URFAUST - Apparitions
2015 · VŠn

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gulo gulo
le 08 février 2015 (1330 lectures)

   Psyché Gothique Rituel

Les métalleux ne méritent pas Urfaust. Enfin, on ne va pas passer la nuit là-dessus, puisque ce n'est vrai que pour leur immense majorité, ce qui veut bien dire pas tous. Aussi rien ne servirait-il de s'attarder contre un  grief vieux comme un marronnier, et de stigmatiser ceux qui n'en sont que l'infortuné véhicule, ainsi qu'on l'est d'un virus saisonnier. Qu'il n'en soit plus question.

Or donc, Urfaust est inclassable ? Urfaust joue du black, Urfaust joue du doom, Urfaust ne veut jamais rester là où on voulait le voir rangé et l'aimer bien tranquillement ? Et si on s'était laissés avoir depuis le début ? Et si ce qu'ils ont depuis le début maîtrisé comme des chefs, mais commencent petit à petit à dominer comme des demi-dieux capricieux... était la dark-wave ? Celle qu'on ne savait - en métalleux qu'on est, en dépit des coquetterie, lors qu'on écoute du metal - passer que par la colonne "divers/intros/outros" du budget, à l'époque du premier album, celle qui empêchait totalement de savoir quoi penser du second avec sa portion écrasante dévolue au néo-classique grinçant de mystère, celle à laquelle se consacrait impudiquement Drei Rituale avec une aisance de très bon élève surprenante - de la part d'un groupe supposé metal - celle dont le lyrisme galopant et sans complexes inutiles transfigurait d'un je ne sais quoi - lorsque je cherche une catégorie de metal - l'étrange doom baroque de Einsiedler... ou même le chant new-wave exhibitionniste que l'on voit perler tout le corps de leur œuvre... On serait ailleurs, je ne me privais pas d'aller carrément décréter qu'Urfaust est un groupe de dark-wave qui intègre au gré de ses humeurs diverses formes métalliques, et on n'en parlait plus, mais comme cela n'a pas la moindre espèce d'importance, et aussi qu'on tient aujourd'hui leur disque le plus doom - ...jusqu'ici, car on peut espérer encore mieux, on peut tout espérer d'eux - on ne va certes pas se faire prier,  pour l'accueillir dans les rangs de la musique lente, lourde, et surtout psychédélique.

Car Urfaust, donc, n'est pas seulement un des meilleurs groupes de dark-wave rituelle qui soient, et n'évoquant les atmosphères et les inflexions que des meilleurs représentants, Das Ich, Sadist School, Dead Can Dance, Goethes Erben, Rosa Crux... mais surtout les terrassants et impérieux Omala : excusez du peu ; il est aussi capable d'y entrelacer ce qu'il retient de bon de ses safaris rabelaisiens en terres métalliques ; mais n'est-ce pas également une caractéristique de la dark-wave, que de posséder une définition suffisamment floue, accueillante, peu à cheval sur des cahiers des charges techniques, pour s'accommoder comme qui rigole de ces religiosités psyché qui... se passeront d'adjectifs, tant on s'expose à verser en moins de temps qu'il en faut pour le dire dans le plus grotesque des carnavals de superlatifs. A moins que ce ne soit justement le signe clinique irréfutable qu'ils appartiennent, plutôt qu'à tout autre genre chevelu, au règne slowendien des musiques blettes et frappées de toutes les possibles maladies proliférantes, dégénératives, aux symptômes aussi floraux et somptueux qu'ignominieux ?

On aura, encore une fois, tôt fait de s'égarer sans espoir de retrouver une issue, si l'on cherche à toute force à ranger Apparitions - ailleurs qu'entre deux bouteilles de vin rouge bien lourd et capiteux - et ce serait autant d'énergie et de concentration de perdues plutôt qu'à se laisser aller à les perdre toutes deux, noyées dissolues dans son extase carmin - de celles qui donnent envie de battre quelqu'un jusqu'à la mort tellement elles sont violentes à soutenir - de cette chose qui vire pour ses vingt minutes finales à une incroyable version partouze immobile du Brighter Death Now et du Lustmord les plus monacaux, avec dans le fond flou des coursives de la cathédrale de pulpe ces cris trop lointains pour reconnaître l'orgasme ou la terreur suppliciée mais qui pour sûr n'évoquent que les plus barbares moments de Sigillum S, ou l'érotisme ésotérique et préhistorique des Hybryds - car de la dark-wave à l'indus-rituel y a-t-il jamais plus d'un pas ? - et c'est après tout bien ce qu'il faut retenir, à défaut d'une description bien vaine de l'état de transe, et des profondeurs drapées d'un rouge que vous percevez très bien tous seuls : qu'Urfaust ne se compare si besoin est qu'avec les meilleurs, dans les rangs de qui il vient s'aligner tout nu tel ceux qui ont besoin de surtout nul autre costume pour resplendir de toute leur aristocratie, ceux qui tutoient la terreur divine et lui lutinent le cul, de leurs ongles endeuillés mais dévots, avec ce disque ingénu qui est un fourreau de chair par où accéder à ses propres steppes intérieures, battues par les vents d'esprits qui ne sont que ceux de vos propres appétits carnivores ravagés par l'alcool, jouets de mirages, et d'une vision nacrée par la cataracte et l'opium ; un gouffre, un asile, un bordel sacré.

Le gin, probablement ; on a toujours tendance à sous-estimer le pouvoir du gin à hautes doses. On ne va pas y passer la nuit, a-t-on dit, ne fût-ce que parce que la nuit on va la passer, pendant quelques années au moins, à écouter ce disque répétition après répétition, à en tarir l’œil laser du lecteur et à en oublier tout souvenir du sommeil - mais voilà clairement un disque qui n'est point fait pour les buveurs de bière. On ne va pas passer la nuit à taper dur et maso sur le métalleux qu'on a tous en nous, mais dieu que c'est bon, de se rappeler ce que c'est aussi que d'être un goth, au fond, et que ce n'est certes pas en écoutant du metal qu'on a connu la chance d'entendre des disques aussi... ahem... "simples" qui supportaient aussi radieusement d'être écoutés à un régime déraisonnable sans s'user - tout au contraire, ô combien ; ce qui s'appelle le lustre, probablement. Et maintenant, bonne nuit, les petits.

Apparitions en trois mots : vertigineux, extravagant, miraculeux


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