EyeLovya
le 06 janvier 2014 (1087 lectures)

   Doom death

Le doom aux feuilles mortes, c'est tout pile comme l'automne. Un beau dégradé qui s'assombrit vers le rouge sang, une toile de fond grise et terne, des températures hésitantes, plutôt portées sur la fraîcheur bien optimisée par l'humidité, et de la pluie, 28 jours par mois. On peut décliner le tableau à l'infinie. Chez l'homme, ça donne : le dégradé de couleurs en résonance avec les épidémies de gastro naissantes, l'humeur grise semi-éteinte, les fringues jamais adaptées au temps, et des naseaux intarissables à moucher en permanence. Chez Paradise Lost, ça donne Gothic : un son grêle attaqué par la rouille et quelques vieilles statues de pierre fendues ringardes pour justifier le titre, un moral plus bas que le ciel, des rythmiques bancales, un chant glaireux et une énorme tâche marron qui s'étend mollement sur le placo du plafond. Gothic se subit, c'est un disque de victime, long et éprouvant comme une bonne galère de thune. Un truc qui évoque la dernière visite au grand-père dans sa maison de repos. Un truc éminemment vieux, qui sent mauvais et qui a plein de choses à raconter. Alors les souvenirs sont déterrés et rafistolés le plus lentement du monde, l'approximation blase et l'horloge se fige : on est plongé en pleine faille temporelle et abandonné à l'ennui le plus profond. Pile comme l'automne, on est content d'y être au début, c'est joli, frais, ça change ; puis la motivation s'écoule très vite dans les limbes du morne et de la bruine, et on finit toujours par s'y faire royalement chier.

Gothic en trois mots : chmeur, dsuet, ringard


Derelictus
le 10 février 2016 (873 lectures)

   Doom death

Pour reprendre une sentence célèbre : à la centième fais toi plaisir, et, en même temps, retournes aux sources. Tout comme il y a des rencontres qui changent la vie, il y a des découvertes musicales qui vous bouleversent à jamais. Et celle de Paradise Lost, même si ce fut à la sortie de Draconian Times, fut de cet acabit. De celles qui déterminent tout un cheminement personnel vers le côté lourd et lent du spectre métallique et qui ont tellement changé de choses. De là, cet amour assez inconsidéré pour toute cette scène doom metal, et par extenso doom death metal, anglaise des années quatre vingt dix, auquel votre humble serviteur a essayé de rendre hommage en des temps désormais révolus. Et parmi cette pieuse dévotion, il y a toujours eu en ligne de mire Forest of Equilibrium, Turn Loose the Swans et ce fameux Gothic.

Il y a Gothic, l’album qui reprend plusieurs lourds héritages, assumés à un point où tout ceci coule de source et se fond parfaitement dans un propos de plus en plus maîtrisé. En premier lieu, celui laissé depuis quelques années par Thomas G. Warrior et Martin Eric Ain avec l’album Into the Pandemonium, soit l’album de l’ouverture du metal extrême vers des horizons divers et variés, dont l’on a ici une certaine continuation. Claviers symphoniques, chants féminins, nombreux sont les points qui rappellent la formation culte helvète. Il suffit d’écouter le titre éponyme pour s’en rendre bien évidemment compte. Il y a également celui des vieilles références du doom metal, dont on retrouve ici tout le legs de formations telles que Candlemass et Trouble, notamment dans ces contributions mélodiques des guitares. Et il y a surtout l’apport de toute une scène gothique dont étaient très friands à l’époque Gregor Mackintosh et Nick Holmes, - je citerai pèle mêle, à l’aune de mes humbles connaissances en la matière, des groupes comme The Cure et The Sisters of Mercy -, et dont on ressent l’influence sur de nombreux titres, notamment Shattered et Eternal en premier lieu.

Il y a Gothic, l’album où Paradise Lost a commencé petit à petit sa mue vers ce qu’il adviendra de lui au fur et à mesure des années quatre vingt dix. Celui où le groupe d’Halifax a franchi le Rubicon en imposant à son doom death metal austère et putride des éléments mélodiques, en plus de ceux cités auparavant, qui deviendront dès lors leurs marques de fabrique. C’est avec cet album que Mackintosh est devenu lui-même. Je veux dire par là, que c’est à partir d’ici qu’il prend vraiment les devants en agrémentant chaque titre avec des mélodies imparables et d’une justesse rarement égalée, et qu’il se lâche enfin au niveau des soli. C’est même à un point que je le considère comme l’un des meilleurs guitaristes du genre, voire même au-delà, tant ce qu’il a apporté au metal m’apparaît comme essentiel. L’on m’objectera qu’il s’est perdu pendant une bonne décennie, mais à cette époque il avait une classe qui force encore et toujours le respect. Gothic, c’est aussi l’album, où le groupe se permet tellement de choses, sans réellement se fixer de contraintes, à part celles de faire quelque chose de volontiers cendreux, et qui aura une forme d’aboutissement sur Shades of God. C’est aussi l’album du début de la mue de Nick Holmes, en tout cas, celui où il s’essaye à plusieurs registres de chant, entre growls, chant forcé, voire même plus grave, s’essayant à des tonalités limites Steeliennes.

Il y a Gothic, l’album où Paradise Lost a ouvert tant de choses, pour le pire, le plus souvent, et pour le meilleur, mais là, ce fut plus rare. L’on ne va pas se mentir, cet album, c’est un peu la pierre angulaire de toute cette scène doom gothique et metal gothique, au même titre que Type O’ Negative, notamment ces formations jouant sur la dualité "beauty and the beast", on pense à Theatre of Tragedy et toute cette scène. Mais il aura aussi volontiers son influence chez les grecs de Septic Flesh – vous savez le groupe qui faisait autre chose que du Hollywood metal durant les années quatre vingt dix -, et dont on voit bien que cet opus avait dû les marquer, notamment pour le fabuleux Esoptron. Même un certain Varg Cachet reconnaît l’influence de ce groupe, et dont on entend quelques brides sur son meilleur album, Det Som Engang Varg.

Et il y a enfin Gothic, ce merveilleux album qui n’a aucunement perdu de son aura automnale, un quart de siècle après sa sortie, et qui s’écoute toujours avec autant de ferveur et d’éblouissement, malgré un nombre incalculable de rotations. Un album qui possède bien plus de richesses que son côté pataud le laisse supposer à son orée. Avant tout, et s’il ne fallait n’en retenir qu’une chose, c’est qu’il est truffé de classiques et de titres mémorables et suffisamment variés pour ne pas laisser indifférent. Entre les mélopées entêtantes de Eternal, l’âpreté d’un Shattered, l’efficacité d’un Rapture, et le côté inoubliable du titre d’ouverture, il y a tous les éléments de ce bon vieux doom death metal anglais du début des années quatre vingt dix. Il y a même cette coloration miltonienne qui fait complètement la différence, dans cette austérité toute puritaine, c’est même presque un cliché à lui tout seul dans cette catégorie, contrebalancé, il est vrai, et en dépit même de tous ces signes d’ouvertures, par ces velléités toutes métalliques, mais un doom death metal dont on sent que sous les couches de rouilles, il demeure toujours aussi froid et implacable. La rouille ne meurt jamais.

Gothic en trois mots : rubigineux, albionesque, culte


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