GODFLESH - Us and Them
1999 · Earache records

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Krokodil
le 06 octobre 2014 (796 lectures)

   Industriel

Quoi de plus redoutable dans une carrire - quelle qu'elle soit - que ce moment crucial, cette charnire, o l'on se sent se disloquer corps et me, entre le dsir de se recrer, d'innover encore et encore, de prserver le monopole de l'avant-garde, quitte perdre en chemin une partie de ses ouailles, et le "devoir" - si je puis le nommer ainsi - de respecter les rclamations et les attentes de son auditoire.
Concernant Justin Broadrick et Godflesh, nous aurons tendance penser que ses albums les moins "bons", du moins les moins percutants, sont galement ses disques les plus ambitieux, les plus dmocratiques, les plus scientifiques ; ceux o il a tent bon gr mal gr de concilier ses recettes dj maintes fois approuves, puises et l dans une discographie si labyrinthique qu'elle ne peut tre que l'affaire d'archologues passionns, et ce qui a toujours fait de Godflesh un groupe sans pareil ni quivalent : cette infaillible capacit fracturer, briser et rompre les os.
Ainsi, les coutes successives et appliques d'A World Lit Only By Fire m'ont rappel un autre disque, celui que Justin lui-mme confie dtester tant il reflte sa crise d'identit d'alors : Us And Them, album dont le nom - comme presque toujours chez Godflesh - se rvle aussi annonciateur que fonctionnel. Mais peut-on reprocher pour autant un album de musique industrielle de fonctionner comme les machines fonctionnent ? De rpondre (avec brio qui plus est) aux exigences d'un cahier des charges scrupuleusement tabli ? Fondamentalement, non. Sauf qu'il n'est pas question de n'importe quel disque, ni de n'importe quel groupe. Les exigences sont toujours plus fortes quand il est question d'un artiste gnial, les critiques sont quant elles toujours plus froces.
Us And Them a effectivement tout de la crise existentielle : est-il un disque de God ? de Godflesh ? de Techno Animal ? de proto-Jesu ? Peu Importe. Us And Them a effectivement tout d'un album bourr de bonnes ides, d'ingniosits, de compromis savamment exploits, Us And Them a tout d'un disque dlicat, consensuel et respectueux. videmment qu'Us And Them est une russite. videmment que nous en demandons davantage.

Us and Them en trois mots : lui, et, nous


gulo gulo
le 07 octobre 2014 (796 lectures)

   Industriel

Justin a un vieil ami ; il sappelle Mick. Quand il ne poste pas en majuscules sur son blog myspace ou nest pas la pche, Mick lche des petites bombinettes. Ainsi celle-ci, quon imagine aussitt entendre dans ce petit ton fruit et pointu quon lui sait, sans y toucher, au sujet des disques de son vieil ami Justin de mmoire : "je ncoute pas les disques de Godflesh, aprs le premier ; trop facile, trop timor, lorsquon sait de quoi Justin est capable, cest lui qui ma fait dcouvrir tant de choses : house, world, dub, hip-hop" Le jovial petit homme, pas trs bonne copine, se rpandait ainsi loccasion de la sortie dune chose nomme Evanescence, dont on peut du coup avec une certaine logique attribuer une spirituelle part de la paternit Justin.
Une fois tous les tant dannes, Justin fait mentir son compact compre et laisse parler son ADN ; non pas celui dont il dit, dernirement, quil est tout estampill Godflesh tout partout ; mais celui qui a fait de lui depuis toujours ce gnie rythmique si divinement laise dans toutes formes lectroniques aux squelettes diversement drivs du breakbeat ; celui qui a enfant les curantes russites de The Sidewinder, Solaris BC, Techno Animal, White Viper, Krackhead, Ice ainsi de suite. Une fois tout les tant dannes, il obit la pulsion de laisser ouvertement parler cette fibre-l pendant un disque de Godflesh. Ce qui est comprhensible tentation, vu comment des albums tels que Pure ou Songs of Love and Hate dgueulent le hip-hop par tous les chappements de leur ventripotente machinerie ; il ne sagirait pas doublier que Justin a un autre ami, qui se nomme Kevin, auquel il a galement prodigu quelques enseignements profitables sans demander merci.
A sa priode acid house, cela donna donc Slavestate, et jespre bien que ce drle dHarris ne sest jamais permis de causer gras dessus, parce quil ny avait pas l de quoi faire autre chose que la fermer bien serr. Quelques annes plus tard, toujours en Angleterre videmment, ce fut lascension de la drumnbass et la jungle (Mick Harris tait dj sur le coup, mais on ne va pas chercher trancher qui fait la poule et qui luf...).
Ce qui ne pouvait manquer de titiller Justin. Ce qui ne pouvait mieux tomber si lon tait soi-mme bien engag sur la voie de lillumination club et free-party ; pour renforcer un sentiment certain de lien personnel avec ce bon vieux Justin, bien entendu ; mais aussi pour tre pleinement rceptif ce quun pareil disque pouvait simplement reprsenter de lien resserr de Justin avec lui-mme. Et cest encore limpression qui persiste, en dpit de tout, devant ce disque ; malgr ltranget et le got de rachitisme quon peut lui trouver lorsquon est ensuite revenu un contexte quotidien de lourdeur et de corpulence musicale superlatives, malgr la lgre gne que lon ressent finalement toujours entendre des beats dsincarns et voltigeurs prtendre faire cavaler sous leur cravache des riffs suants et soufflants : limpression de voir Justin affranchi, enfivr de libert de ses sincres fidlits punk et hip-hop, exultant de laisser cours, course mme tous ses dsirs dapprenti sorcier de sound system mutode et dternel enfant affam, ceux qui le dmangent en permanence depuis avant mme son adolescence.
Mick est petit, agaant, avec une putain de grande bouche tonitruante ; mais il a souvent raison. Et quand il vous dit que Justin cest pas la moiti dun sacr lad, vous faites bien de le croire.

Us and Them en trois mots : anglais, chien, cinglant


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