gulo gulo
le 07 janvier 2015 (739 lectures)

   Industriel Noise rock Blues rock

On est pas aid, je vous jure. Le systme de notation, l, croyez vous donc que sa nature non algbrique et qui laisse toute sa place claire la part du ressenti, le rende incomparablement plus maniable, instinctif, et toutes ces merveilles qu'on imagine ? Zob ! Les Inuits ont-ils pas trente-douze mots pour dire "neige", ce qu'on aime dire pour faire le malin, genre humble devant l'infinie altrit ? Pourquoi, moi, est-ce que j'ai pas ma disposition les quarante diffrents qu'il faut pour dire "coup de cur" ? Peut-on srieusement utiliser de but en blanc la mme locution pour sanctionner aussi bien : le truc "juste" excellent mais que tu veux pousser un peu en avant dans la lumire, et sortir un tantinet de la masse froide des excellents ; le truc solidement et affectivement excellent, mais dont tu veux souligner que lui et toi c'est la vie la mort depuis vingt piges et c'est ton frre ma parole ; et le truc qui ds la presque fin de la premire coute tu sens dj l'envie de faire des avances et des trucs pas raisonnables, et aucune de le rationaliser jamais si possible, ni le voir se fondre au douillet de ton ordinaire ? Bref, tout ceci, vous l'avez devin, n'est qu'excuses anticipes en faveur du redoutable fatras de comparaisons extasies que menace instamment de devenir ce billet.
Mais aussi, comment rsister ds le premier morceau et son traumatisme, au dsir d'y voir s'accoupler Godflesh et Big Sexy Noise ? Sans aucune considration oiseuse sur l'historicit et ses sens uniques pusillanimes, MoE ressuscite le plus prhistorique et minoen des Swans, mais en y insrant une sorte de Jarboe si Jarboe n'tait pas Jarboe, c'est dire cette fausse mnade vraie diva goth plumes, toute tarte et guinde - mais une mre maquerelle pas tout fait descendue du singe et qui tranerait la moiti de ses organes au bout d'une laisse de viande ; et nous rappelle, toujours propos par le fait, que pour faire du sludge il faut bien un moment que la matrice bouffie de Black Sabbath connaisse pour la fconder la cinglante nervosit de quelque gamte punk hardcore, le mme qui dtient la paternit de Black Flag et d'un noise rock dont on sait en quels mandres boueux il peut plaisir s'en aller sinuer et stranguler.
Oui, on pourrait en citer des noms mirobolants, surtout accoupls comme il les faudrait, mais cela resterait maladroit, et ct de la cible. Car cet album de MoE est avant tout, et c'est peu de le dire, une chose dense, compacte, de la simplicit crue de la plus essentielle des vidences, qui n'a besoin ni du fard ni des gupires d'aucune varit tudie pour sesbaudir en libert dans la vrit de son tat de nature, et se savourer sans lassitude ; et rien que pour cela ils mritent qu'en rfrence on leur donne Shellac et Pornography, plutt que, qui leur pendent au nez, les plus inoffensifs Baxter Stockman et les plus bariols Made out of Babies. 3 est une haleine chaude, rpeuse, lourde, ftide et suggestive, une brlure du gosier, celle qui le descend aussi bien que celle qui le remonte ; et qui donc voudrait croire que l'on ait de pareilles choses un apptit esthtique ? L'apptit n'est pas affaire esthtique, et 3 est un morceau de chair dans lequel on se sert avec les dents, sans rflchir, tandis qu'on s'y fait craser la bouche sans mnagement par, on ne sait lequel est le plus pesant et tumescent, la voix de cette Lydia Lunch runifie avec la Lucy en elle, ou les riffs congestionns jusqu' friser l'infirmit, et qui marchent sur leurs trois jambes ainsi qu'on ttonne dans les gouts de Brooklyn - moins que ce ne soit la batterie la souplesse de flin prognathe et trapu peut-tre plus sournoise encore que celle de Vinnie Signorelli ?
On fait difficilement plus explicite.

3 en trois mots : malaxer, broyer, labourer


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