Chroniques d'août 2018

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PROCESSION - Destroyers of the Faith

PROCESSION - Destroyers of the Faith : 2010 · Doomentia / High Roller Records

Epic doom

PROCESSION


Rappeler aux bons souvenirs du monde entier que le doom metal vient du metal, tout simplement, cest un peu le leitmotiv de Procession. Cela peut paratre prtentieux, mais aprs tout, si lon replace dans le contexte de la sortie de cet album, cela se tient. Ce fut mme assez amusant de constater que cet album et son successeur ont permis pas mal de personnes de sintresser au doom metal traditionnel et lepic doom metal, et en cela, lon ne va pas se plaindre. Ce qui surprend dailleurs avec ce premier album des chiliens, sorti quatre annes aprs la formation du groupe, une gense due en partie la dcouverte du style, c'est quil tient trs bien la route. Cest assez fou comment toutes les rfrences du genre, tant anciennes que contemporaines, ont bien t digres et lon a l une sorte de syncrtisme de ce quil se fait de mieux en matire depic doom metal. videmment, lon trouvera ici des traces et des gros clins dil de tout ceci sur ces trois gros quart dheures, mais loin dtre un hommage frle et fbrile aux grands anciens, il y a dj une personnalit qui saffirme et qui sexprime sur ces six robustes compositions.

Cela passe bien videmment par une trs bonne inspiration, et cela fait un bien fou, aussi simple cela puisse tre, dcouter ces six titres, qui, sans rvolutionner le genre, font preuve dune certaine efficacit et dune grande fluidit. Il y a forcment de quoi sduire tout amateur du genre, avec tous les artifices que lon est en droit dattendre lorsque lon parle depic doom metal. Ne cherchez pas, toutes les composantes rpondent lappel, et pas besoin de remplir un billet dabsence pour justifier un manque demphase ou de trs bons choix dans la manire dagencer les compositions. Ce qui fait la diffrence, cest que les chiliens nous dvoilent quelque chose de rudement viril: il se dgage en effet une belle puissance de lensemble. Le chant de Felipe Plaza y est pour beaucoup dans cette impression. Certes, il nest pas flamboyant en soi mais il dgage une certaine intensit qui fait que lon y croit autant que lui, et il a mme le bon got de seffacer pour laisser parler la musique en elle mme, comme sur le final de White Coffin par exemple, mais cela vaut pour lensemble de ce disque. Sajoute cela un bloc massif entre lui et ses deux acolytes o lon ne note pas de fautes de got et o lon sent bien quil y a ici autant lamour des choses bien faites quun rel respect pour certains dogmes.

Lon pourra dire que cest parfois un peu prmch, que telle ou telle mlodie nous rappelle quelque chose, mais au final cest sans doute aussi ce qui fait le charme de ce Destroyers of the Faith, - lon aurait pu penser quils auraient opter pour Defenders of the Faith, mais comme ctait dj pris -, tant il est dune redoutable efficacit et quil ne perd en rien de sa vigueur. En plus, il y a une certaine fracheur, que lon ne retrouvera pas forcment par la suite, celle dune jeune formation qui en a dans le ventre et qui est prte en dcoudre. Cela tombe bien, parce que cest bien dans ce registre quil faille mettre cet album.

Destroyers of the Faith en trois mots : puissant, rugueux, teutonique

— Derelictus, le 26 août 2018 (9282 lectures)

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URFAUST - The Constellatory Practice

URFAUST - The Constellatory Practice : 2018 · Vn

Psyché Freak doom Black metal Ambient Rituel

URFAUST


Et si finalement, The Constellatory Practice tait lalbum le plus slowendien dUrfaust? Nombreux sont les signes qui vont dans ce sens pour dcrire cet album qui clt une trilogie dbute avec Apparitions et continue avec Empty Space Meditation. Lon notera dailleurs que cest tout autant la trilogie o le duo a renou avec ses racines ambient des deux premiers albums, mais dans une toute autre optique, et des titres en anglais, et non pas en vieil allemand, si lon se rfre au nom mme du groupe, soit la forme primitive de Faust; cela avait de son importance leurs dbuts. Cela dit, ce fut aussi la trilogie o lon sest loign de limagerie de clochards du black metal, avec tout ce que cela pouvait avoir de rpugnant, de cris dorfraies, et de relents de mauvais alcools faire plir nimporte quel membre du sludge dfonce club, le spleen europen en plus, parce que climat du Brabant est tout de mme plus hostile que celui du Bayou. Autant vous dire que lon est tout de mme assez loin de cette ambiance tailladons-nous-les-bras--coups-de-lames-de-rasoir-rouilles dun Der Einsiedler, le morceau par lequel tout a commenc me concernant.

Nous disions donc que The Constellatory Practice terminait surtout cette trilogie o Urfaust a dcid de senvoler dans lespace et de flotter dans lther, de prendre des attraits plus ariens et de remettre au got du jour cet hritage de lambient ritualiste. Cest en grande partie vrai sur cet album o les claviers prennent bien les devants, notamment sur les ambient A Course in Cosmic Meditation et Eradication Through Hypnotic Suggestion, mais on les retrouve videmment en grande pompe sur lentiret de cet album. Cest l que le travail dorfvre du duo prend sens parce que tout lalbum est nimb d'une atmosphre irrelle, comme si lon avait franchi lautre ct du miroir ou que lon explorait dautres horizons. Mais loin de faire de la redite dans ce sens, notamment sur les pistes purement ambiants o autrefois lon pouvait avoir le syndrome Rundtging av den Transcendentale Egenhetens Sttte de qui vous savez, il y a ici une relle recherche dans la manire dagencer tout cela, dans lespace quil prend au niveau sonore et au niveau de la panoramique, dans ce quils englobent lensemble. Laspect immersif est dailleurs une trs belle russite, et lagencement de ces multiples nappes est un rel plaisir auditif, tant tous ces effets se combinent merveille, et donnent mme tout ceci une atmosphre unique, quasiment cinmatographie, ce qui prend dailleurs sens dans lordre des titres, quelle que soit la version du tracklisting.

Urfaust serait-il donc (re)devenu un groupe dambient au grs des albums? Je rpondrai par la ngative, car cela reste et demeure avant toute chose un groupe de metal extrme, qui aime bien jouer sur les antagonismes. Nous sommes videmment bien loin des hommages grossiers et gauches Isengard, mais il demeure un attachement fondamental ce qui fait lessence mme de cette musique: ces riffs de guitares, tantt tirs, tantt donnant envie de secouer sa tignasse, et ces mlodies quelles tissent et qui se faufilent dans tout cela. Lon aurait presque tendance oublier cela, mais cest aussi lune des singularits de ce groupe, mme si cela passe par des structures simples mais rptes jusqu plus soif, comme ces deux titres qui stirent sur plus de douze minutes. Effectivement, au-del dune certaine richesse dans les arrangements voqus plus haut, il y a encore cette facette dpouille dans la musique dUrfaust, notamment dans ce jeu de batterie de VRDRBR, qui na pas besoin den faire des tonnes pour nous entraner o il le souhaite, surtout lorsque le groupe est capable de faire monter finement lintensit au sein de ses morceaux. Et puis, que serait un album dUrfaust sans la qualit du chant de IX, qui sait tout aussi bien hurler sa douleur, mme si avec bien plus de matrise quavant et donc bien moins de surenchre et de stridence, et qui surprend de plus en plus par la justesse de son chant clair, et la solennit qui en dcoule.

Et le doom metal dans tout a me direz-vous? Et bien il est videmment prsent sur les deux autres tiers de cet album non voqus pour le moment, o tout nest que lenteur, lourdeur et rptitivit. Rien de nouveau allez-vous me rtorquer, si ce nest que les cavalcades comme sur Meditatum II sont laisses de ct, et qu'il ny a dailleurs quasiment pas dacclrations, si ce nest cette monte dadrnaline sur A Course in Cosmic Meditation. Cest dailleurs ce qui en ferait presque le jumeau dApparitions tant le duo trane ici la patte. Mais ce qui surprend le plus ce sont ces riffs purement doom metal que lon rencontre sur cet album, certes simples et toujours matines de ce riffing black metal, et qui donnent une certaine puissance lensemble. Et ce nest pas Trail of the Conscience of the Dead, la grosse russite de cet album, - sans aucune espce de doute ce sujet -, qui va faire trahir cet tat de fait: le rapprochement avec lepic doom metal y est flagrant, avec des lments que lon aurait pu tout aussi bien rencontrer chez des collgues de label, au mme titre que ces merveilles de leads et soli. Cest mme quasiment une leon de syncrtisme quon observe ici, entre cette ambiance mortifre, ces claviers aux cordes, et ce ct presque larmoyant. Cest l, la maestria du groupe en terme dantagonisme dans la mesure o des claviers clestes viennent ctoyer les forces telluriques, comme si lon avait la tte tourne vers les cieux mais avec cette fois-ci les pieds fermement ancrs dans le sol.

Cest en cela que The Constellatory Practice vient parfaitement donner fin cette fameuse trilogie. Si Apparitions se voulait lamorce du dpart, les premiers pas vers linconnu, si Empty Space Meditation voque quant lui lodysse la fois fulgurante et inquitante dans linaccessible, The Constellatory Practice marque le retour la terre. Un retour qui se fait tout la fois avec merveillement mais en mme temps avec une certaine langueur et une certaine nostalgie. Les dtails sont bien trop nombreux pour ne pas croire un retour la dure ralit la fin de ce long rituel. Et sans doute que les notes de claviers aux intonations plus mdivales,  avec cette sorte dorgue de barbarie, - comme jadis si je puis dire -, sur Eradication Through Hypnotic Suggestion vont clairement dans ce sens, et nous indiquent bien que le parcours et le rve sont bel et bien termins. Ce qui fait que cet album, qui pris en lui mme est dexcellente facture, vient trs bien clore ce priple dbut il y a maintenant un peu plus de trois ans. Il a ceci de remarquable que bien quinscrit dans une veine typique de ce que le duo fait depuis deux mille quinze, - encore que, a et l, il montre une facette plus vindicative comme sur le split avec Wederganger -, il parvient encore nous surprendre et nous extraire du monde rel par le biais de sa musique et que mme en se dlestant de son costume de clochard, Urfaust nimpressionne pas moins dans cette facult nous emmener corps et mes dans les mandres de ses rites la fois obscurs, purificateurs et essentiels.


The Constellatory Practice en trois mots : clair-obscur, cathartique, tlologique

— Derelictus, le 21 août 2018 (11356 lectures)

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ORANSSI PAZUZU - Kevt / Vrimyrsky

ORANSSI PAZUZU - Kevt / Vrimyrsky : 2017 · 20 Buck Spin / Svart

Psyché Black metal Space Rock

ORANSSI PAZUZU


Oranssi Pazuzu nest pas de ce monde. Tout cela on le savait dj depuis un long moment, mais il ne cesse de le confirmer, sorties aprs sorties. Oranssi Pazuzu nest dsormais plus de ce monde, voil lenseignement de ces deux titres. Cest fou ce quun quart dheure de musique peut tout la fois paratre une ternit et en mme temps une fraction de seconde. Car ici tout est perte de repres et en mme temps merveillement, mme si les dmons ne sont jamais loin. Lon peut bien tenter de se raccrocher cette basse tellurique prsente sur Kevt, seule manire de garder les pieds sur terre face son faux rythme et sa longue et implacable monte en puissance, donner des leons en matire de doom metal tellement de monde. Mais rien ny fait, car lon est rapidement bouscul dans une autre dimension, dans dautres sphres comme peu savent vraiment le faire, y regarder de prs. la fois nocturne et potique, il y a quelque chose de terrifiant qui se trame derrire tout ceci, comme un traquenard tendu au voyageur perdu, mais qui avance encore avec confiance et entrain, sans vraiment savoir ce qui lattend, et qui se fera surprendre sans sy attendre et embarqu de force dans un priple en avant, sans balises, sans boussole et sans possibilit de retour. Car cette fourberie nest rien par rapport celle de Vrimyrsky qui vous emporte dans quelque chose d la fois vertigineux et de nauseux. Vertigineux, car lon sent bien que lon est attir dans un abme sans fin et sans fond, l on lon avait dabord cette impression de lvitation et de flottement, o lon aurait pu virevolter gaiement dans lther. Nauseux, car le quintet tisse une toile de plus en plus angoissante au fur et mesure que les secondes sgrainent, et que les tessitures de son ne viennent sajouter avant quune bourrasque venue du grand Vide narrive et emporte tout avec elle sur son passage vers le Nant, sans quil soit possible dy rsister, sans trouver de quelque chose deuclidien dans ce qui dfile devant soi, comme si lon avait perc jour une partie des secrets de lIncal Noir. Mon minent confrre parlait du Hawkwind du black metal, on est rellement dans cela, dans quelque chose qui prend tellement sens tant tout ceci est admirablement bien conu et amalgam, et non pas une surexposition dantagonismes musicaux, sans artifices autres que des instruments bien matriss, dune technique mise au service de la musique et non un prtexte pour se mettre en scne, et dune inspiration sans faille et non une volont de se raccrocher des grands noms du pass pour se donner une crdibilit. En fait, et bien y regarder avec un esprit de mtalleux ignare et bas du front, les finlandais ont fait et surtout russi ce quaurait pu devenir Enslaved aprs Monumension, sils navaient pas pris cette dcision dengager les beaux gosses que sont Ice Dale et Herbrand Larsen, si Grutle Kjellson tait rest le seul matre bord au niveau du chant, et si Ivar Bjrnson navait pas prfr la scurit molle du genou kerfeltdienne des annes deux mille. Oui, a fait beaucoup de suppositions, mais rien que pour cela, lon peut remercier Oranssi Pazuzu dexister et de nous emmener dans dautres dimensions et dans des contres inexplores par le biais de sa musique, aussi belle quprouvante et enivrante.

Kevt / Vrimyrsky en trois mots : enter, the, void

— Derelictus, le 20 août 2018 (11808 lectures)

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CULT OF LUNA - Somewhere Along the Highway

CULT OF LUNA - Somewhere Along the Highway : 2006 · Earache records

Post hardcore Post rock

CULT OF LUNA


Peut-on encore dcemment parler de post hardcore en deux mille dix huit, alors que ce genre qui avait le vent en poupe il y a une quinzaine dannes, o chaque formation donnait des signes davances chaque sorties ou presque, si lon prend videmment les ttes de gondoles, semble tre dsormais rentr dans les rang. Sans doute parce que, comme de coutume avec un style musical qui est devenu hype, trop de mauvais clones et dalbums qui tournent en rond auront fini par rendre ce genre aussi peu intressant quirritant mme, une ou deux exceptions prs. Oui mais voil, il y a nanmoins eu des albums marquants dans ce genre durant la dcennie passe, et Somewhere Along the Highway fait indubitablement partie de cette catgorie. Cette quatrime ralisation de Cult of Luna est celle par laquelle les sudois ont allgrement franchi le Rubicon, savoir une certaine prominence des passages post rock dans cet album, rapprocher dun Mogwai ou dun Explosions in the Sky, un peu comme les barbus de San Francisco, mais le ct folk intimiste en moins. Encore que lon retrouve du banjo sur And With Her Came the Birds, mme si cet instrument un peu droutant aura t mieux utilis par la suite aussi bien en Islande quen Norvge.

Et donc nous disions que cest lalbum le plus imprgn de post rock des sudois, et il est clair que cest cela qui divisera le plus lorsque lon a connu les deux premires ralisations avec leur violence et ce sentiment dtouffement. Ici, lon est mille lieux de cela, enfin presque puisquil faudra nuancer le propos, avec quelque chose qui respire bien plus, pour un rsultat qui est pour le moment, dans sa globalit, le plus soft du groupe, avec ces instants de lgret comme sur Marching to the Heartbeats et And With Her Came the Birds dj cit. Effectivement cet album est truff de belles mlodies de guitares, de ces tournures que le groupe rpte inlassablement pendant de longues minutes, linstar du final de Dark City, Dead Man. Avec cela, il prend le temps de btir ses compositions et damener vers ces mlodies enttantes. Rien de bien nouveau en soi et de bouleversant, mais juste un travail bien fait et qui joue tout autant sur la dualit entre frustration et libration, que sur celle entre lourdeur et lgret. Cest bien l lune des forces de cet album, ou son dfaut: les sudois prennent tellement leur temps pour dvelopper leurs compositions quils nous emmnent parfois sur des fausses pistes, histoire de mieux jouer avec nos nerfs. Cest ainsi tellement frustrant que cela peut en devenir rbarbatif tant il y a des moments o il ne se passe pas grand chose, o lon se dit que plus de concision aurait fait gagner plus dimpact lensemble. Mme le non chant hurl de Klas Rydberg est frustrant.

Et pourtant cest cela la magie de Somewhere Along The Highway, cest quil est tout autant conu pour tre la bande son dun priple sans fin, avec tout ce que cela comporte dacclration et de passages o la vitesse est limite, quune sorte de voyage intrieur, qui tient plus de lintrospection. Les paroles et le concept vont dailleurs dans ces deux sens. Et cest l que tous ces longs passages prennent vritablement leur sens, o les instants les plus chargs et les plus lourds, tout comme les plus mlodiques deviennent une vraie dlivrance, parce quon les a tant attendus, parce quon les a tant dsirs. Si cest lalbum le plus ar du groupe, il reste tout de mme des traces du pass, mme sil est bien plus tempr, de celles o lon invoque les forces telluriques et o lon soulve toute la poussire et toute sa rage trop contenue. Mais tout ceci est intgr dans quelque chose de plus complexe, o lon prend le temps de construire les choses, o les apports de chaque musiciens sont bien pess, notamment ces bidouillages lectroniques qui prennent un tout autre relief lorsque lon coute ce disque au casque, et qui donnent cet aspect la fois moderne et froid, qui sont deux des grandes caractristiques de cet album.

Oui, Somewhere Along the Highway est tout propre sur lui et pourrait tre le gendre idal, o derrire ses aspects bourrus se cachent des belles mlodies. Oui, Somewhere Along the Highway est parfois dune platitude affligeante et a de quoi rendre irascible. Oui, Somewhere Along the Highway est peut tre un clich en soi. Nanmoins, malgr tout ceci, malgr les annes, malgr les mauvais clones, cet album conserve toute son aura, toute son authenticit, toute sa justesse et cette facult faire oublier le monde qui nous entoure. Malgr toutes les objections que jai pu numrer, tous les doutes sestompent en fait quand vient lintroduction du magistral Finland, car lon pourra dire ce que lon veut le concernant, cela reste mes yeux un pitom dans ce registre, une sorte de tube si lon veut prendre un terme plus grivois. Bref, cet album reste mes yeux une trs belle uvre, celle vers laquelle je me tourne le plus aisment lorsque jai envie dun album de post hardcore mtin de post rock qui me fasse tout autant voyager que savourer de belles mlopes sur mode mineur. Certaines formations sen sont approches, mais cet album reste encore une matre talon dun style qui na peut tre plus grand chose nous offrir, mais qui a tout de mme eu ses riches heures.

Somewhere Along the Highway en trois mots : voyage, sans, fin

— Derelictus, le 18 août 2018 (13714 lectures)

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THE LAMP OF THOTH - Demo 2013

THE LAMP OF THOTH - Demo 2013 : 2014 · [ autoproductions ]

Traditional doom

THE LAMP OF THOTH


Pour dplaire aux deux plaisantins que sont les membres fondateurs et restants de The Lamp of Thoth, cest suffisamment doom metal pour apparatre dans ces pages. Que de regrets pouvons nous avoir quant The Lamp of Thoth qui avait de quoi devenir une des valeurs sres du doom metal, et qui a quasiment disparu de nos radars, le duo prfrant depuis deux mille huit schiner avec Arkham Witch, qui ne me sduit pas tant que a, et joue mme aux fausses pistes avec ces derniers en reprenant rcemment des titres de The Lamp of Thoth sur une srie de trois EP. Enfin reprise pourrait parfois tre un grand mot, massacre pourrait en tre un autre. Cest difficile suivre, et cest mme assez bizarre de se dire quaprs deux albums et un EP avec Arkham Witch, le duo avait un peu surpris son monde en mettant en lignes ces quatre titres, sortis de nulle part, ou presque. Nanmoins, au vue des circonstances, cest toujours a de bon prendre doit-on se dire, lorsque lon est dans mon cas, et lentame dbile de Demon Witch a de quoi rassurer sur la sant tant mentale queffective du groupe. Le duo est toujours aussi bon dans ce registre de doom metal tremp dans une bonne sauce heavy metal dont le secret sest perdu depuis la seconde partie des annes quatre vingt. Oui, a groove toujours aussi bien, le pattern de batterie donn par Lady Pentagram est aussi simple quenttant, et Simon Iff? en fait des caisses au chant, comme son habitude, et pour notre plus grand plaisir. Cest aussi pour ce ct pas trs srieux et un peu timbr que lon aime bien ce duo, et cest effectivement dans ce registre quon le retrouve, avec cette dcontraction et cet entrain quon leur reconnait, mais pas aussi dbonnaire que ce que lon pouvait trouver sur le fameux Blood On Satans Claw, avec tout de mme un soucis pour la concision des titres, qui vont droit lessentiel. Lon retrouve dailleurs tous ces lments sur The Slog et Issek of the Jug, bien russis, surtout le second, avec son refrain de neuneu. Cela se finit un peu en eau de boudin avec le titre final, dont les paroles de ses deux premiers couplets sont identiques ceux du titre I Love the Lamp prsent sur leur unique album. Cest comme si le duo avait voulu donner une pitaphe idiote toute cette aventure, car quatre annes aprs cette sortie surprise, lon na plus eu de nouvelles de The Lamp of Thoth proprement parler. Le visuel est quant lui quasiment identique celui de la premire dmo, est-ce un signe que la boucle est boucle? En tout cas cest un peu dommage de finir ainsi, un vrai second album dans la ligne du premier aurait constitu une plus belle fin. Gageons quils me fassent mentir tantt.


Demo 2013 en trois mots : blague, de, fin

— Derelictus, le 17 août 2018 (13990 lectures)

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GODTHRYMM - A Grand Reclamation

GODTHRYMM - A Grand Reclamation : 2018 · Transcending Obscurity Records

Traditional doom Doom death Epic doom

GODTHRYMM


Trois anciens membres de Solstice, - mme si ce bon vieux Rich Walker aime faire oublier que deux dentre eux ont jou dans son groupe -, dont deux qui ont aussi jou dans My Dying Bride, - cest justement pour cette raison -, avouez quil y a sans doute pire comme curriculum vitae dans la scne doom metal, en sachant que je suis all au plus simple pour le pedigree de ce quatuor form lan dernier et qui prsente ici son premier enregistrement. Voil pour la fiche technique de Godthrymm prsent comme un groupe depic doom metal, autant dire quils avaient su me ferrer les saligauds. Mais il faut dire quaprs une introduction assez allchante avec ces sonorits si britanniques, la suite a de quoi surprendre et de dcontenancer quelque peu, mais rien de rdhibitoire en soi, pour peu que vous ayez un peu lesprit ouvert. En fait, depic doom metal il en est tout de mme question, dans pas mal de riffs et notamment dans les passages les plus lents, et dans ces licks de guitares qui fleurent bon un savoir faire en la matire, mme si lon aurait aim que ce soit un peu plus dvelopp par endroit. Mais ce qui surprend cest tout de mme ce ct vraiment rentre dedans de lensemble et qui nous rapproche bien plus du doom death metal langlaise. En fait, lon se retrouve avec des moments assez vloces et en mme temps guerriers, mais il faut reconnatre que cela fonctionne trs bien. Cest juste que cest bien moins calibr que ce quoi lon peut sattendre, mais un peu de nouveauts ne peut faire de mal. Le fait que Shaun Taylor-Steels martle sauvagement ses futs et ses cymbales bien comme il faut, apporte une grande dynamique lensemble, et lui donne clairement un ct plus rentre dedans, un peu comme avait pu le faire en son temps Keen of the Crow. Le ct belliqueux passe aussi par ce chant caverneux et bourru, pas trs mlodique, qui pourrait tre un frein pour pas mal de personnes sattendant quelque chose de plus aguicheur et de plus classique, l, c'est vident, il faudra repasser. Encore quil y a un lger passage plus mlodieux sur Sacred Soil, qui rappellera Ereb Altor. Cest quand mme ce niveau que la bat blesse de mon ct, car les compositions sont vraiment bien ficeles, mme si cest sans doute le premier titre qui se dmarque allgrement du lot, et dmontrent une volont de rester dans les sphres du metal. Lon saluera dailleurs ce parti pris pour une production assez crue et ample, assez loin des standards modernes et polics, ce qui est un bon point. Toujours est-il que la catastrophe que lon pouvait craindre quant la runion de vieux briscards de la scne runis dans un nouveau projet na pas eu lieu, et que lon attend de pieds fermes lvolution de cette formation, qui a entre temps perdu deux de ses membres, sur un album complet, en esprant quelle gomme certaines de ses scories.

A Grand Reclamation en trois mots : belliqueux, braillard, sincre

— Derelictus, le 14 août 2018 (14809 lectures)

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GUTTER - Underneath

GUTTER - Underneath : 2018 · [ autoproductions ]

Sludgecore

GUTTER


Sr qu'avant toute autre chose, il faut dj parvenir braver sa pochette mongolo-beatdown-thugcore (prdateurs urbains encagouls, M16, typo la Nas, derniers prparatifs avant le braco... on se croirait presque dans le salon de Seth Gueko) ; parfaite en guise de douane esthtique, et parfaite dans son cheap somme toute assez sludge... Mais une fois ladite pochette brave et les dernires apprhensions parties avec la chasse, l'on dcouvre un petit groupe de passionns de -(16)- et de vieux Iron Monkey qui ont eu la bonne ide de troquer un capital criminel et un excdent de testo (qu'on laissera volontiers au nouveau Iron Monkey) contre une bonne batterie de dmons intrieurs et d'anxit maladive vacuer cote que cote, conditionns qu'ils sont par un environnement que l'on imagine assez prcarisant (pure supposition dans la mesure o je n'ai pas trouv la moindre information sur eux, ni sur les rseaux, ni ailleurs, si ce n'est qu'ils viennent de San Diego et que San Diego a craint). En ralit, au-del de quelques moments de tension pas loin de titiller le Grief de Miserably Ever After, et d'un midtempo si stagnant qu'il ne sonne ni compltement sludge ni compltement hardcore, rien de vritablement ouf signaler si ce n'est ce chanteur au phras bovino-borderline poustouflant (qui finalement justifie lui seul que l'on s'y attarde quand mme), sosie vocal s'il en est d'un certain Morgan Mechling (Bone Dance), venant sublimer de ses rles rsigns et de sa brutalit toujours sur le fil du rasoir des instrus marqus par un groove aussi basique que contondant (Will Haven, vous dites ?).

Sludge de ghetto offensif, certes, sludge de ghetto dpressif surtout (banlieue triste est dj copyright, donc...)    

Underneath en trois mots : , couteaux, tirs

— Krokodil, le 13 août 2018 (15309 lectures)

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WHILE HEAVEN WEPT - Sorrow of the Angels

WHILE HEAVEN WEPT - Sorrow of the Angels : 1998 · Eibon

Epic doom

WHILE HEAVEN WEPT


Mes enfants bonsoir

Daprs votre courrier, vos mails et vos messages privs que je reois, - toujours aussi abondants et merci bien -, beaucoup soffusquent de certains de mes propos, et lepic doom metal par ici, et je te sors lpe du fourreau par l, et je te dterre la hache de guerre par l, et cela ne parle de guerre encore ici, et encore l du sens de lhonneur, et jen pense et des meilleures. Daucuns me souponneraient mme dtre un vil machiste qui ne pense musique uniquement quavec ses parties gnitales au lieu de son cur et de son me. Surtout en deux mille dix huit o prner de telles valeurs est devenu inacceptable, voire mme trs tendancieux, et que pour certain dentre vous, lon se croirait en train de lire une excroissance musicale du Premier Sexe dans ces pages. Dans tous les cas, il semblerait quune majorit croissante dentre vous ne semble apprcier laffirmation dune certaine virilit dans la musique. Bref, tu tes tap lintgrale des albums de Pallbearer, True Widow, Swallow the Sun, Tristania, Funeral et autres Katatonia des annes deux mille et tu viens me chercher des poux dans la tte parce que je mets en avant dautres types dambiance que celles que tu prfres, et aussi parce que tu t'es fait engueuler par ta rgulire parce que tu coutais le dernier Solstice.

Cest bien lgitime.

Il est vrai que je ne cache pas mon amour pour tout ce qui est pique et homrique, mais de l en faire des pantomimes de ce genre, avouez que cest un peu fort de caf. Une amie, dont je tairais le nom, - secret professionnel oblige -, me disait il ny a pas trs longtemps:  mon cher Derelictus, le doom metal ne doit-il pas tre un vecteur de nobles motions telles que la mlancolie, laffliction et le sentiment dabandon? . Je lui ai dit:  mon cul, ouais: cest les fanfouettes qui disent a! . Nanmoins, cest un peu gnant de passer pour ce que lon nest pas et ainsi perdre toute occasion de briller en socit et donc de sy faire accepter, au lieu davoir les autorits morales et bien-pensantes sur le dos.

Alors, que faire?

Il ne faut jamais, - au grand jamais ! -, rester ferr dans ses retranchements, au risque de passer pour un fieff arrir mental, dun de ces virilistes qui ne savent pas voluer avec leur temps. Il faut pour cela raison garder, une certaine diffrence prner et dmontrer que lepic doom metal peut aussi se faire beau et pleurnicheur et mme parler de ruptures sentimentales pour rassurer vos ouailles. Oh et pour cela, pas besoin de chercher trs loin, hein, puisque le premier album de While Heaven Wept viendra ce point faire taire toutes moqueries et montrer que lon peut trs bien reprendre son compte une grammaire musicale chrie et den faire quelque chose de rellement touchant. Il ne faut dailleurs pas hsiter donner des gages et de faire lire les titres des quatre compositions que renferment ce disque pour tout de suite saisir que lon na pas faire des chevaliers en culottes courtes, mais bien des hommes qui savent ce que cest que de souffrir. Et tant pis si cela donne limpression davoir t crit par un Aaron Stainthorpe en pleine priode de rupture sentimentale, et dailleurs, les paroles sont du mme tenant, il ne faut pas hsiter dinsister l dessus. Encore que Tom Phillips nen fait pas de trop au niveau du chant, au contraire de ce que lon peut parfois trouver sur l'excellent Of Empires Forlorn. Bref, on peut friser le ridicule, avec ce ct un peu too much, avouons-le, mais cela est bien ncessaire.

Il ne faut pas faire fuir son auditoire et lui montrer que ce disque est loin dtre de lesbroufe et fait rellement son travail et a toute sa lgitimit au sein de cette scne. Certes, Tom Phillips, le leader de While Heaven Wept aura pris le temps de peaufiner ses compositions pendant les annes quatre vingt dix, mais au moins est-il parvenu quelque chose dabouti, comme en tmoigne ce titre douverture de prs de dix sept minutes, et sans doute lune de ses plus belles russites ce jour. Il y a quasiment tout ce qui pourrait dcrire la formation amricaine passe et mme actuelle, le titre dmarrant par une succession daccords simples et pesants, dveloppant une atmosphre assez solennelle, montant peu peu en intensit, avant de laisser place un break aux arpges, trs beau au demeurant, avant que tout ceci ne sembrase dans une veine bien plus enleve, quasiment power metal, avec soli et tout ce quil faut pour tayer une contre argumentation par rapport aux reproches voqus plus haut. Les deux autres compositions sont lavenant de celle-ci, certes moins intenses et ne montant pas aussi vite dans les tours, mais elles valent leur pesant dor pour ce qui est de lmotion pure retranscrite, dans ce quun homme peut avoir de blessures, de mlancolie et de pleurnicheries. Dailleurs tout ceci se noie dans les trs beaux arpges acoustiques de September qui boucle les dbats. Et autant dire que dun point du vue musical, nous sommes loin dtre en prsence de manchots et de freluquets ne sachant maitriser leurs instruments. Non, cela tient videmment bien la route, et cela met trs bien en avant toute la sensiblerie dun homme qui en a gros sur le cur et qui sait le dmontrer et le faire partager sur ces trs belles trente neuf minutes.

Alors? Merci qui? Merci mon chien? Non merci monsieur Derelictus pour cette belle dcouverte.

Allez, en vous remerciant, bonsoir.

Sorrow of the Angels en trois mots : not, all, men

— Derelictus, le 12 août 2018 (15553 lectures)

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CANDLEMASS - House of Doom

CANDLEMASS - House of Doom : 2018 · Napalm

Epic doom

CANDLEMASS


Deux mille dix huit, une grande anne pour lepic doom metal? Je ne suis pas loin de le penser tant donnes les sorties des excellents albums de Dautha et de Solstice, cela, ajout une multitude de nouvelles formations qui se sont manifestes par des premires ralisations intressantes ces derniers temps, dont Godthrymm et Old Mother Hell. Mais peut-on dcemment parler de ce genre sans se rfrer son pre fondateur? Cela tombe bien puisque Candlemass fait de nouveau parler de lui cette anne avec ni plus ni moins quun EP, le prsent House of Doom, un nouvel album en prparation, et aussi un site de jeu dargent en ligne, oui vous avez bien lu. Cest dailleurs dans loptique de servir de bande son ce casino virtuel que les titres de House of Doom ont t enregistrs. Pour tre honnte, cela mavait un peu bloqu au dpart cette histoire de jeu en ligne, car cela ne pouvait cadrer avec un tel groupe et que cela avait un peu refroidi mon excitation quant lannonce de deux nouvelles sorties pour cette anne dune formation, qui, dois-je le rappeler, devait arrter les ralisations studio aprs Psalms for the Dead. Jai bien fait de me raviser parce que ces quatre titres, mme sans tre exceptionnels, mritent que lon sy attarde, et bien plus que pour montrer un intrt poli cette institution.

Cest tout bte de lnoncer ainsi, mais Leif Edling demeure tout de mme un sacr compositeur et une machine riffs depic doom metal comme nulle autre. Et l dessus, ce savoir faire ancestral et cette envie den dcoudre, ou ce feu sacr si vous prfrez, il la toujours en deux mille dix huit. Un exemple, le riff final de House of Doom, simple comme bien souvent chez cet homme, mais dune efficacit redoutable, comme toujours. Cest ce qui est agrable de retrouver ici, notamment sur les deux premiers titres, qui sont calibrs bien comme il faut entre parties vloces, et dautres plus plombes, avec ce quil faut dinspiration de la part du grand Lasse, - oui, parce que ce guitariste est vraiment sous estim de mon point de vue -, pour leur donner un supplment dme. videmment, rien de surprenant dans cela, lon est dans du Candlemass dappellation dorigine contrle, avec, et cest aussi cela qui est la force de ce groupe, des lignes de chants imparables, et cest clair que Mats Levn, - chanteur combien sous estim, lui aussi -, y est de plus en plus laise, et, surtout, et cest mme dune vidence, des refrains qui te marquent lesprit. Cela fonctionne aussi sur linstrumental qui clt laffaire et qui laisse Lasse sexprimer avec classe. Lon pourrait croire que cette histoire cest du pr-mch, si ce ntait la prsence dune ballade acoustique avec le trs beau Fortuneteller, une premire pour le groupe. Et ce qui est fort, cest que dans ce registre aussi inattendu, il sen sort trs bien, sans sombrer dans le sirupeux, avec une ambiance troubadour au coin du feu.

Tout cela pour dire quil va falloir encore compter sur Candlemass cette anne, et que si le quintet sappuie sur des acquis certains, dont cette science du riff et de lcriture qui font mouche, il est encore capable de surprendre. Lenthousiasme quant un nouvel album ne faiblit donc pas, surtout sil reste dans la ligne des titres prsents ici, faisant de ce House of Doom un bel amuse-gueule.


House of Doom en trois mots : savoir, faire, inaltr

— Derelictus, le 12 août 2018 (15717 lectures)

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HOODED MENACE - Ossuarium Silhouettes Unhallowed

HOODED MENACE - Ossuarium Silhouettes Unhallowed : 2018 · Season of mist

Doom death

HOODED MENACE


Comme souvent lorsquun groupe tabli signe chez les franais de Season of Mist, lon peut avoir certaines craintes tant donn la loi de la signature chez les sudistes qui a souvent t synonyme de la sortie dun mauvais, voire trs mauvais, album pour ledit groupe nouvellement sign - Morbid Angel, a vous dit quelque chose? -, mme sil existe lexception Esoteric pour contredire, ou corrler cette loi. Ceci constituait un priori assez lourd pour la sortie de ce cinquime album des finlandais, qui a bien suivi son petit bonhomme de chevalier mort vivant depuis une bonne dizaine dannes. Lautre inquitude concernant cet album ntait autre la volont de Lasse Pyykk de laisser une bonne fois pour toute le poste de chanteur. Et pourtant, toute inquitude est leve ds lexcellent Sempiternel Grotesqueries qui ouvre admirablement cet album. Lon ne va pas se mentir, Hooded Menace vient de russir la gageure pourtant difficile de montrer des signes dvolutions sans se dpartir de sa patte.

Ici il est videmment question de ce doom death metal lancienne si je puis dire, mais pas dans cette veine induite par la redcouverte rcente de diseMBOWELMENT dont se font montre pas mal de jeunes formations ces derniers temps, mais bien de ce doom death metal granitique, ancestral et minral, la fois pesant dans ses circonvolutions, et putrides dans ces attaques vloces, rappelant dans ces moments prcis la scne finlandaise des annes quatre vingt dix, elle aussi bien remise au got du jour. Il est vrai que Hooded Menace, a toujours t un peu une question de vnration des Anciens, cette volont de se faire plaisir en reprenant un vocabulaire musical surann. Et il en est toujours question ici, avec cette coloration qui vient nous rappeler les vieux Paradise Lost, lacclration pataude de Cathedral of Labyrinthine Darkness pourrait venir de Gothic ou Shades of God, et le Cathedral en pleine priode forestire, dans ses instantans les plus pesants, la posie de Lee Dorrian en moins. En fait, et si je devais faire un parallle avec une sortie contemporaine, avec cet album, les finlandais reprennent un peu le mme sillon que la bande de Nick Holmes sur Medusa, les influences gothiques en moins, cela va de soi.

Lon y retrouve ce mme amour du riff qui tabasse, qui fait lessence mme de ce style musical, et dont le groupe nous assne sur chaque titre. Cest mme ce qui en fait un vrai nectar, avec galement des leads et des harmonisations comme la grande poque, et lon sent les musiciens tout aussi appliqus quinspirs. videmment, tout ceci na strictement rien de rvolutionnaire, mais est-ce vraiment la volont du quartet qui a toujours revendiqu ce ct hommage ses influences, il suffit de voir la reprise choisie pour agrmenter la version digipack de lalbum pour finir de sen convaincre. Donc, rien de rellement renversant en matire de remise en question dun genre, mais juste lamour du travail bien fait, comme un artisan derrire son atelier qui faonne ses objets avec tout lamour et le respect des traditions et des leons reues de la part de ses matres. Et bien, cet album, cest tout fait cela. Il faut dire que le nouveau chanteur assume bien ses responsabilits, lon connaissait dj son travail avec Horse Latitudes, mais il faut admettre que ses growls bien caverneux cadrent extrmement bien avec lensemble.

Et il y a toujours ces petites trouvailles pour agrmenter chaque titre de motifs, de rexpositions ou de montes en puissance, comme sur Cascade of Ashes, ou les leads harmonises en double sur Charnel Reflections. Cela tant dit, dans les grandes lignes, tout ceci reste dans la continuit du prcdent effort, ceci prs que lon retrouve une coloration plus mlodique dans lensemble et quelques nouveauts assez intressantes, dont ce passage que lon pourrait croire sorti tout droit de Brave Murder Day sur In Eerie Deliverance, avec le mme type de phras et le mme type de reverb et de delay, et qui sincorpore admirablement bien lensemble, cest cela qui est le plus surprenant et le plus jouissif, parce que ce motif est tellement bien amen quil en devient enttant. Chose que lon retrouve aussi sur Charnel Reflections, donnant lensemble une petite empreinte mlancolique des plus dlectables.

Cest tout cela qui concoure faire de cet album une trs belle russite, en tenant compte de tous les rserves que lon pouvait avoir sa sortie, avec cette touche vraiment old-school vraiment apprciable, - mme dans la dure de lalbum qui excde peine les quarante minutes -. Nul besoin dajouter que Ossuarium Silhouettes Unhallowed fait partie de ces incontournables de cette anne deux mille dix huit, et quil rappellera dans son giron toutes les mes gares la recherche dun excellent album de doom death metal, comme il ne sen fait plus trop de nos jours.


Ossuarium Silhouettes Unhallowed en trois mots : puissant, rtrograde, admirable

— Derelictus, le 11 août 2018 (15916 lectures)

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ESOTERIC - The maniacal vale

ESOTERIC - The maniacal vale : 2008 · Season of mist

ESOTERIC


Jaurais pu choisir nimporte quel autre album pour mon retour aux affaires, et ce nest pas tant que le choix mest restreint, mais il nen demeure pas moins que ce cinquime album des anglais, sorti il y a dix ans dj, demeure pour moi lun des tous meilleurs albums sorti depuis ces dix dernires annes, et quil a souvent t un point dancrage pour diverses raisons, sans trop vouloir rentrer dans le pathos. Alors pourquoi ce choix, alors que tout a t dit ou presque sur cette uvre dantesque, mais dont lon na pas encore forcment fait lentiret du tour du propritaire, tant il peut encore surprendre par son fourmillement dides et dambiances. Est-ce en raison du retour dEsoteric au format du double album, comme pour ses deux premiers albums, prsentant plus de cent minutes de doom metal extrme, flirtant tout autant du ct du funeral doom metal, avec tout ce quil sensuit en matire de vocables ayant trait la lenteur et la lourdeur, quaux territoires du psychdlisme. Mais un psychdlisme o il nest que question de bad trip, de dsenchantement, denfer sur terre, o les hurlements de Greg Chandler sont rendus encore plus inhumains tant ils sont tremps dans moult effets, au mme titre que ses guitares et celles de son compre de toujours, Gordon Bicknell, et qui se marient merveille dans ces entrelacements de riffs, de leads et dharmonisations venant souvent dautres dimensions.

Ce nest dailleurs que cela sur ces sept compositions, voguant entre sept et vingt trois minutes, trs disparates et aux dimensions multiples, tant dans linterprtation o lon sent bien les diffrentes strates dinstruments et de matires, que dans leffet donn, car rien nest linaire ici. Un exemple, cette fulgurante acclration death metal sur Beneath This Face et ce malaise qui sinstalle de manire assez vicieuse sur tout son dveloppement, jouant au jeu des fausses pistes, pour mieux craser, sournoisement, linstant daprs. Et lon peut dire quil y a de cela dans tout le dveloppement de cet album, o le magnifique ctoie lhorreur, - linstar du trs furieux, et pour le coup trs death metal, Caucus of Mind -, o linquitude sourde derrire chaque accalmie, o la fureur et les tnbres ne sont jamais loin, et o lon est toujours amen trs loin de sa zone de confort. Et pourtant, il a galement des attraits vraiment attachants ce Maniacal Vale, commencer par contenir ce qui a mes yeux constitue lune des plus belles introductions dalbum avec celle de Circle qui ouvre les hostilits de manire magistrale, avec cette monte en intensit trs bien sentie avant que le sextet ne vienne, dj, craser son monde. Et cest partir de l que lon nest plus vraiment matre de la situation.

The Maniacal Vale est sans aucun doute un de ces albums qui te prend vraiment aux tripes, de ceux qui tu affrontes la boule au ventre, et o il ny a aucun moment de rpit offert lauditeur, o lon se retrouve devoir affronter tout ceci seul, dans le noir pour les plus courageux. Et peu importe de ce quil en ressort, de ses propres incertitudes, de ses propres flures et de ces moments o tout peut chanceler, o tout peu lcher. Il y a ici en effet quelque chose de trs vertigineux, comme une chute sans fin, un peu comme celle de Satan dans La Fin de Satan de Victor Hugo si lon devait en donner une image, dans des mandres de plus en plus noir, car, ne nous y trompons pas, lon peut faire croire par moment quelque chose de lumineux, mais il ny a rien qui nous renvoie vers la cart du jour. Oui, car un moment il faut aussi saluer le talent du matre duvre quest Greg Chandler pour avoir donn une production on ne peut plus approprie sa musique, avec cette facult englober lauditeur dans toutes ces effluves de sons et de nappes, dont celles dOlivier Goyet qui sont vraiment une trs belle russite - et pourtant, cest loin dtre gagn de mon ct tant je suis trs rechigneux par rapport lutilisation des claviers -, sans que la puissance du groupe nen soit lse.

Mais sans doute que la meilleure illustration de tout ceci pourrait tre rsume avec le titre Quickening, cest dire la plus grande russite de cet album, entre une introduction menaante donnant sur une premire partie avec son crescendo explosif, menant cette seconde partie poignante avec ce riff qui crase tout et ces leads dune rare tristesse qui pointent en fin de parcours, telle une rcompense pour tre arriv au bout de ce chemin de croix le cur meurtri et les yeux rougis par des larmes que lon na pu refouler. Et cela opre chaque coute depuis dix ans, cest pour dire le lien particulier que jai avec cet album. Cest tout cela qui fait que The Maniacal Vale est une russite et souvent un parfait compagnon de douleur, car il constitue cette parfaite bande-son pour ces instants o tout doute et remises en question sont permis, o lon a ce besoin masochiste de se retrouver enferr dans ses tourments, sans nulle volont de vouloir sen dptrer. En fait, cet album vient nous rappeler combien nous sommes humains dans toutes les faiblesses que cela puisse induire, et que sans musique, la vie serait vraiment une erreur.


The maniacal vale en trois mots : cathdrale, de, douleurs

— Derelictus, le 11 août 2018 (15986 lectures)

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