ANATHEMA - The silent enigma
1995 · Peaceville

Détails

Nirguna
le 03 mars 2005 (982 lectures)

   Doom death

Peut-on parler de ce disque ? Si les mots manquent, c'est qu'ils ne sont ni assez nombreux ni assez dithyrambiques (et l je suis 'achement content que mon correcteur orthographique fonctionne nouveau, a m'empchait vraiment de placer ce terme spontanment dans la conversation virtuelle). Comment dcrire une oeuvre aussi acheve en matire de rvolte, de sophistication et finalement, de beaut, quand on est aussi aveuglment plong dans une extase mystico-dpressive.

Si j'ai l'impression de ne pouvoir parler de ce disque, c'est avant tout qu'il a la fcheuse tendance engendrer chez moi des lans lyriques aussi romantiques que nausabonds. Imaginez-vous la scne, et vous en conviendrez volontiers : pos cet instant prcis dans un lieu public en compagnie de mon fidle instrument de travail et nanmoins signe extrieur de confort matriel, j'adopte de grotesques poses de pote maudit l'coute de Sunset of Age tout en reprenant mes phrases, m'vertuant pousser des soupirs profonds vous en dloger une ribambelle de porcelets, dans le but vain de rendre justice (trop de justice, sans doute) ce disque autour duquel s'organise ma vie depuis des annes. Egocentrique jusqu'au trognon, je m'imagine dj posant, pour la nime fois d'ailleurs, ma pierre l'difice de glorification de cette oeuvre que ses fidles ne lassent d'riger et dont les remparts restent pour d'autres fermement inhospitaliers.

Je pourrais tant bien que mal vous parler de cet amas de riffs couillus comme deux zbus (Restless Oblivion), de ces harmonies rock hypnotiques rptes inlassablement (Cerulean Twilight), de la voix merdique mais bouleversante de sincrit de Vincent (Sunset of Age), de ces passages ambient floydiens glaciaux (Shroud of Frost), des invraisemblables cavalcades piques (A Dying Wish). Mais tout a, vous le connaissez, a vous saute la gorge ds les premires coutes, et le quidam averti pourra vous en parler (presque) aussi bien que moi. Curieusement, ce que je retrouve rarement chez les gens qui parlent de ce disque, c'est le malaise viscral qui en mane. On a enfin dpass les dbuts patibulaires et on attendra un peu avant de basculer dans la mlancolie parfois complaisante qui caractrisera la carrire ultrieure du groupe.

C'est le vertige et l'angoisse, la nause sartrienne (j'interprte toute berzingue, la truffe de l'extrapolation au vent et l'ivresse frmissante du sans filet), qui habite ce disque et qui jaillit finalement dans l'oppressant et sinistrement nomm Black Orchid qui semble ouvrir l'abme de la damnation (quel est l'enfoir qui a os dire un peu kitsch aussi . ben oui). Le vertige, ce sont ces entrelacs de guitares qui ornent le second voir le troisime plan diffrentes reprises, c'est aussi le tourbillon qui nous entrane durant le cacophonique intermde que reprsente .Alone, faussement gnangnan premire coute. L'angoisse, c'est le poussif mais suffocant Nocturnal Emission sur lequel Vinnie hurle la mort que son me brle avant de se noyer littralement dans un concert de bruit digne d'une fin d'album de Manowar (hors sujet ?), et tous ces cris dchirants et leurs chos pudiquement placs en arrire-plan. Car Anathema ne s'apitoie pas sur son sort, et ce n'est pas tant la dpression dont est dresse l'apologie ici mais l'absurdit du monde auquel celle-ci confronte, dans tout ce qu'il a de vaines esprances et d'irrelles rbellions. La condition humaine, chers amis, la voil l'authentique nause existentielle, l'immdiate tranget. The Silent Enigma est la pierre dfinitive, mal dgrossie peut-tre, pose au monument d'une esthtique qui touche un sacr profane, celui de l'introspection universelle, la juste frontire entre lucidit et cynisme, retenue et grandiloquence, avec une conscience si subtile du trop qu'il en rayonne d'absence.

Pardonnez ces misrables garements votre faible camarade au bout du rouleau.

The silent enigma en trois mots : grandiose, pique, lucide


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