gulo gulo
le 11 mars 2015 (1395 lectures)

   Stoner Sludgecore Blues rock

Allez comprendre. Enfin, si vous avez des fourmis dans les jambes. Moi, je compte bien m'en passer, et m'accrocher à la certitude, bâtie sur l'expérience (pénible), qu'autant pour certains groupes un seul album touché par la grâce peut leur frayer la voie en vous, et bouleverser, renverser votre regard sur tout le reste de leur œuvre rétrospectivement - autant pour certains autres l'hermétisme et l'incompréhension réciproques resteront obtusément entiers - et le groupe sur la liste de ceux qui vous font changer de trottoir à vue, même après un album affolant : le coup d'un soir, en somme.

Vous l'aurez compris, il ne faudra pas compter sur moi pour vous expliquer factuellement ce qui différencie Hochelaga d'un autre Dopethrone - mais si vous voulez un pronostic, au jugé je dirais : pas grand chose. J'ai très aimablement admis d'emblée et en accord avec moi-même que point n'était besoin de vérifier ce que me faisaient aujourd'hui ses prédécesseurs, qui chacun à leur tout de mémoire m'ont séduit par surprise à la première écoute, avant de se dégonfler en un éclair celle d'après. Oui, pour le cas que vous ne le sauriez pas déjà, j'aime croire en la magie, surtout en matière de musique mais là, ça tient de la tautologie.

Et Hochelaga est du nombre des albums où la magie se manifeste et s'incarne. A la façon de Thy Kingdom Scum, dont on peut d'ailleurs rapprocher Dopethrone des auteurs par cette même ridicule sur-démesure d'énergie et d'extravagante méchanceté qu'ils déballent pour jouer une musique pareillement bonhomme. Dopethrone tout comme Church of Misery joue toujours la même chose, mais un beau jour ça n'est plus du tout le même salami. Et si l'on sait pertinemment qu'on a cet album, irréprochablement dans les clous d'une musique elle-même très codifiée et folklorique, en des dizaines d'exemplaires déjà sur ses étagères, on sait non moins pertinemment à la première écoute qu'il nous FAUT celui-ci ; d'autant que, on s'en aperçoit bientôt, on ne l'a pas en tant d'exemplaires que cela : à part les deux premiers Weedeater, il y a qui ? Witchden, et puis ?

Car Dopethrone, dans la famille sludge-neuneu ("Vagabong", "Scum Fuck Blues", ils ne s'épargnent aucun cliché bien balourd dites moi) à la toxicomanie aussi ostentatoire que gentille, tient bien plutôt de Weedeater que de Bongzilla (peut-être là est-elle la différence, d'avec les anciens albums qui eux me faisaient fastidieusement penser à la médicorité des tristes Bongzilla, de mémoire, peut-être dans la notable présence ici de quelques flamboyants solos et lead elwiziens en diable (We Live! encore, toujours, mon amour...) et ensorceleurs à mesure ; mais on a compris en quelle haute suspicion l'on pouvait tenir mes souvenirs de leur passé). Il joue le même feelgood-sludge à pieds nus, chapeau de paille, une dent et un riff  (l'autre est manifestement volé), il est tout autant à poil et saturé de blues de vagabond - et bien entendu, feelgood est à entendre comme : ébouillanté et pelé tout vif comme une tomate ou un chat errant mais relax, restons cool, on va pas piauler à réveiller tout le voisinage occupé à cuver pour si peu

D'ailleurs Hochelaga reprend de Weedeater non seulement le trait voyant de ce feulement de hyène fatiguée, de vieux busard usé jusqu'à la trame, ce cri black metal blanchi par l'âge et les trois paquets de brunes par jour - mais surtout ce petit rire bossu de crapaud-fantôme, de crotale sénile, mêmement feulé et délavé, qu'on entend à certain moment d'...And Justice for Y'All, et qui en ce qui me concerne résume discrètement et parfaitement l'humeur et la saveur d'une musique éminemment douceâtre autant qu'elle est redoutablement entêtante. Dopethrone ne se montre sans doute pas aussi pâle comme du bois porté, n'a pas la légèreté spectrale du premier Weedeater, et d'ailleurs le fameux rire ils le reprennent plusieurs fois, en vrais lourdauds, mais c'est aussi bien puisque ça nous fait deux groupes suffisamment différents à chérir. Et "Scum Fuck Blues" présente rapidement toutes les aptitudes d'innocente couillonnerie requises pour tourner presque autant qu'un équivalent doom et bidoche du divin "Shitfire"... Finalement si Hochelaga chipe quelque chose au vieux sorcier, c'est plutôt, pour le monter sur pneus taille basse de hot-rod, ce talent à aligner tube sur tube de pop bubbledoom invincible. Étrange mariage de modeste réserve et d'obscénité brutale qui pourrait bien en vérité résumer ce que le groupe dégage ici...

A moins qu'on ne le fasse, ce résumé, en pointant que le disque est paru, de façon tout aussi discrètement typique, sur le label - aux atours de petite officine de spiritueux clandestine tout à fait raccords avec l'aura de petite communauté secrète que charrie le disque avec ses samples aux airs d'extraits de petits documentaires régionaux - dont le nez creux a débusqué Doctor Smoke et le palais fin la réédition du premier Earthride - pour parler d'autres choseries trompeusement ordinaires et effacées d'apparence, au charme pourtant capiteux, et dont la nocivité avérée sera cause que dorénavant on suivra attentivement les agissements de Dopethrone, dont on avait fini par oublier les promesses en germe à force d'albums courts en bouche.

Hochelaga en trois mots : le, buf, cru


Facebook 

Chargement...

Avis des auteurs

 
Coup de cœur
Coup de cœur