saimonax
le 11 février 2005 (1037 lectures)

   Post hardcore Ambient Post rock

Soufflez les bougies, allumez les nons ! Neurosis quitte son village de pierres pour les buildings tout en verre de la mgalopole. Ambiances de nuit, lumires jaunes et fast food chinois, une BMW arrte un feu rouge, des rues quasi-dsertiques, un froid de canard, le reflet de la lune sur une flaque d'eau en plein milieu du bitume, des hommes d'affaires qui viennent juste de terminer, partis rejoindre une pute, des alins qui chez eux regardent de Jerry Show. Une certaine forme d'apocalypse, une sorte de panoptique.

Cela commenait pourtant trs mal, ou "Burn". Soit l'un des plus mauvais titres de Neurosis jamais crit: une inspiration qui frise le trou noir, des breaks carrment maladroits, un final qui se contente d'agoniser sur cette mlodie presque sympathique. D'autant plus tonnant que ce "Burn" se dtache trs nettement de l'ambiance gnrale de l'album, qui, comme je le disais, roule sur les rails de la modernit. "The Eye of every Storm" s'apparente une grosse locomotive (ou plutt un TGV, histoire de rester contemporain) qui serait conduite par le trs en forme Noah Landis, dont toute la qualit et l'originalit repose sur ce dernier.

Out les trips folk des prcdents albums. Out les trips tribaux. Les guitares n'ont jamais t aussi discrtes, aussi lentes, et les arpges en sont clair feraient passer du Post-rock pour du grindcore. Les hurlements, eux, ont totalement disparus ( part une brve apparition ici et l, comme sur le titre ponyme) pour laisser la place la voix grave, rauque et pose des deux leaders. La batterie n'a jamais t aussi discrte, tandis qu'Edwardson est devenu quasiment invisible. Par contre, Noah Landis, chef oprateur du clavier, des samples, et autres bazar, s'en donne coeur joie. Il parcourt le disque au dos de ses samples noisy, surfant sur les vagues artificielles harmoniquement sublimes, de notes de piano pures et cristallines, et puis, ici et l, des sons plus lectroniques, quasi hypnotiques, se permettant mme le luxe de pondre l'un des meilleurs titres de l'album, le titre ponyme, qui repose uniquement sur la batterie, les voix, et les tours de passe-passe de Landis. Incroyable de minimalisme et de puissance motionnelle hors du commun. Par l bas, "Left to Wander", plus classique, ou "Shelter", l'instrumental, o l'on retrouve cette bonne vieille trompette des temps anciens, titre qui n'aurait pas dpareill sur "A sun...".

De l'autre ct du pont, "A season in the Sky", au dbut trs bluesy et classe, qui glisse doucement vers un riff faisant tonnamment penser l'avant dernier titre de "Christmas" d'Old Man Gloom (titre dont j'ai totalement occult le nom, cela va de soi). Au pied du mur, "I can see you", rappelant fortement l'excellent album solo de Scott Kelly, emplie de mlancolie latente, d'une tristesse hurle en mmoire d'un ami trs cher rcemment dcd. Reste alors les deux meilleurs titre de l'album, "No river to take me home" d'abord, o Neurosis s'exerce au post-rock fortement lectrique, inspir comme rarement, au final mlodiquement imparable; et "Brigdes", avec sa batterie genre "je fais l'intro d'un morceau punk pendant 5 min", et son piano dsinvolte, et son duo vocal rauque souhait, et les sons noise de Landis, et cette fameuse partie drone sature mort, genre Boris avec Kelly qui hurle dessus, et ces deux seules harmonies totalement ultimes, avant de dboucher sur un nuage planant et dissonant, et nouveau ce granite qui tombe du ciel. Ultime je vous dis.

Bref, une chronique bien longue pour simplement dire que, mme si Neurosis a chang, mme si j'ai mis pas mal de temps pleinement apprcier ce disque, nos cinq californiens n'ont rien perdu de leur puissance lacrymale et qu'ils restent toujours des kilomtres de leurs "homologues-copieur" (qui se reconnatront). Neurosis n'est pas enterrer, loin de l, et ce disque est un sommet. Point.

The Eye of Every Storm en trois mots : post apocalyptique, moderne, triste


Krokodil
le 01 décembre 2012 (1073 lectures)

   Post hardcore Ambient Post rock

Et donc je me suis tromp sur toute la ligne. Aveugl par des convictions parfaitement infondes, des priori adolescents, prfrant l'acrimonie, la rvolte et le passage tabac continu d'antan au repli sur soi. Et c'est qu'il m'en a fallu du temps pour ouvrir les yeux. Parce qu'au fond, c'est quoi The Eye Of Every Storm, si ce n'est le rveil du Colosse Neurosis, remontant lentement, sereinement et firement la surface de la mer cryognique dans laquelle on le croyait naufrag pour de bon, aprs un Times Of Grace mdiocre, qui y aurait d'ailleurs gagn en ne se dbarrassant pas de ses meilleures chutes (celles retrouves sur Sovereign), et surtout aprs A Sun That Never Sets, celui ayant touch le fond, j'en veux pour preuve Stones From The Sky.
Et donc, il est grand temps d'oublier tous vos petits fantasmes d'apocalypses et post-apocalypses car The Eye Of Every Storm est avant toute chose un disque d'Homme. Un disque d'Homme au sens le plus tristement cruel qui soit. Un disque d'une immense dignit. Sans expansion. Sans dmonstration ostentatoire. Un disque d'une pudeur et d'une discipline exemplaire; mais d'une prciosit et d'une fragilit terrifiante. Un disque d'Homme en pril, plus que jamais, mais d'Homme courageux plus encore. Et l'anticyclone il dit quoi ? Il dit qu'il est comme une mtorite fantme tombe sans prvenir sur ta ville, sur ta maison et sur ta gueule, t'aplatissant comme une crpe de toute son auguste corpulence immatrielle. Il dit qu'il est comme le plus percutant des navires de guerre, transperant les assauts et dissipant les brumes autour de lui. Il dit qu'il est comme la plus belle lueur d'espoir manant de ce tas de merde infini qui te sert de perspective.
Et cette misrable tiquette post-rock ? Qu'on la brle une bonne fois pour toute. Comment a, y'a pas de blues sur Slow End ? Et elle est o l'tiquette slowcore ? Car ce monument l mon gars, c'est comme Hex et The White Birch, purement et simplement ptrifiant. Comment ne pas frissonner de respect jusque dans la dernire de tes parcelles pidermiques, lorsqu'Homme avance aussi pudiquement, mais avance cote que cote, contre vents et mares, contre prophtes, haruspices et autres raconteurs de merde le prtendant dfunt. Car oui, Neurosis a rompu les chaines, et oui, Neurosis n'a jamais t aussi vivant et avide d'oxygne. Oui, Neurosis est entr dans un tat de grce, de resplendissance. Oui, Neurosis est grand comme jamais il ne l'a t.

The Eye of Every Storm en trois mots : sobre, digne, monochrome


Facebook 

Chargement...