franoise massacre
le 10 mars 2005 (901 lectures)

   Drone doom Ambient

L'Aura de fascination sacre et controverse qui entoure aujourd'hui les deux doomlords O'Malley et Anderson est comme jamais sujette palabres dans les succursales obscures du metal underground. Et bien que l'on assiste, depuis quelques mois, la monte phnomnale du culte Sunn O))) , il ne sera ici question que de musique, ou presque.

Tout premier enregistrement du groupe (1998), les GrimmRobe Demos, qui viennent donc d'tre rdites en cd et vinyles chez Southern Lord, et augmentes d'un quatrime morceau enregistr en 1999, taient initialement parues en 2000 sur le label Hydrahead, presses quelques maigres 700 exemplaires. Fiert marketing mal place (?), le texte accompagnant la promo-sheet de la dernire rdition SL prcise : now fetching 90$ + on ebay! Pic LP release by Outlaw in edition of 220 sold out in 3 days! (gasp). Cependant, toute considration politico-pcuniaire mise part, ces premires dmos, prises en tant qu'objet musical, constituent sans doute l'acte le plus pur et le plus indispensable jamais ralis par le groupe.

1998. Le groupe-hommage Earth reprend donc l o Dylan Carlson tait rest 5 ans auparavant avec le sobrement intitul Earth2, en poussant encore un peu plus loin le radicalisme minimaliste hrit des pres du drone contemporain (Tony Conrad, La Monte Young, Glenn Branca et ses symphonies pour guitares), et appliqu au monde du rock, puis celui du metal. On pourrait y voir galement quelques rminiscences du quasi-dfinitif My Cock's On Fire des pionniers extrmistes et dtraqus de Whitehouse, ou mme un prolongement du majestueux Absolutego des japonais de Boris, enregistr deux ans plus tt, en 1996. Forts de cette filiation, Stephen O'Malley et Greg Anderson, pauls la basse par Stuart Dahlquist (ASVA, Burning Witch) le temps de l'enregistrement, poseront (ou ractualiseront) les bases d'un certain doom-drone exprimental et primitif. Les guitares et la basse seront minutieusement accordes quelques tons plus bas, librant la toute puissance des harmoniques contenus dans le spectre sonore, et contribuant ainsi renforcer l'impression nauseuse d'une masse organique dmesurment grasse hurlant la mort dans un caisson de dcompression. Contrairement aux albums suivants, les GrimmRobe sont quasiment dpourvues de toute intervention lectronique, avec une production asctique tout aussi minimale que son contenu musical. La pierre philosophale en somme. Toute la quintessence de la Mystique Sunn est contenue dans ce manifeste ambient-metal fumant de 72 minutes, - les albums qui lui succderont n'tant ni plus ni moins que des variations autour du mme thme.

Tenter de dcrire cette quintessence n'est pas chose aise, tant l'art de Sunn rside dans la ngation mme de tout rythme quantifiable et dans l'absence de structure harmonique palpable, deux caractristiques intrinsques la drone music. Le drone ne s'apprhende pas du point de vu de l'analyse formelle. Il est tout en timbres, en nuances et en introspection. Au sein de cette masse sonore continue, les changements harmoniques du son livr lui-mme et les phnomnes acoustiques subtils engendrs par les superpositions de bourdons distordus demandent que l'on opre un retour sur soi attentif. Pour en saisir toute l'intensit, il faut rentrer dans le lard du son, se laisser envahir et malmener par le bouillon subsonique, accepter sans broncher la lourdeur et la crudit de la nappe, assister, passif, sa lente descente aux enfers demi-ton par demi-ton, laisser le tapis de guitares vrombissantes se drouler jusqu' soi, et surtout, n'y opposer aucune rsistance. Tant pis si a fait mal. L'art de la transe vaut bien quelques sacrifices.

Le booklet du CD, l'artwork impeccable design par O'Malley, est accompagn de l' Ode To The GrimmRobe , soit la mise en prose ravage de la musique sous la plume du graphiste visionnaire Seldon Hunt, qui nous laisserons le mot de la fin :

[.], last minute goodbyes through windows on the razor's edge of fear, grotesque rhinoceros excrement sculptures built by the unfortunate who whimper the last holy rites through crudely fashioned mouths, tied to infinity by ropes of shame, lost in one continuous second of incredible regret, born away on a raven of dung and blood, whose gaping scream defiles innocence, a barren landscape filled with a cracking and collapsing, funnels of fire and oil that fill the air with torment and vitriol, the awful sound of the universe saying it's final prayer, knowledge and wisdom passing along on fleet footed black cats with tails of carbon and bone, faces whispering of nothing and an everything, so loathsome the earth itself turns black with shame, history digested in the great unholy stomach [.]

The GrimmRobe demos en trois mots : drone, grim, quintessentiel


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