsent lentement mais sûrement toujours plus - moins exubérantes, dans le cas des Melvins, que, mettons, sur des albums tels que Stag ou Freak Puke - lesquels montrent, pour rejoindre à notre surprise sans doute partagée mon vénérable collègue Inziz, une loufoquerie somme toute convenue au sens le plus pattonien de la chose ; au moins par comparaison, car je pourrais bien à l'usage m'acclimater plaisamment au monde doucement thirlwellien de Freak Puke. Mais on se situe davantage, avec Tres Cabrones, dans les eaux saumâtres et la démence rampante de The Maggot voire The Bootlicker ; en plus sournois encore, du reste.

Tres Cabrones ressemble en effet à ce type d'albums, vous voyez lequel, dont on aime dire qu'il résume tout ce qu'un groupe sait faire, en l'occurrence dans l'incarnation globalement rock et d'apparence détendue des Melvins - interludes-comptines mongoles incluses. Grosso modo, une ratatouille servie avec une largesse peu regardante entre heavy rock, punk metal, proto-sludge noise-rock : les Melvins en un mot, et leur habituel merdier. Rien de très mollusque comme sur Lysol, pas de contrebasse jazz comme sur Freak Puke, pas d'ambient chillant comme sur Honky ou The Bootlicker... Et pourtant. Cela se passe probablement différemment pour chacun, pour ma part c'est d'abord la virulence maniaque, l'insanité glapissante qui affleuraient plus nettes dans les morceaux noise-rock et punk - interludes-comptines mongoles incluses - que j'ai remarquées, et il m'aura fallu le temps pour à la fin percuter un centre d'album... possiblement plus inquiétant encore, avec son hard à la papa totalement fait et gâté, à la limite du Led Zep des heures les plus raide perchées, mais revisitées (à la façon dont Motörhead revisite une chambre d'hôtel en interview, pas à celle d'un concours de cuisine télévisé) par... à la rigueur Sausage, tenez, mais ici arrivent surtout à leur impasse les tentatives finaudes de figures rhétoriques.

Par les Melvins ; c'est le seul terme qui traduise l'idée ; les Melvins, ces Residents qui seraient bitables, voire carrément bandants ; cette musique de péquenauds légèrement débiles, dont le physique ingrat, purulent et bourrelé de mauvaises graisses peine misérablement à museler une verve épique aussi incandescente qu'un fard piqué devant toute la classe au collège ; cette tambouille épaisse de hard gras-du-bide avec toutes les entournures traditionnelles et affables que la chose suppose, mais radicalement vérolé, blet, pourri de l'intérieur, inapte à la société et aux rapports aimablement lubrifiés à la machine à café - rien à voir, donc, avec le hard exagéré à langue dans sa joue, c'est un autre avatar hélas de ce fin lourdaud d'humour maison, des ennuyeux Nude with Boots et The Bride Screamed Murder - celui qui fait de morceaux tels que "I told you I was crazy" et "Stump farmer" des choses irrespirables peu à peu et paludéennes à souhait, malgré même la durée lapidaire du second ; et dont on croit pouvoir émerger pour respirer à travers deux morceaux de clôture en forme de débonnaires, avenantes reprises de vieux hardcore veau des familles... à tort. Ils sont noyautés eux aussi, et les dernières secondes du disque sont comme un brusque retour à une perception réelle de votre état : votre chemise est attachée dans le dos depuis le début.

Profitons donc de ce que vous êtes dans cet état chimiquement rationnel, pour volatil qu'il soit, et physiquement disponible, sinon attentif, pour causer réalité : hormis Sailing the Seas of Cheese, Pork Soda et Riddles are Abound Tonight, on connaît assez peu de plongées aussi cauchemardesques au cœur des péplums grotesques qui se tiennent dans la pénombre des persiennes tirées des banlieues oubliées de l'Amérique. Et l'album de Los Melvins rejoint, tout aussi discret et oublié de tout regard gênant, sans un bruit plus haut que le chuintement d'un homme-lombric, le cercle fermé des tout meilleurs disques des Melvins, entre Eggnog et (A) Senile Animal, ce qui est d'ailleurs à peu près où l'on se situe, pour résumer.

Tres Cabrones en trois mots : surtout, pas, dcal


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