GODFLESH - Hymns (remastered)
2013 · The End

Détails

gulo gulo
le 02 novembre 2014 (728 lectures)

   Industriel New wave

"I love dirty fucking bass - I mean, that's what Godflesh is all about : dirty, filthy fucking bass". Ben tiens... Tu n'as pas toujours dit a, Justin ; nul besoin d'tre aussi ftichiste de tes interviews qu'on l'est de tes disques pour le certifier.
Mais fi de ces vtilles : il fait toujours plaisir que tu le reconnaisses et le clames, avec une hyperbole qui sent son pesant de remords, la basse de G.C.G a en effet toujours trn au rang des quelques lments essentiels qu'on chrissait le plus dans Godflesh, disque aprs disque, discrte comme lui mais irremplaable et indispensable pareillement, comme on se plat le croire de lui, musicalement tant qu'amicalement. Un accs de culpabilit, de gne, sans doute, d'avoir toujours t celui qui attirait le peu de lumire tomber sur Godflesh, tre celui qui en portait l'identit, l'incarnation simpliste aux yeux du monde ; une envie de faire acclamer par le public celui qui est en effet autant que toi l'heureux parent de ce sacr mme la vie bien remplie : lui, cette ombre aveugle qui rde partout maugrant et villebrequinant dans vos albums, infatigablement et opinitrement se jouant de nos intestins cependant que tu nous pilonnes la cage thoracique et nous fluidifie les vertbres ; ce vieux coldeux qui tu as russi fourguer ce bootleg des Stranglers, mais qui a bien aussi amen ses propres bagages dans le priple, sans piper un mot plus haut que l'autre.
Cela fait d'autant plus plaisir que tu ne t'arrtes pas la dclarer aux journalistes, cet amour : tu le dmontres dans toutes les occasions qui s'offrent. Ce n'est sans doute pas avec A World Lit Only by Fire que tu as t le plus en russite, ce disque qui donne la basse qu'il dsire un monde assoiff de bass music, de deathcore et de techdub, savoir : les basses. Mais soit, c'est aussi ton droit, et une bien comprhensible tentation du chercheur sonore que tu as toujours t, y compris justement avec les matriaux lectroniques. C'est surtout mouvant vous faire fondre le cur sur les remasterings que tu as donns deux albums qui n'ont pas tout fait le mme statut, mais constituent surtout le premier et le dernier.
Et donc, ce nouvel Hymns, car comme pour l'autre c'est quasiment d'un nouveau disque qu'il s'agit, voit resplendir la basse de G.C. dans tout son caractre de fauve farouche, mais aussi et dans le mme temps dans toute la part qu'elle prend la dimension atmosphrique, au sens de vaste et prilleuse, du groupe, dans un travail qui pour radieux qu'il est de cet amour qu'on a dit, n'en oublie pas l'application et le raffinement, puisqu'videmment on n'a pas juste donn un tour brutal au potard "basses" : Parsons aussi, hosannah au plus haut des cieux, scintille de toute sa propre animalit chamanique, et on a donn ici une nouvelle couleur Hymns, compatible videmment avec l'originale, mais de faon insouponne et qui le rapproche des altitudes rarfies de Messiah, o la grande lumire dgage peut rapidement virer au noir du vide tout proche. Sans dnaturer le disque, voire en en sublimant encore le digne hommage Killing Joke, tu y as pos un hivernal manteau de mystre, inquitant et grisant la fois, soit parfaitement l'image de cette basse qui y feule et maraude dans son lment comme jamais. Pour le coup on a envie de dire, et d'ailleurs on ne va pas s'en priver, que le Killing Joke d'ours dans la brume de ces dernires annes, a rencontr plus pre que lui. Pour tout dire, en dlivrant l'album de son ancien rendu triqu - car mat n'est pas terne - tu en as rehauss la nature de rock primal, et l'as montr tel qu'il est : un grand disque.

Mais le disque ne s'arrte pas l. Ce n'est certes pas un friand de maquettes et de rptes historiques qui vous le dis : le cd bonus de versions dmo vaut de l'or. On s'y enfonce encore un peu plus dans la crudit, l'obscurit, et la chaleur au cur de l'hiver. Dixit toi-mme, Justin, c'est l le son qui avait t propos au label, le son que devait avoir l'album, n'eusse-tu t alors en proie au doute, la conscience de soi et au besoin de conseil, dixit toujours. Et l, pour le coup, sur les quelques morceaux que tu as pu retrouver dans leur version initiale, c'est en vrit entirement une histoire de basse - sale et dgoutante n'tant pas pour ma part les termes que j'emploierais : juste une putain de basse, nous sommes d'accord, dans toute l'impriale ampleur qu'elle doit prendre, granuleuse, immanquable, grondante, bestiale, prvalente, primordiale... Godfleshienne. On chappera difficilement ici une nouvelle mention, encore et toujours, de Killing Joke, puisque le grain et la rsonance voquent rien qu'un peu l'atmosphre de caverne des Duende Sessions, mais surtout qu'on est tout simplement parvenu aux retrouvailles avec le sentiment primitif et viscral qu'exprimait "Wardance" - je me suis laiss dire que c'tait un morceau qui avait voulu dire une chose ou deux dans ta vie... Le rock industriel dans toute sa classe nue.
Et en guise de cerise sur le gteau, tu donnes ici en fin une forme physique ce faramineux morceau de jungle qui tranait, "If I could only be what you want", avec son climat motionnel, arien, et nanmoins (?) tout en tension fivreuse, jusqu' la fin prte jaillir, qui tient dj presque toute rien qu'en la grce modeste et trompeuse de ce beat comme bien peu de junglists sont capables d'en concevoir, et que la guitare vient encore empoisonner de son acidit sans pareil... Parce que ce n'est pas tout fait pour rien qu'un type plus vieux et affranchi comme Ben Green t'a embot le pas sans jamais un commentaire inutile ; parce que tu n'es pas tout fait n'importe qui toi-mme, Justin.

Hymns (remastered) en trois mots : hant, raclant, gnreux


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