EyeLovya
le 06 juillet 2011 (1041 lectures)

   Industriel

Il y a toujours eu quelque chose de vital dans Godflesh, que même quand je ne connaissais que Streetcleaner et ne le trouvais pas si incroyable, il fallait que j'y retourne régulièrement, vérifier un truc. Avec Selfless, la question ne se pose plus, Godflesh, c'est la vie. Peut être même qu'il m'atteint plus encore que le coup de cœur relativement récent encore qu'est Messiah parce que c'est l'album le plus 90's de leur disco, et que j'y trouve même – allez, courage, il faut que ça sorte – une odeur âcre et charbonnée comme dans le grunge désabusé noirâtre pré-Nevermind. Il y a aussi, malgré la lourdeur intrinsèque hypnotique et imparable, une finesse fantastique dans la découpe harmonique, une architecture sonore et des mélodies en dentelle qui font de Broadrick, au moins le temps de cet album, le Gabriel Fauré de la musique industrielle.

Selfless dépouille et fascine, comme le liquide se tourmente en apesanteur. Le truc, c'est de pas rester bêtement à le dévorer des yeux tant qu'il flotte devant, mais qu'il faut y plonger la tête et s'en abreuver abondamment, et que les poumons s'en imprègnent allègrement. Que l'on n'ait aucune crainte de la noyade, Selfless, c'est du liquide amniotique.

Que ceux qui n'ont pas encore cerné ce que le qualificatif d'organique venait faire en musique viennent y satisfaire leur curiosité et sentir comme la chaleur cardiaque inonde le métal glacé de Godflesh, voir à travers toute chose l'assemblage moléculaire, comme chaque acide aminé est ramené à l'atome originel, et sentir au final comme Selfless assimile toute ta constitution et te comprend.

Puisque cet album est stupeur éternelle et émerveillement décérébré, vous me permettrez l'emprunt de cette formule usitée habituellement non loin d'ici - meilleur moment pour écouter le disque : à la naissance.

Selfless en trois mots : indispensable, placentaire, vital


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