Chroniques de juin 2018

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DARK BUDDHA RISING - II

DARK BUDDHA RISING - II : 2018 · Neurot

Psyché Freak doom Krautrock Rituel

DARK BUDDHA RISING


Selon toute vraisemblance, les gars de Dark Buddha Rising ont fait le point sur leur carrire, ils se sont assis tous ensemble pour rcouter leurs albums, et aprs s'tre fait terriblement chier pendant environ six heures, se sont promis d'viter de piquer du nez pendant l'enregistrement du prochain.

Alors quand on crme le superflu de leur musique, il ne reste que le matriel ncessaire ce superbe concentr de sorcellerie finlandaise qui tient sur un misrable ep de 25 minutes. Exit les introductions somnolentes, out les languissements interminables de riffs patauds, DBR donnent maintenant dans l'efficace et l'irrprochable.

Le premier morceau (d'ailleurs, qui est responsable du titre du disque? Personne n'avait pens Mahathgata ?), est donc une sorte de best-of tir des sessions de Abyssolute transfinite et de Dakhmandal: riffing bringuebalant pseudo-kraut et drives vocales androgynes, ambiance ttanisante de bad trip nocturne dans un temple bouddhiste npalais, froid glacial des montagnes et chants de moines difformes, ayahuasca locale beaucoup trop puissante, dmultiplication des personnalits, et perte totale de contrle sur chacune d'entre elles. Implacable, 15 minutes fascinantes o la musique volue constamment dans un spectacle d'orgie de psychotropes congels d'o l'on ne sort qu'un instant le temps de s'offusquer des vocalises pop dgueulasses de la chanteuse convie sur le morceau vers la dixime minute.

La face B dveloppe le mme thme en mettant l'accent sur la part rituelle du bousin, bols chantant et litanies paennes comme autant de reflets dors dans une obscurit touffante, invitation l'offrande charnelle sous acide prim, dans une chorgraphie supra-lente bizarre trs cinmatographique qui donne terriblement soif d'une mise sur pellicule par un type comme Ben Wheatley, jusqu' ce que le reste du groupe se mette jouer et que a reparte dans le doom extrme horrifique...pour un temps beaucoup trop court et donc tellement frustrant.

II en trois mots : messe, du, dimanche

— EyeLovya, le 17 juin 2018 (19470 lectures)

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MONTAGNE - Spring Birds

MONTAGNE - Spring Birds : 2018 · [ inconnu ]

Sludgecore Post hardcore

MONTAGNE



Ayant dj sorti un album en 2017, baptis Exorde, le groupe Montagne, issu de la rgion parisienne, nous dlivre cette anne un EP qui ma permis entre autres de les dcouvrir et de tomber sous le charme de ce quil dcrive comme tant du  Outdoor Metal. 


Cette appellation exotique, qui cache en fait un savant mlange de Sludge et Post-Hardcore, illustre parfaitement le thme du groupe, qui transparat jusque dans son nom : les paysages daltitude et la libert quils procurent, et en particulier ceux de lAlaska. Inspirs de ces thmes, le groupe semble donc vouloir retranscrire avec force les paysages et les sensations quon peut trouver dans cette contre loigne du Nouveau-Monde.

Quoi de mieux pour a que des riffs imposants, parfois presque planants, et qui voque tantt lavalanche, tantt le souffle de la libert. Ces riffs se voient entrecoups dun chant scand qui est lui aussi assez frappant de puissance, parvenant sans effort nous immerger dans cette aventure entre les sommets enneigs. La production quant elle met en valeur le tout et raisonne la fois par sa matrise et sa simplicit, linstar de la musique du groupe.

Car ce qui transparait au final de ce groupe, cest une volont de simplicit, de reprsenter un paysage de manire naturelle, malgr les outils technologiques utiliss.


Un seul regret pour moi, qui est peut-tre la rptitivit de lensemble, alternant passages planants parfois acoustiques et passages plus brutaux et techniques. Et surtout, on en veut plus !


Spring Birds en trois mots : Frais, Puissant, Montagneux

— Caligula, le 11 juin 2018 (22107 lectures)

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NERVEWRECKER - Murmur

NERVEWRECKER - Murmur : 2018 · [ autoproductions ]

Post hardcore Atmospheric doom

NERVEWRECKER


Provoquer la fuite de l'me en souffrance vers un ailleurs salutaire, tout en bourrant continuellement le fion avec un open-tuning sculpt dans la roche volcanique, c'est srement possible... Pour la petite histoire, nos bons vieux Old Man Gloom y sont presque parvenus avec Zozobra (celui qu'on a toujours envie de citer quand on les cite eux). Et probablement qu'ils y seraient totalement parvenus s'ils n'avaient pas t si soucieux d'insuffler de l'harmonie, de la varit et des nuances - tout simplement de la musicalit - dans leur musique. Ainsi, librer l'me, tout en bourrant continuellement le fion, c'est srement possible condition de ne pas trop se compliquer la vie et chercher satisfaire l'oreille exigeante du mlomane, qui plus est clectique... Condition que les anglais de Nervewrecker semblent bien avoir assimil sur cet EP qui ressemble une version encore plus slacker, et branle-n/c-ouille des premiers Black Sheep Wall ; et dieu sait ce que a peut exiger comme absence de volont et d'ambition... L'ide ? Crer de la simili-transe partir de la vibration d'une seule et mme corde (en utilisant un max de 2 notes et demie) au tirant proche du diamtre d'un baobab centenaire, avec pour seule motivation d'tre plus drone que le drone, mais sans faire chier comme le drone (encore que l'association de l'involutivit et de l'interminabilit sont parfois capables de miracle). Ou pour faire simple : difier du bonheur crbral en sublimant l'absence d'harmonie, de varit et de nuance - tout simplement de musicalit - dans la musique. Facile, vous dites ? Moss ? C'est pas pareil. Reste au final un post-hardcore mchamment minimaliste qui rend mchamment amorphe. Pas inintressant en terme d'effets secondaires sur un EP de 30 minutes (sensations allant de la sympathie bienveillante l'agacement pur) ; voir plutt sur 50, si tu rsistes la tentation de leur botter le cul pour les voir exploiter le reste de leur corde (on est mme pas trop exigeant, puisqu'on est capable de se contenter d'une corde) ou si tu rsistes la tentation d'exploser ton ordinateur avec une affreuse impression de temps perdu tout jamais.

Murmur en trois mots : le, minimalisme, tue

— Krokodil, le 09 juin 2018 (22927 lectures)

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DEMON HEAD - The Resistance

DEMON HEAD - The Resistance : 2018 · The Sign records

Psyché Hard "70s

DEMON HEAD


Deux titres qui servent officiellement d'pilogue au trs bon Thunder on the fields sorti l'anne dernire, en ce qui me concerne, ils valident surtout mon commentaire a posteriori sur ce mme album signalant les liens avec le groupe Television. Le doom s'estompe au loin dans la brme danoise et le rock 70's prend les rnes, l'acide surtout, Tom Verlaine aurait pu crire ces deux titres l dans un moment induit de cur fbrile, les mlodies guident maintenant la composition et les harmonies pointillistes des guitares rvlent une nouvelle inclinaison pour le morceau qui chatouille les motions les plus vivaces quand les phosphnes s'animent les yeux ouverts, dpeignant, toujours, champs de bataille du pass et dtresse humaine avec des couleurs fluo, assis en tailleur, regard hagard perdu dans la plaine grise qui s'tend sous la pluie de l'autre ct de la fentre. Tout se passe dans la tte, mais est vcu avec une telle conviction (et une telle matrise des effets dpresseurs de leur musique) que leurs histoires font mouche et blessent distance. Il est d'autant plus difficile d'y rsister quand le morceau titre ne se prive pas de taper dans la cold wave et que le chanteur semble maintenant habit des plus affects des Hugh Cornwell, Jim Kerr ou Ian McCulloch, comment et pourquoilutter alors? a existe le gris fluo?

The Resistance en trois mots : rinc, fragile, tristoune

— EyeLovya, le 05 juin 2018 (25998 lectures)

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THE BODY - I Have Fought Against It, But I Can't Any Longer

THE BODY - I Have Fought Against It, But I Can't Any Longer : 2018 · Thrill Jockey

Industriel

THE BODY


Mes chers Body bien aims, je sais que vous n'en avez strictement rien battre (et comme vous avez raison) mais je me permets de vous le dire quand mme, puisque le poids de ma dtresse est devenu proprement insoutenable (!) : aujourd'hui je ne vous comprends plus, je ne vous retrouve plus, je ne vous calcule plus... Mais c'est de ma faute. Vous, vous avez volu, tout en restant les mmes ordures nuisibles, fidles ce poste de bourreau alternatif qui vous va si bien, alors que moi, avec mes deux neurones et demie de drone-doomeux, j'attends toujours un nouveau Christs, Redeemers (disque qui reste ce jour votre plus bel album) (...) (ncessairement, la beaut est d'autant plus frappante lorsqu'elle est si savamment distille dans un monstre d'hostilit) (...) (on ne pourra pas en dire autant de votre dernier bb, ou ladite beaut est de par sa relative omniprsence d'une banalit de plus en plus attristante). Pour autant, je ne peux pas vous blmer. Il y a un champ des possibles explorer, un infini sonore mordre pleine dent, des armes de coeurs conqurir, du pitchforkeux de base au collectionneur de rarets CMI... Et puis, croyez-le ou non, c'est mme pas une histoire de longueur d'onde, de scepticisme ou d'alignement des plantes, moi aussi j'aime Theologian, Ramleh, Haus Arafna, la techno industrielle, la minimal-wave pas trop minimaliste, le blackened trip-hop noclassique (liste non-exhaustive), moi aussi je suis de nature curieuse, et moi aussi je suis un putain de gros geek ; mais concrtement, l, mon GPS interne, malgr la meilleure volont du monde, il vous localise plus... Vouloir s'extraire des terrains baliss du conformisme, c'est trs bien (en vrai c'est le minimum syndical). Se renouveler de disque en disque, c'est trs bien aussi... Devoir se rinventer chaque mesure, a l'est moins. En fait, quoi bon battre de nouveaux records de mutations gntiques si c'est pour amoindrir le traumatisme et accoucher de ce genre de compilation qui fonctionne tout aussi (pas) bien en mode alatoire ? Non pas qu'il faille obligatoirement un fil conducteur ou une structure narrative pour se branler l'esprit (en vrai certains disques s'en passent trs bien), mais l, j'ai juste l'impression d'errer dans les rayons labyrinthiques d'une clbre franchise spcialise dans les cosmtiques... Et a m'ennuie profondment. 


I Have Fought Against It, But I Can't Any Longer en trois mots : vellitaire, ingal, pnible

— Krokodil, le 03 juin 2018 (26819 lectures)

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