EyeLovya
le 25 août 2013 (935 lectures)

   Doom death Freak doom Gothique

Pardonnez ces étiquettes hésitantes. Qualifier le style du Paradise Lost de l'époque est chose plutôt ardue : j'aime à proposer l'appellation Big Lebowski gothic doom pour celui-là. Car c'est un disque de loser, à écouter le dimanche matin après le réveil sur le même canapé miteux sur lequel on s'est endormi comme une merde à 4h du mat, seul comme une enclume, plombé de dizaines de bières devant la téloche. Un disque à écouter l'âme vide à l'automne, pour partir cueillir quelques cèpes si possible, et rentrer bredouille comme une merde préparer son omelette nature. A écouter la nuit, lorsqu'on se réveille inepte à son beau milieu, rattrapé soudainement par les vagues souvenirs de la soirée : cette nana, un gros défaut de confiance, l'alcool, et le retour navrant à la maison, trainé comme une merde par les potes, gémissant et vomissant tout son sus. A écouter harassé l'hiver, au retour du boulot dans la nuit précoce, pour se retrouver seul une fois de plus, comme une merde, sous la lumière jaune de la cuisine, devant son croque-monsieur et sa bouteille de rouge.

Icon est une rage molle et moite, trop coutumière des revers, que rattrape seulement l'indicible tristesse qu'elle distille, goutte après goutte. Certainement plus carré et plus efficace que son prédécesseur, avec ses formats optimisés, mais la touche Metallica du pauvre se fait croissante, et les pains comme les fausses notes viennent toujours briser le semblant de professionnalisme qu'ils feignaient. La guigne, ce truc poisseux qui colle à la peau, la lose totale, c'est le jus qui alimente Icon et en fait ce magnifique concentré de heavy doom de bon à rien.

Oui, magnifique, comme si les métalleux qu'ils étaient encore, dans toute la primarité intellectuelle de leur processus de marginalisation/communautarisation, commençaient une prise de conscience honteusement métaphysique, la mise à l'épreuve d'une trop forte émotivité refoulée. Comme s'ils finissaient enfin de devoir supporter cette vie pourrie sans se poser de question, cette poisse qui leur colle aux basques comme le marron dans la baignoire, et se demandaient alors, dans une sublime et enfante innocence, pourquoi donc la nature, la vie, autre chose ?, avait mis tant d'effort à les acculer bien à fond vers la solitude et la tristesse. Dès lors, l'album, celui qui revient tourner le plus souvent, scintille avec force d'une aura terrible, entre conscience dépassée, soudaine faiblesse d'âme, gonflement du cœur jusque dans la gorge, et s'élève comme un appel à l'aide mal assumé et pas mieux compris, un cri primitif arraché du fond de l'estomac torturé et poussé plein d'un pathétique et nouvel espoir vers les cieux.

Icon en trois mots : miteux, bouchonn, carn


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