Krokodil
le 23 février 2015 (1319 lectures)

   Progressif Krautrock

Oui, on a une réputation de retardataires à tenir. Oui, le disque a déjà été autopsié un bon millier de fois. Oui, pour les descriptions, les interprétations et les épanchements hormonaux, vous avez frappé à la mauvaise porte. Comme le disait ce bon vieux Jean-bibiche "tout a été dit, et l'on vient trop tard, depuis sept mille ans qu'il y a des hommes, et que ces gentils couillons se permettent de penser…" bon, j'ai à peine pas déformé ses propos mais le fait est là : que dire d'un tel monument de sorcellerie sans faire de la récup' ? Que dire d'un disque qui concentre rien de moins que soixante années d'histoire du rock en une heure et des poussières ? Vous comprendrez que la tâche n'est pas des plus amusantes. Il n'empêche qu'au-delà de toutes ces choses déjà racontées ailleurs, Tago Mago n'a jamais vraiment livré tous ses secrets. Chaque nouvelle écoute le démontre, lorsque l'on se retrouve confronté à ce petit détail qui nous a miraculeusement échappé jusque-là, et ce jusqu'au suivant, puis au suivant. C'est peut-être une maigre consolation, mais il n'y a rien de plus humain, non ? Quel cerveau non-autiste serait réellement capable de percer à jour la moindre logique narrative ou thématique dans un pareil album, alternant sans transition érotisme tantrique, héliotropisme hallucinatoire et crises d'angoisse absolues ? Au fond, qu'il soit un foutage de gueule d'anthologie ou non, Tago Mago continue de nous balader, comme depuis le début. Et s'il n'était question que de cette modeste prouesse - empêcher le rationalisme, en somme - on aurait vite fait de lui trouver un successeur plus allumé, plus barré, plus improvisé, plus n'imp. Mais non. Tago Mago lévite au-delà de toutes ces conneries conspirationnistes, lui qui a réconcilié survivants du dadaïsme, disciples de l'alternatif, drogués et mystiques et drogués mystiques. Il est le disque qui a gentiment préparé le fond de forme pour une descendance plus tentaculaire que le plus tentaculaire de tes croque-mitaines : le daron de la zeuhl, de la concrète, de l'indie, de la minimal, du free-rock, de l'ambient, du grindcore numérique, des Neubauten, des Suicide, des Sink, de la Cold Meat académie… Et tant d'autres. Dis comme ça, ça parait complètement ridicule, mais pardonnez-moi,Tago Mago est ridicule. Génialement ridicule. Et au final, il n'en est que plus éducatif, ne manquant pas de rappeler ô combien les late-60's / early 70's ont été le plus récréatif des laboratoires sonores.

Tago Mago en trois mots : encyclopdique, absurde, troublant


Facebook 

Chargement...