UNHOLY - Gracefallen
1999 · Avantgarde

Détails

   Doom death Freak doom

1999, et donc, nous y voil.

Gracefallen est tout simplement le point d'orgue de la carrire d'Unholy... celui qui vient donner explication en 65 minutes de tout ce qu'il y a avait, et de tout ce qu'il n'y a plus dornavant (wow ! Ç commence fort...). Gracefallen, c'est l'enchanement et la mise en place de tous les tranges lments antrieurs, dans un disque qui sait exactement o il veut en venir, et ce de A Z... Ç'aurait aussi t l'excuse parfaite du split d'un groupe dont la sincrit et l'intgrit ne sauraient tre remises en question... Celle d'une formation qui est tout fait consciente qu'il sera impossible d'aller plus loin, et prfre rendre les armes en vainqueur, plutt que de se faire abattre froidement et lchement au prochain assaut par un jeune bleu. Amen.

La premire pierre de l'difice, c'tait le recrutement de la spleenesque Veera Muhli en tant que vocaliste de session sur Rapture, l'anne d'avant, qui se voit ici adjointe au groupe en tant que membre part entire, et qui en plus d'y apporter un charisme et un ct intriguant certain, permet aux finlandais d'accder de faon promptue au ct onirique et fascinant qui leur faisait (parfois) dfaut. Veera Muhli, voyez-vous, c'est l'addiction d'un lment de grce, succeptible de transcender une musique boueuse et de lui donner accs abyssalement parlant aux portes, non pas du Paradis qu'ont viendrait aimablement vous claquer en pleine gueule, mais sans doute celles des Limbes, tout autre univers aussi accueillant qu'trange, o les dmons vous sourient et les anges vous insultent... Tentative dans laquelle bon nombre de formations se sont vautres, en abandonnant le ct pachydermique de la chose pour de la musique qui se ballade sur son petit nuage tout blanc, sans faire de mal personne... Au contraire, le Unholy version Veera (nom soit dit en passant aussi trange et drangeant sonoriquement que visuellement et scribiquement intressant, trouve-je), c'est la complainte qui sait rester d'une couleur tourbe lumineuse et fourbe, empruntant autant d'lments au joyeux atmosphrique thr qu' la primitive fascination pour la vase Mississippieuse stagnante, au travers des lignes de guitares qui jamais ne passent au second plan mais restent fidles au poste, dans leur rle de dversoirs plomb rougeoyants bloqus sur la position "lent et massif" (et ce histoire de dire une connerie uniquement).

Veera, pourtant, n'a ni la langue salacement tordue, ni le cerveau laxistement sinistre de ses prdcesseusses, ce n'est plus la prostitue allume qui vient dbiter ses litanies de faon suave, comme sa voix est dfinitivement plus pose, douce, fluxique... en bref elle fait passer chez Unholy le chant fminin du stade d'lment pertubateur celui d'lment constructeur...

Parlons-on en d'ailleurs, pourquoi m'attarder 2 paragraphes durant sur les attributs de la jeune femme, et ce sans mme tort voquer sa sensualit physique gnreuse, et donc la seule chose qui vous intresse relement ? (c'est vrai quoi, merde). Et bien parce que comme le disais-je en dbut de chronique, Veera est devenue un membre part entire, et est ici seule matresse (dans les deux sens du terme ?) des lignes de chant sur plus de la moiti des titres de Gracefallen... D'ailleurs Gracefallen en lui mme repose pratiquement uniquement sur ses interventions, puisqu'y sont successivement alterns les morceaux Veera / Pasi, de faon, oserai-je dire, quasi Dead Can Dance-ienne.

Musicalement parlant maintenant, depuis Rapture, les choses ont su voluer. Les quatres membres matrisent leur nouveau mode de composition, et en usent de faon plus mature. Ils oublient les longueurs superflues qui pouvaient parfois prendre en dfaut leur effort prcdent, en effacent la linarit exacerbe et exagre par l'criture de morceaux mieux foutus, qui savent tre courts quand il le faut (on passe parfois en dessous de la barre des 5 minutes) et ne s'obstinent plus aveuglement vous imposer des plans atmosphriques rptitifs et trs peu volutifs, prfrant frapper de faon plus juste et directe. Pour simplifier les choses, dira-t-on que si on se concentre uniquement sur les compositions o Pasi prend la main, si sur un titre comme After god, par exemple, l'iroquois doomster primate incarnait le ct fou de la chose, alors sur Gracefallen, il va plus loin : il franchit les portes de les raisons et en devient le ct fou furieux.

Par contre, ne vous y trompez pas, Gracefallen est bien la suite de Rapture et non pas celle de The Second Ring, car il puise plus d'lments chez le premier cit que chez le deuxime, voyez plutt : ces longs riffs doomiques, plus tellement couinants d'ailleurs, pointus et mlodiques mais tout autant a et l hideusement glauques, ces plages de clavier qui ne sont plus l'instrument de folie qui faisait tout le charme de la formation premire priode, mais sont dfinitivement trs atmosphriques et toujours ddies recrr cette ambiance de grotte caverneuse mais inexplicablement lumineuse. ct bien sr, subsistent ces lments Unholyiques : la basse claquante (bien que souvent ici judicieusement plus feutre), le chant massif et garganstual de Pasi (cherchez pas), qui hurle avec son articulation nenderthalique finie ("keun you, iMEEEUUUUgine..."), les schemas mlodiques tranges qui s'aventurent dans des contres plutt inattendues, etc etc...

Je vous peinds le tableau, Gracefallen se base sur un principe simple : l'alternance. D'un ct la grce mystique des compos de Veera ddie aux titres plus "frais", de l'autre, le monstrueux Pasi qui beugle sur des compositions aux claviers de ftes foraines confuses, et la schizophrnie Aphex Twinienne, dans la continuation parfaite de Unzeitgeist dont je vous parlais plus bas, c'est dire la retranscription inattaquable de ce pourrait donner musicalement parlant une overdose badtripesque, suite la surinjection de produits louches et de disques de Cathedral, o Lee Dorrian aurait trois ttes chevelues et du blanc la place des yeux, et viendra vomir sur votre tapis hindou XIXme achet aux puces chez un malfique type borgne au turban noir changeant.
Parfois l'un, parfois l'autre, parfois l'un chez l'autre, parfois les deux, c'est Gracefallen... Bien sr, vous avez aussi quelques compositions aux caractres plus propres, l'instrumentale shamanique et transique Haoma, ou le retour du Unholy version timbre et groovante, ainsi qu'Athene Noctua ou exemple typique du morceau compltement l'Ouest que le groupe choisit pour conclure ses albums...

Malgr toutes ces nonciations, l'album ne manque pas de cohrence, loin s'en faut... Les titres s'enchanent de faon on ne peut plus logique, on pourra d'ailleurs assez facilement le comparer l'activit crbrale d'un malade mental, qui se repose et parait d'un calme anormal et mystrieux, lorsque vient soudain le bouffer un accs de furie pure, qui l'entraine cogner et hurler tout ce qu'il peut, puis se re-abmer dans sa batitude neutre...

2002, Veera est gentillement remercie, et une nouvelle vocaliste de nom inconnu vient prendre sa place, mais Unholy splitte abruptement et trangement...

Gracefallen en trois mots : glauque, massif, lunatique


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