GODFLESH - Streetcleaner Redux Edition
2010 · Earache records

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gulo gulo
le 06 novembre 2014 (1053 lectures)

   Industriel

Peut-on changer Streetcleaner ? Si l'on s'appelle Justin K. Broadrick, il appert que oui. La ci-devant version vous dispensera-t-elle de conserver l'originale ? Non point. La premire apparition de Streetcleaner tait une pure vision de terreur, brute, irrelle et compacte comme un cauchemar - un particulirement infect au palais. La seconde, l'instar de la nouvelle version de Hymns, est organique ; dynamique ; agite de tout un fourmillement de remous, de pulsions, de muscles qui roulent sous son enveloppe - moins que ce ne soient des pistons, qui soient bien prs de dchirer la pauvre peau lime qui les contient ? Mais on parle de Godflesh, alors les ambiguts bio-mcaniques, je pense bien si vous tes ns de la dernire pluie... Bref, pas la peine de rserver des effets de manche : on voit si c'est moins terrifiant.
La chose relve cette fois moins du cauchemar, plutt de l'exprience horriblement relle dans ses dtails sensibles, toute baigne qu'elle puisse tre des relents d'impossible qui font l'atmosphre fantastique. Un peu, juste assez, du relief de l'instant anim, pour tout dire, ce qui tait autrement un atroce tableau paralys sans fin, fig comme du sang dans le plat du rti, dans une hallucination au pcp.
Plus prosaquement, ce Redux sonne moins dat... par un manque de moyens et des erreurs sans doute de son poque ; certainement pas dat de la ntre ; car, il en est justement la preuve si elle avait jamais t ncessaire, Godflesh et surtout Streetcleaner n'a jamais eu besoin de sonner comme un de ces monstres contemporains surmultiplis et surabaisss, ou comme quoi que ce ft d'autre que du bon vieux metal industriel infernal, pour exercer tout son pouvoir d'horreur : il est le metal industriel infernal. Streetcleaner sonne ici simplement comme il aurait probablement d sonner. Et de fait, Streetcleaner Redux sonne comme on croyait se rappeler que sonnait Streetcleaner : c'est dire comme si on percevait tout ce que l'on sait de son cruel programme travers le filtre extatique et limpide de quelque drogue qui absoudrait de la douleur en transformant toutes sensations en merveilles, sans en rien occulter pourtant de la frocit sans gale de l'album, ni de l'tat d'alarme maximale de l'organisme qui s'impose. Quasiment un album de hardcore, en cette qualit d'immersion pleine dans un combat mort (pour peu qu'on tienne pour rfrences en la matire 108 et Neurosis).
S'en fallait-il de beaucoup ? Oh... les basses ; un peu plus de puissance hydraulique sur les deux marteaux-pilons, celui qui n'a pas de nom et celui qui en a un, celui qui obit l'horloge, et celui qui gronde depuis le monde infrieur ; et une plus douloureuse acuit des feulantes gerbes d'tincelles de la guitare, pour faire bonne mesure, ainsi qu'une cruaut de pillard plus palpable dans les aboiements abhumains. Tout comme Hymns, Streetcleaner en devient si possible encore un peu plus Godflesh, avec la dlicatesse d'une haleine en plein visage, charge de cold wave primate et de hip-hop dantesque. Aprs a il n'y a plus grand chose faire, sinon se ruer la recherche du premier Techno Animal.

Les versions originales du second disque, elles, illustrent merveille ce que je disais tantt de mon inaptitude naturelle m'intresser aux dmos et rptitions de morceaux emblmatiques (cf la rdition deluxe de Pornography). Les mixes originaux du dbut, avec leurs attributs de brouillons, du moins : les deux lives, en revanche, c'est un autre salami, avec leur fureur aveugle du genre qui s'enfile sans mme sans rendre compte God, Swans et Virgin Prunes en tombant du lit. Celles-l introduisent l'humanit dans Streetcleaner, et elle n'est pas belle voir. Une splendeur, de celles qui mritent le label Public Castration version punk fini la colle. Les rptitions qui suivent ne sont gure moins en surchauffe et passeraient sans anicroche pour la suite de ce set (le premier suivant la sortie du disque, parat-il), avant de doucettement virer la version power electronics prhistorique de Fall of Because. Et retour la cold wave originelle avec les deux maquettes de fin, pour une sortie sur une rugueuse bouffe d'oxygne.
Bref : Streetcleaner lave les rues et les culs, depuis 1989, toujours plus, et l'incendie n'est pas prt de s'teindre. Bref bref : voulez-vous ce fichu clbard de malheur de disque ? Vous le voulez.

Streetcleaner Redux Edition en trois mots : cru, barbare, impitoyable


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