Chroniques d'octobre 2018

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MOTRHEAD - Ace of Spades

MOTRHEAD - Ace of Spades : 1980 · Bronze

Hard "70s

MOTRHEAD


Penser que Lemmy et sa troupe allaient se calmer aprs une anne mille neuf cent soixante dix neuf faste, voire mme lesprer, ctait sans doute faire preuve dune forme dincrdulit, voire mme de mpris lgard des forats du bruit et de la fureur que furent les membres de Motrhead. Ace of Spades constitue dailleurs la meilleure des dmonstrations pour signifier que le trio nallait aucunement calmer le jeu avec cet album. Lon y trouvera mme une sorte de rponse un Bomber moins tincelant. Et cest clair quil y a de cela ici, tant lon y retrouve le trio bien plus vindicatif, bien plus saisissant et bien plus rentre-dedans. Cela passe par des titres qui font montre dune certaine concision, le tout, avec un rythme assez soutenu.

Lon est dailleurs assez rapidement mis dans le vif du sujet avec la chanson titre qui ouvre admirablement les hostilits. Mais lon aurait pu se dire que cest bien pour appter le chaland que de mettre le titre le plus enttant au dbut de la premire face. Sauf quen fait, cela ne sarrte jamais, et le trio enchane tube sur tube dune manire insolente et, ceci, sur lintgralit des deux faces. C'est mme affolant d'une certaine manire de subir assauts aprs assauts pendant une quarantaine de minutes, et de ne pas avoir le temps de respirer, de toute manire, on laisse cela aux autres. On sent bien qu force de tourner, la cohsion du groupe sest rellement consolide, que chacun a bien pris sa place et que tout ceci donne un hard rock furieux, sale, et qui suinte bien la sueur et le rockn roll. Oui, lurgence est toujours l, elle ne sest pas estompe au fil des mois, et lon a toujours cette sensation dtre sur un baril de poudre prt exploser.

Dans cette qute de fureur et de furie, on nen a pas pour autant laisser ses ides la maison. Certes, lon a limpression que cela fonce tout le temps tte baisse, droit devant et quimporte sil peut y avoir des obstacles devant soi, il y a malgr tout une intelligence derrire tout cela. Je veux dire par l que le trio transpire une certaine forme de gnie, et quil fait preuve dune belle inspiration. Cela passe par tant de dtails dans le jeu de Fast Eddy Clarke, bien plus lch quon pourrait le penser, ou bien ces patterns vraiment intressants de Philthy Animal, bien loin du simple bourrin que lon pourrait croire. Pour ce qui est de Lemmy, je ne vais pas vous faire un dessin, entre ses plans avec sa fameuse Rickenbacker qui sonne du tonnerre, et sa voix lgendaire et raille qui est la seule et lunique qui puisse passer sur ce type de musique.

Pas besoin dtre trs cartsien ou encore de devoir faire une thse sur le sujet: Ace of Spades a reste du rockn roll dans tout ce quil a de rutilant et dclatant. Nanmoins, il existe tout de mme quelques mes sensibles qui ne gotent gure la puissance de feu des anglais et y retrouvent mme une forme de redondance entre tous les titres: cest bien l un faux argument que lon retrouve souvent accol cet album, et qui ne prend pas. Alors certes, la formule na pas vraiment volue depuis Overkill, mais cest toujours bien plus plaisant de prendre une leon de vie en douze chapitres, que de voir des chantres des musiques bruyantes prtendre russir faire mieux depuis la sortie de cet album, et dtre au final, pas plus capable de faire mal qu'un coup de patte donn par un chaton.

De toute manire, Motrhead, et par extension cet album, ce nest pas quelque chose qui peut sexpliquer par des mots, cest quelque chose qui est de lordre du sentiment et qui se vit pleinement en fait, un volume draisonnable, sinon, ce nest aucunement respectueux pour les trois hommes derrire tout ceci. Cest mme de lordre de la classe ltat pur. Mais cest plutt la classe des anti-hros et des laisss pour compte, - un peu limage de cette pochette qui me fait penser aux westerns spaghetti de Leone -, de ces gens qui nont pas dautres chappatoires que cette musique libratrice et salvatrice, qui a cette vertu de te tenir en vie cote que cote et te faire tenir durant ces longues journes de turbin en attendant de se dfouler le week-end.


Ace of Spades en trois mots : as, de, pique

— Derelictus, le 17 octobre 2018 (591 lectures)

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ROMAN NOIR - Flesh - Quartet I

ROMAN NOIR - Flesh - Quartet I : 2018 · [ autoproductions ]

Grunge

ROMAN NOIR


Ambiances nocturnes et venimeuses, entre menaces et caresses, o lon est tout autant embourb dans une espce de menace qui peut surgir chaque recoin de ruelles, o les colombages des maisons sont tout autant patibulaires que des barreaux de fers, quavoir limpression dun dcor vieux et cramoisi qui dfile lentement devant soi alors que lon est bien au chaud dans son appartement en brique rouge, tandis que dehors, il pleut depuis des heures. Cest videmment ce type dimages qui viennent lesprit sur ce premier effort du trio et le choix du nom du projet nest pas uniquement un effet de manche. Il prend tout son sens sur ces quatre titres qui savent tout autant souffler le chaud et le froid, et font montre de la matrise du clair obscur, encore que le clair prendrait ici plutt des teintes rouges vives. Il y a tout autant de nonchalance que de dynamisme dans ces quatre compositions qui dpeignent bien ces anti-hros qui ont autant dclats que les pavs de la rue du Gros Horloge, et qui sont plus enclins au spleen et la dprime, - dprime que lon noiera volontiers dans quelques centilitres de Requin -, qu la joie de vivre. Pour cela, il faudrait quil y ait des raisons de se rjouir et dtre capable de profiter de lclat du jour: ceci nest nullement lordre du jour ici.

Ce nest pas que lon veuille se faire volontiers mchants et hostiles tout prix, lon sait aussi, et mme trs bien, amadouer sa proie par des mlodies qui suintent parfois dun blues dlav et sali, pour peu quil ne parte pas en trombe dans les sentiers du bruit blanc, histoire de dissimuler ses intentions. Car cest souvent la tactique de lcran de fume qui est prise et lon veut bien faire prendre des chemins de traverses ou des soi-disant raccourcis, pour, au premier coin sombre venu, se ruer sur sa victime, en sortant son arme de poing, que ce soit un couteau ou un petit calibre, que lon avait savamment dissimul auparavant. Et puis rien de mieux que de sbaudir par moment dans des sillons plus visqueux, histoire de faire baisser lattention de lauditeur, de lpuiser un peu par la mme occasion et aussi lui faire dtourner lattention, pour mieux courir et faire dispersion aprs avoir tap l o a fait mal.

certains gards, il y a un peu ici le mme sel qui faisait le charme dUndersmile, que ce soit cette nonchalance, ces mlodies dsabuses, ou bien encore cette dualit des voix, mme si le trio ne fait pas ici de vol stationnaire sur les annes quatre vingt dix, mais prfre plutt rendre hommage Ellroy et consorts, mme si parfois l'on pense aussi au premier album de Hole, avant que Courtney ne se dcide de jouer le rle de la veuve noire et de se dbarrasser de son poux trop encombrant. Tous ces sentiments prennent bien sens sur ces quatre titres qui, sans se dpartir dune certaine efficacit, savent aussi jouer la carte labyrinthique et, incidemment, ne sombrent pas dans lvidence pr-mche, pour mieux tisser leur toile afin dy piger leurs proies, donnant ainsi tout cela une dure de vie bien plus grande que celle dun roman de gare. Gageons que le Quartet II suive prochainement.


Flesh - Quartet I en trois mots : rouen, droite, confidential

— Derelictus, le 14 octobre 2018 (1659 lectures)

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BLACK MAGICIAN - The Pursuivant

BLACK MAGICIAN - The Pursuivant : 2013 · Svart

Traditional doom Folk

BLACK MAGICIAN


A linstar de ce que lon avait pu signaler sur leur premier album, Black Magician ne rvolutionne aucunement le genre dans lequel il volue, mais bon, cest limite hors de propos de penser quils allaient parvenir cela. Les anglais ont dcid de rester dans cette branche de doom metal assez occulte, bien inspir par les films de la Hammer et tout le folklore dhistoires gothiques et dhorreurs ainsi que dimageries occultes, un peu la manire dun Urfaust, car lon noublie pas non plus dy intgrer des rasades dalcool dans tout ceci, comme le montre cette pochette que lon aurait pu retrouver chez les nerlandais. Surtout, en sus du gin, il y a surtout de nombreuses rasades de Cathedral dans cette concoction, notamment sur le titre douverture, o, l encore, le spectre de la bande de Lee Dorrian se fait sentir fortement, notamment dans sa priode Cosmic Requiem, avec lomniprsence de cet orgue, qui prend rellement les devants. Il y a ce mme ct antique et kitsch et ce groove surann, mme si cela tient bien la route. La seconde face a de quoi surprendre avec en premier lieu cette ballade Grene Knyght o les acoustiques sont de sorties, au mme titre quune flute traversire, et o lon retrouve cette sensiblerie folk digne des chansons reprendre au coin du feu avec des colliers de fleurs, mais avec galement quelques candlabres, parce que cela pourrait faire tche dans limagerie occulte que lon cherche transmettre, certains des membres de Black Magician ntant dj pas trs crdibles dans ce registre avec Crypt Lurker. Cest l que lon se rend compte que Liam Yates peut aussi faire autre chose de ses cordes vocales que clone officiel de Lee Dorrian. Tout cela se termine par une instrumentale endiable, avec solo dorgue Hammond furibard faon John Lord en plein duel avec Ritchie Blackmore. Avouez que le voyage entre la fin des annes soixante et le dbut des annes soixante dix est plutt bien amen et bien condens en peine un quart dheure. Passistes les magiciens noirs? Assurment, mais lon ne peut sempcher de trouver sur ces trois titres quelque chose dassez attachant de la part dun groupe qui montrait quelques signes dvolutions intressantes par rapport son premier album. videmment, lombre de linfluence principale est minente, mais, ne serait-ce quavec cet orgue Hammond, ils peuvent saffranchir de cela, ce, dautant quils ont lair davoir dj digr The Guessing Game en trs peu de temps, ce qui pourrait laisser entendre que le futur, si tant est quil y en ait encore un pour eux, soit assez allchant.


The Pursuivant en trois mots : mise, au, vert

— Derelictus, le 14 octobre 2018 (1450 lectures)

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DOOMRAISER - Erasing the Remembrance

DOOMRAISER - Erasing the Remembrance : 2009 · BloodRock Records

Traditional doom

DOOMRAISER


Finalement, Doomraiser naura pas t le groupe dun seul album, cest dire leur premier album, et si la sortie de Erasing the Remembrance avait fait moins de bruit dans le Landerneau du doom metal, sans doute par effet de mode, il recle pourtant moult qualits. Sil ne fallait pas sattendre un grand chamboulement entre Lords of Mercy et le prsent Erasing the Remembrance, cest dailleurs la moindre des choses provenant dun groupe de doom metal traditionnel, il ne faut pas non plus nier lapparition de quelques petites diffrences entre les deux ralisations. Rien de sensationnel, en soi, mais lon peut tout de mme noter ces quelques petites incursions dans un registre plus rentre dedans, comme ce riff en palm muting limite thrash metal et sentant bon le Cathedral post Endtyme en pleine reconnaissance de ces influences les plus mtalliques sur The Raven, ou bien ces quelques soubresauts rythmiques venant mailler cet album, linstar de lacclration sur C.O.V. (Oblivion).

Et en parlant de la formation de Tonton Lee, cest assez flagrant linfluence quont pu avoir les anglais chez les romains, que ce soit dans ce groove insolent que dans ces incartades plus chaloupes, qui rendent cet album assez intressant. Cela, au mme titre que cette facult de passer du coq lne au sein dun mme titre, cest dailleurs lun de leur meilleur tour de passe-passe. Cela rend lensemble bien moins monolithique que laisserait supposer la longueur des titres, entre huit et quinze minutes, si lon ne prend pas en compte les deux plages introductives. Lon aurait pu penser que le premier album naurait pas tanch la soif de riffs et de soli de nos joyeux pourfendeurs des modes et portes tendards du heavy drunken doom, cela nest nullement le cas. Lon sent que nos hommes savent de quoi il en retourne, savent faire autant cracher la poudre que caresser dans le sens du poil, souvent laide de passages bien plus doucereux, histoire de mieux jouer sur les contrastes.

Et ces contrastes sont aussi accentus par lexcellente prestation du chanteur Cynar qui est tout autant capable de rendre hommage Glenn Danzig qu Tom G. Warrior, et cela fait aussi un peu la diffrence par rapport la concurrence et ainsi faire pencher la balance en faveur de Doomraiser. De toute manire, un groupe de doom metal peut rapidement devenir quelconque sil na pas un bon chanteur pour mener sa barque, quelques soient les qualits des compositions. Lautre trait de caractre qui saffiche ici, cest que le ct pilier de comptoir revendiqu par les italiens sefface un peu pour quelque chose de bien plus srieux et de mystrieux, mme si nous ne sommes pas encore au niveau dun Reverse (Passagio Inverso), mais un titre comme Vanitas, le pinacle de cet album, en est tout de mme une belle dmonstration. Parce que le groupe y est capable dy installer une vritable atmosphre inquitante et teinte de mysticisme, linstar de ce que reprsente la pochette de cet album.

Je ne vais pas vous faire le tour complet du propritaire, parce que lon aura rapidement compris qui lon avait faire ici. Car si il y a de laudace et mme de linventivit, il y a galement une manire de faire qui est assez plaisante et un peu passiste. Cela a beau tre un disque de la fin des annes deux mille, il aurait trs bien pu sortir une quinzaine dannes auparavant. Et cest bien cette intemporalit de leur musique, ce ct qui coule de source, qui font clairement la diffrence. Cest facile de rpter des recettes cules jusqu plus soif, cela lest moins de faire un peu de neuf avec du vieux et du vintage. L est toute la russite de ce deuxime album, qui, sil npate pas ds les premiers instants, en a suffisamment dans le ventre pour tenter de reprendre un trne laiss vacant, cette priode, en matire de doom metal.


Erasing the Remembrance en trois mots : verdtre, accident, persuasif

— Derelictus, le 08 octobre 2018 (7297 lectures)

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THE GATES OF SLUMBER - Like a Plague Upon the Land

THE GATES OF SLUMBER - Like a Plague Upon the Land : 2005 · Hellride Music

Traditional doom

THE GATES OF SLUMBER


En lan de grce deux mille cinq, lorsque tu faisais partie du Circle of True Doom - C.O.T.D pour les intimes - aux cts de Orodruin et de Reverend Bizarre, tu tais dans lobligation de sortir un EP qui soit aussi long quun album, ctait comme cela, cela faisait partie de la charte que tu signais quand tu intgrais ce cercle privilgi. C'est ainsi que cet EP, qui naffiche officiellement que cinq titres, mais qui en contient neuf au final, dpasse lheure de jeu, mais aussi pour des raisons techniques, Karl Simon et ses copains de jeu tant des petits malins. Tu devais galement faire preuve dune certaine passion pour les rfrences du doom metal, sinon tu te faisais ostraciser, cest pour cela que lon retrouve ici une reprise de Pentagram - Ask No More - et une reprise de Saint Vitus - War is Our Destiny -, The Gates of Slumber samusant dailleurs reprendre trs frquemment des titres des californiens. Autant dire, que tu ne peux pas faire plus true doom metal que cette ralisation, vendue avec un patch, histoire de garnir sa veste, et dailleurs le numro de srie de ce disque nest autre que HM-2, autre gros clin dil la culture metal.

Avec tout cela, lon pourrait se dire que lattitude a dpass la musicalit, et ce serait ainsi dommage den rester l, car nous assistons ici la mue du trio vers quelque chose d la fois plus pique, et lon sent bien que les lectures et les coutes du trio se refltent ici, et la fois foncirement engag dans cette vague nostalgique du bon vieux metal des annes quatre vingt. En un mot, comme en cent, cest cet instant que sopre la transition entre The Awakening, encore un peu traditionaliste sur les bords, et le combattif Suffer No Guilt. Nanmoins, lon ne retrouve pas les excs du second nomm, le groupe sachant encore faire preuve de concision. Par contre, lon sent bien sa patte qui sinstalle clairement ici: ces fiers bras nen finissent pas denquiller les titres aussi pesants que vigoureux et surtout redoutables defficacit. Cest presque ce qui pourrait clairement caractriser chacune de leurs compositions prsentes ici, et tant pis si certaines sont des r-enregistrements ou que l'on rencontrera d'autres sur telle ou telle ralisation par la suite, il y a bien quelque chose qui se passe. Dj, lon sent que le trio a une bien meilleure cohsion densemble et que Karl Simon assume pleinement son rle de chanteur et affiche de nets progrs ce niveau.

Ensuite, lon ne peut nier que le bedonnant guitariste avait clairement besoin de son acolyte, le regrett Jason McCash, pour contrebalancer sa fougue: il y a une complmentarit entre les deux qui est excellente, et qui conforte bien lide quun autre guitariste idoine ne pourrait simmiscer dans ce binme. Parce que malgr les aspects bourrus des deux acolytes, il y a parfois des soubresauts ou des arrangements, ou encore des chemins de traverses, qui rendent ces titres vraiment prenants, sans compter les excellents soli de Karl Simon, toujours aussi inspirs. Mme quand certaines paroles sont assez clichs, je pense notamment celles de Iron Hammer, o nombre de titres de chansons de leurs groupes favoris servent de vers, mais qui passent comme une lettre la poste. Alors, videmment, tout nest pas encore poli comme sur Conqueror ou Hymns of Blood and Thunder, mais lon sent bien que leur doom metal se mtine de plus en plus dinfluences heavy metal, pour le bonheur des uns et le malheur des autres. De mon ct, cest cette coloration nettement heavy metal qui ma toujours plu chez cette formation, et la voir prendre ses ailes et saffirmer comme telle avec cette ralisation lui donne un cachet assez sympathique, voire mme intemporel. Lon pourrait presque affirmer que The Gates of Slumber est rellement devenu The Gates of Slumber avec cette ralisation.


Like a Plague Upon the Land en trois mots : chausser, ses, gonades

— Derelictus, le 07 octobre 2018 (8091 lectures)

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PROCESSION - To Reap Heavens Apart

PROCESSION - To Reap Heavens Apart : 2013 · High Roller Records

Epic doom

PROCESSION


Destroyers of the Faith naura donc pas t un feu de paille pour Procession, et lon sent bien que leuropanisation du line-up, avec larrive dun nouveau batteur, ayant entre autre jou dans In Solitude, et dun nouveau guitariste auront laiss des traces, pour le bien de la formation et sans aucune condescendance pour les musiciens prsents aux dbuts de laventure. Cest dailleurs assez intressant de voir le bond en avant quil y a entre le premier album et celui-ci, et ladjonction dun second guitariste fait entrer le dsormais quatuor dans une certaine cour, restreinte quelques audacieux. Cest mme plus que flagrant de voir combien les titres se sont toffs, et combien les influences sont dsormais parfaitement digres et assimiles pour ne pas se dire que tel ou tel passage fait penser telle ou telle rfrence. Cest dj l un bon point, mais ce n'est pas le seul, car il y a sans doute eu ici une volont denfoncer le clou, mais de le faire de manire assez maline et assure.

Preuve en est cette versatilit entre ces six titres qui vont souvent dans des directions opposes, le lien tant quelles revtent toutes cette coloration pique et engage que lon ne peut nier la formation. Lon retrouve tout aussi bien des ppites plus rentre dedans, commencer par Conjurer et le titre ponyme, que des semonces plus classiques comme Death & Judgement, et des choses plus surprenantes, dont The Death Minstrel. Lon notera pour cette dernire que cest sans doute lune des compositions les plus raffines du groupe, toute en subtilit et en mlancolie, telle une marche funbre, o le leader de Primordial vient dclamer de belle manire un pome de Rilke: les frissons sont garantis sur ce titre, qui surprend rellement et qui ne laisse nullement indiffrent. Surprendre, parce que Procession, cest tout de mme un parangon dune forme de doom metal, mergeant un moment on lon semblait avoir oubli que ce genre venait lui mme du heavy metal, et comme laime le dclamer Felipe Plaza lors des concerts de la formation. Il y a donc toujours cette forme de rvrence pour les grands anciens, ctait un peu le but de la gense de ce groupe, mais avec ce sentiment que lon reste dans un crneau bien dfini mais point trop limitatif dans la mesure o l'on peut se permettre certaines liberts. Nanmoins, ce qui est constant c'est que tout cela est excut avec un grand respect du cahier des charges mention "old-school", commencer par la dure de lalbum, qui nexcde pas les trois quarts dheure, comme dans les annes quatre vingt.

videmment, il y a ici certains clichs rcurrents, mais cest aussi cela qui fait la marque de fabrique de Procession, et indubitablement le fait que lon se surprend se repasser assez souvent cet album, qui a un potentiel de grower non ngligeable. Cela tient notamment une monte en puissance au fur et mesure que lon avance dans cet album, avec une seconde moiti absolument imparable, dont ce morceau titre qui, et je sens que vous lavez vu venir, vous fera headbanguer comme jamais, lever le poing ou brandir tout objet contondant factice en acier et reprendre ce refrain imparable, cest aussi l toute la beaut de lepic doom metal, et cest l aussi o Felipe assume pleinement son rle de leader engag. Cest peu de le dire quil y croit: il pourrait emmener nimporte quel freluquet froussard se battre dignement sur le champs de bataille en hurlant  mcrant  lennemi faisant face lui, invectivant ainsi les masses comme un William Wallace lors de la bataille de Stirling Bridge. To Reap Heavens Apart ne fait que confirmer ce que lon sentait venir avec les deux premires ralisations de Procession, avec un trs bon travail dans lcriture et dans le calibrage de chaque titre dont linventivit nentache aucunement lefficacit. Lon comprend aisment le succs de cet album et de cette formation, amplement mrit lorsque lon est capable de produire un tel album.


To Reap Heavens Apart en trois mots : rvrencieux, chevaleresque, enflamm

— Derelictus, le 07 octobre 2018 (8107 lectures)

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