Chroniques d'avril 2018

Toutes les chroniques publiés en avril 2018 au format imprimable


ISHMAEL - Hell is Empty and All the Devils are Here

ISHMAEL - Hell is Empty and All the Devils are Here : 2012 · [ autoproductions ]

Sludgecore Freak doom

ISHMAEL


En dehors du titre rfrence Anaal Nathrakh (que ce soit prmdit, important, porteur d'un message significatif ou pas, j'en sais rien, et j'ai pas le courage de mener l'enqute) et d'une introduction qui aurait sans doute mieux fait de figurer au gnrique d'ouverture d'une bouse comme Insidious, le seul et unique album de nos anglais, les regretts Ishmael, reste quand mme une sacre offrande pour quiconque aime son doom esthtiquement proche de la pourriture. En l'occurrence, une fois que les instruments trouvent leur rythme de croisire (de dcomposition si j'ose dire)(et ils le trouvent assez vite aprs ladite introduction, dans une sorte de fausse lenteur faussement inoffensive), l'on plonge aussitt dans les ruines d'un gout mental sans issue, prt brasser des litres de neurones liqufis par trop de cocktails de drogues de synthse, dans un pais mucus au parfum de vies gches et de vieux Monarch (ceux qui disent Salome, vous prenez votre plus beau lance-flammes et vous me les griller sur place) : mme viscosit proche de l'intenable, dans la plus pure tradition du Southern Lord de la belle poque, mme guitares qui transcendent le morne et l'art du fossoiement, et mme harpie en phase terminale pour assurer le leadership ... Car oui, on a peut-tre oubli de le mentionner, Ishmael est bien un groupe de FFD, et Dani Hawkins est bien une sacre putain de growleuse (dans un registre effectivement plus guttural et ftide qu'milie Bresson), capable de s'poumoner dans un flux continu semblable celui du pre Hayward, la gorge obstrue par les remontes gastriques, le crachat agressif comme de l'acide chlorhydrique, avec une acrimonie constante et l'esprit de conqute d'un volcan fraichement rveill parti pour ensevelir le monde de sa chair brlante... D'ailleurs, en parlant de brler, le son n'est pas totalement tranger cette agrable impression de fondre lentement mais srement dans un coulis de magma noirtre ; rondouillet, dense, chaud, presque chocolat, typique des adorateurs du sacro-saint mur d'ampli et du gourou SOMA. Et l aussi, en parlant de ce brave monsieur, certains dtails guitaristiques n'chapperont pas aux oreilles duques - et ponces par l'usage rpt d'un certain Things Viral - notamment ces quelques stridences maladives qui envahissent discrtement la magnifique(-ment moche) Little Bones, et viennent presque illuminer, voire embellir, un disque relativement homogne et dgueulasse. 

Bref, rien de particulirement original ou nouveau ici (pas franchement un mal quand la qualit de la composition est telle que l'on pourrait aussi envisager l'une ou l'autre comparaison avec Burning Witch...) mais rien qui ne justifie que l'on esquive les anglais plus longtemps... Car niveau austrit, dpression morbide et extrmisme doom, on aura rarement eu le privilge de goter pareille confiserie pour les oreilles.

Hell is Empty and All the Devils are Here en trois mots : fallait, pas, splitter

— Krokodil, le 29 avril 2018 (15201 lectures)

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SLEEP - The Sciences

SLEEP - The Sciences : 2018 · Thirdman Records

Traditional doom Stoner

SLEEP


Nous y voil. Quand Black Sabbath rend les armes, Sleep reprend du service. Un petit vnement en soi, un miracle aussi inattendu quespr dans les microcosmes du doom metal et du stoner rock (a dpend o lon se place).


The Clarity nous avait dmontr que les lgendes de San Jose avaient une ide derrire la tte et les tournes gogo. Au point quOm, hormis quelques concerts disparates, en soit rest au point mort depuis 2012 (tant mieux vu la haute teneur en encens et patchouli du dernier ?) et High on Fire, qui enchainait les sorties effrnes, a considrablement  ralenti le pas ; il faut dire que les 2 compres survivants de la formation initiale (Hakius conduisant un camion de primeurs dans les montagnes californiennes aux dernires nouvelles) ressemblent de plus en plus deux morses chous sur une plage aride, il faut leur laisser rpondre leur souffle. Bref, blague part, part quelques indices dissmins ici et l lors dinterviews, ce nouvel album ressemblait plus une nime arlsienne du rock quun rel projet concret. Les petits malins avaient bien prpar leur coup, jusquau choix dans la date de sortie, mais bon, cela, vous le savez dj.

 

Personnellement, The Clarity mavait conquis. Groove Sleepien, gros son, psalmodies, guitares acres qui dirigent lembarcation, dure fleuve, on se rapprochait largement plus de Sleeps Holy Moutain que dOm comme voulaient tout prix le dmontrer les dtracteurs. Restait donc savoir ce que donnerait un album complet de Sleep version 2018.

De prime abord, nous ne serons pas dpayss, les deux plus longs morceaux sont apparus en live depuis des annes voir des dcennies pour Sonic Titan, dj jou sur scne en 1992. Antarticans Thawed lui, me semble plus rcent dans ses apparitions scniques, quant son anne de cration, je ne saurai le dire, mais ces deux titres se rapprochent dans leur structure et leur groove Holy Mountain. Certes, les versions studio leur apportent peut tre une meilleure dfinition et quelques fioritures mais la surprise ntait pas vraiment prsente leur coute. Ce qui ne djoue en rien leurs qualits, le Sleep des 90s ayant quelque chose dunique dans son approche du rock singeant le Sabb (du stoner quoi). Attendez-vous donc du Sleep lourd, lent, rptitif, lancinant, agressif, qui fait entrer en transe.

Restait donc dcouvrir les "indits". ..

Lintroduction qui donne son nom lalbum ma laiss dubitatif. Cela  ressemble du pur remplissage o Cisneros et Roeder laissent Pike faire mumuse avec sa gratte, mvoquant plus le strip de Nagawika que me mettant en condition pour savourer le retour du roi. La private joke du titre qui donne son nom galement lalbum mchappe aussi quelque peu. ( la relecture, jen viens faire un parallle capillotract avec le fameux "FX" du Sabb sur Volume 4, qui a dj inspir nos compres et qui fut enregistr par Tony Iommi sous trs haute influence poudreuse. A la rflexion, a ne mtonnerait gure vu le thme de ce disqu heu de la discographie entire de Sleep, lherbe)


Marijuanauts theme souffre aussi de tares, mais rien au niveau musical. Sleep avaient-ils besoin dtre aussi clichs et explicites, eux qui ont rdig lhymne international et intemporel la fumette quest Dopesmoker, en nommant ce titre ainsi et en osant ouvrir la partition sur un bruit de bong ? Mme Electric Wizard, pourtant pas trs rput pour sa finesse, avait vit cet cueil (je sais bien quon peut nanmoins entendre ce bruit caractristique sur certains morceaux, mais cest plus subtil... ou pas) Bref, heureusement les riffs tonitruants font vite oublier ce "stupfiant" dmarrage et la rcitation mcanique de Cisneros entre rapidement en jeu. 
Il est dailleurs amusant de noter la diffrence de chant du bassiste selon lpoque de composition des titres. Cisneros aurait pu adapter ses lignes sa nouvelle faon de psalmodier mais Sonic Titan et Antarcticans Thawed en auraient perdu en superbe et en "authenticit vintage", le son et les outils de restitution actuels de celui-ci leur permettant de faire la liaison entre lpoque des dmos (SHM tant soi-disant une dmo sortie telle quelle par Earache), des productions trafiques de Dopesmoker contre leur gr et le Sleep de vieux quarantenaires barbus dfoncs et obses daujourdhui. 
Marijuanauts theme sinscrit nanmoins dans leur continuit mais possde un ct quelque peu plus rentre dedans pas dgueulasse. Le tempo est plus enlev et on ne peut sempcher de sourire la pense que certains passages auraient pu figurer sur The Art of Self Defense ou Surrounded by Thieves.


Vient ensuite ce qui est lhighlight de lalbum selon moi, Giza Butler, dont le nom hilarant ma fait pouffer quand jai dcouvert la tracklist, version phontique de Geezer Butler pass la moulinette Om, mentor de Cisneros qui lui rend ici hommage de fort belle manire. Lintro la basse fline, tout en calme et souplesse se dchire sur les meilleurs riffs du disque et on se retrouve rapidement dodeliner de la tte sous le groove dantesque du titre. La guitare Pike hurle, harcle dans son va et vient, la basse sature part dans tous les  azimuts, soctroyant mme un rapide intermde solo et Roeder qui jusque-l remplissant parfaitement son rle de remplaant de luxe dHakius (on ne remarquait pas franchement la diffrence et cest tant mieux) se lche et vrille nos tympans enflamms de cymbales retentissantes. Dommage quil soit aussi court.

Le disque se clture sur un titre aussi surprenant que lintroductif, The Botanist. Ballade stoner blues dope la ganja, dont quelques passages mont voqu Black Pyramid, cest l que je me suis rendu compte que certains les avaient sings jusqu presque sapprocher du graal. Reste quentendre Pike soliloquer riffistiquement dans une complainte hard blues survitamin avant de driver compltement avec le reste du groupe sur un final space rock jazzy de quoi laisser le fan le plus abruti la weed interloqu.

Il est ressorti au bout de ma premire dizaine dcoutes une impression dhtrognit, notamment au niveau du son, me demandant sils nont pas enregistr au gr des tournes et de leur disponibilit. (On serait alors loin des quatre annes passes bosser sur Dopesmoker tout en fumant intgralement lavance de London Records de la lgende).
Htrognit galement dans le style des morceaux qui oscillent entre le Sleep massif de lpoque et la version plus fline et groovy actuelle.

Puis je me suis rappel mes premires impressions lcoute de Sleeps Holy Moutain. De ne pas savoir comment aborder ce monolithe avant den trouver les clefs. Elles sont toujours ici les mmes et composent lesprit et lessence mme de ce groupe culte qui sige au panthon du stoner : les riffs, la saturation, lherbe et Black Sabbath.

 

 

The Sciences en trois mots : Follow the smoke

— intheseblackdays, le 23 avril 2018 (22159 lectures)

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ATLANTEAN KODEX - The Pnakotic Demos

ATLANTEAN KODEX - The Pnakotic Demos : 2007 · New Iron Age Records

Epic doom

ATLANTEAN KODEX


Si le nom dAtlantean Kodex revient assez frquemment depuis une dizaine dannes parmi les amateurs de mtal pique et virile, ce nest pas un pur hasard. Les allemands le doivent en partie la prsence de Phil Swanson ses dbuts, il fait quelques choeurs sur The Hidden Folk, et en partie ce premier enregistrement, qui ne devait tre que des dmos. Et cest bien la valeur de ces quatre titres qui font vraiment la diffrence, et qui nont rien perdu de leurs forces une bonne dcennie aprs leur premire parution. Il faut dire que le quartet, lpoque, avait fait en sorte de marquer les esprits, dans une veine qui sinspire grandement de Solstice, ne serait-ce que le nom, mais qui nen oublie pas pour autant les rfrences Manowar, Manilla Road ou bien encore Omen et Bathory, et de citer les rfrences littraires usuelles que sont Howard, Lovecraft et Tolkien. Le dcor est facile planter dans la mesure o lon dveloppe ici des compositions assez longues, o lon prend le temps de dvelopper ses ides, comprendre par l quon nhsite pas bien re-exposer ses motifs et de laisser les instruments sexprimer en laissant le chant de ct. Lon sait prendre son temps dans ses intonations homriques, mais lon ne se prive pas non plus dacclrer la cadence, histoire de montrer de quel bois lon se chauffe, sans que cela ne dnote vraiment.

Tradition oblige, lon aime bien user de ces fameuses mlodies et twin leads pour agrmenter chaque titre, et il y a une certaine puissance dans cette musique. Outre celle dploye par les compositions en soi, le batteur a surtout bien appris ses gammes en coutant Scott Columbus - Manowar - et martle ses futs, comme un forgeron une pe contre une enclume. Il y a videmment ces lignes de chants fires et victorieuses, avec, videmment si je puis dire, ces refrains que lon garde en tte, notamment sur le tubesque Marching Homeward. Et puis, il y a aussi les petits clins doeil, comme cette reprise du thme du film The Fellowship of the Ring sur The Hidden Folk, ou bien cette rythmique qui rappelle fortement le Gates of Valhalla de Manowar sur From Shores Forsaken. Et en parlant de Manowar, ce nest nul autre que le guitariste Ross the Boss, - meilleur guitariste ayant jou au sein de Manowar sur leurs meilleurs albums -, qui est venu faire le guest sur ce mme titre. Autant dire quau niveau de la crdibilit, il ny a pas mieux. Il demeure en tout cas quatre titres vraiment captivants, avec suffisamment dnergie, de puissance, et la petite pointe de nostalgie qui va bien avec tout a, pour en faire un trs bel exemple de ce que peut et doit tre lepic doom metal de qualit.


The Pnakotic Demos en trois mots : puissant, flamboyant, enttant

— Derelictus, le 19 avril 2018 (23701 lectures)

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PROCESSION - Doom Decimation

PROCESSION - Doom Decimation : 2017 · High Roller Records

Heavy metal Epic doom

PROCESSION


Pour commencer, je pense que je dois un gros mea culpa par rapport ce disque que javais htivement descendu en flche, la faute sans doute un propos moins flamboyant que ce quoi je mattendais au vue des chroniques dithyrambiques et les retours quil y eut concernant ce Doom Decimation, et, un peu aussi, cause de cette hype qui suit le groupe, en raison notamment dune signature sur un label bien en vue de nos jours. Et pourtant, cet album a de nombreux charmes qui fait quon se surprend lcouter bien plus frquemment, au fil des mois. Je ne vais pas lambiner plus longtemps, cet album est excellent, car il recle tout ce que lon peut attendre dun bon album depic doom metal, avec des compositions forges lacier tremp et un ct foncirement revanchard qui en ressort. Cest dailleurs loin dtre assez monolithique en terme de tempi, lon sait tout autant assurer en mid tempo belliqueux, que sappesantir avec grce, et se permettre quelques acclrations de temps autres, histoire de montrer que lon en a sous le pied. Qu'est-ce qui fait vraiment la diffrence avec Procession? La rponse est simple: ce groupe assume clairement ses influences dans le genre. Et lon retrouve encore trace de cela sur cet opus, qui fait la part belle aux souvenirs des jours heureux dun Candlemass ou dun Solitude Aeturnus, mme si lon objectera que Felipe Plaza Kutzbach na peut tre pas autant de prestance au chant que les illustres chanteurs de ces deux groupes. Quimporte, il a aussi une personnalit qui saffirme de plus en plus, et cest cela qui fait rellement plaisir, avec un ct raill pas dplaisant. Mais ce qui fait rellement plaisir avec ces chiliens, et ce qui est dailleurs le plus probant ici, cest quils assument fond leurs influences metal, et plus particulirement celui des annes quatre vingt. Cest cette coloration qui clate ici au grand jour qui en constitue son plus gros atout, comme ce pont trs manowarien sur Amidst the Bowels of Earth, et tous ces gimmicks qui sentent bon le old-school, comme ces leads de guitares, mais galement la dure de cet album qui respecte les trois quart dheures rglementaires. Et puis, cest toujours apprciable de voir deux guitaristes renouer avec la tradition des duels de soli, comme lon peut en avoir quelque fois sur ces titres, l aussi, cest typiquement le genre de chose qui fait rellement plaisir entendre. En cela, leur argument quils nappartiennent aucune mode, annonc firement dans le livret du disque, nest pas quun simple gimmick, cest une ralit qui clate la face des auditeurs avec cet opus. En fait, cest bien ce ct nerd, fans de metal et des classiques du genre, qui donnent Procession toute cette singularit, et qui lui permet denquiller sur ce Doom Decimation huit trs bonnes compositions sans nous laisser vraiment de rpit, en dehors du fait de nous donner envie dheadbanger comme un fou, de sortir sa guitare en carton, et de revtir sa veste patches. Et rien que pour a, cet album vaut le dtour.


Doom Decimation en trois mots : traditionaliste, clinquant, efficace

— Derelictus, le 15 avril 2018 (26443 lectures)

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MOURNFUL CONGREGATION - The Incubus of Karma

MOURNFUL CONGREGATION - The Incubus of Karma : 2018 · 20 Buck Spin / Weird Truth / Osmose Productions

Funeral doom

MOURNFUL CONGREGATION


Ce groupe nest pas humain, cest peut tre la premire des constations que lon peut faire devant The Incubus of Karma, cinquime album de Mournful Congregation. Pas humain dans le sens o lon reste bahi devant autant de matrise de son sujet, de ce funeral doom metal tellement unique et si souvent copi depuis une bonne dcennie, mais dont aucune des formations inspires par les australiens ne parviendra jamais aux chevilles de ces derniers, car il leur manquera toujours aussi bien la maestria que linspiration, deux constantes qui ne font nullement dfaut sur cet album. Surtout, et cest cela qui rend ce groupe hors des temps et hors des modes, il y a ici, une nouvelle fois devrais-je dire, un pur travail dorfvre dans ces compositions homriques, o tout senchaine avec puret, avec magnificence, avec une logique sereine comme si toute la connaissance enfouie depuis des millnaires dclinait sur nous, pour nous relever les secrets de la vie et dune sagesse antdiluvienne.

Cest galement en cela que ce groupe a quelque chose dinhumain, cest dans cette communion avec les lments, mme si cest le plus souvent cette impression dtre immerg sous des tumultes deau qui ressort lcoute de cet album, ou bien dexplorer dautres dimensions, ou dautres portes de la perception. Chez Mournful Congregation, lon na pas besoin de se drober derrire une imagerie fallacieuse pour dployer mysticisme et sotrisme, sa musique se suffit elle seule, et bienheureux sera sans doute celui qui parviendra percer tous les mystres enfouis dans les paroles de Damon Good. En tout cas, la dclaration place le toute fin de Whispering Spiritscapes pourrait tre une des clefs dentre pour comprendre cet album, son essence mme, car nous renvoyant limportance de la matire primordiale, do tout semble venir.

Il n'en demeure pas moins que cest partir de l que lon navigue dans de nouvelles dimensions et vers dautres sphres de connaissances, et que lon comprend quil nest plus important davoir t, dtre ou de devenir. Tout dfile trs lentement devant nos yeux, o lon commence comprendre le sens de labsurdit de notre condition, et aussi le sens de cette Fatalit qui sabat sur nos frles paules humaines, tant les lments se dchirent devant nos yeux pour nous laisser entrevoir le chaos primordial, lorigine de toute chose. Mais cela se fait de manire absolue avec aussi bien un sentiment de flicit, comme lorsque lon se spare dfinitivement de son enveloppe charnelle, quun sentiment dapaisement, comme si lon tait dlest de tout ce qui peut nous rattacher la terre, car soutenu par quelque chose de tellement magnifique, de tellement absorbant, que lon ne cherche mme plus sen dbattre ou essayer de sen extirper.

Cest tout cela, une nouvelle fois, la force de cette formation, cest ce ct absolu de sa musique, tellement sentencieuse dans son dveloppement, tellement solennelle et tellement enveloppante. Mais il est difficile de sextirper de tout ceci, de ne pas sombrer irrmdiablement dans une mlancolie et une tristesse incommensurables, qui elles, deviennent tellement humaines, dans toutes ces tragdies dont cette musique tmoigne, dans tous ces instants de recueillement o lon reste genoux terre, le dos ploy et la tte baisse vers le sol prt reconnatre sa dfaite. Il y a sans aucun doute rien de plus dchirant que tous ces riffs tentaculaires, mais tellement inspirs, de ces enchevtrement darpges, dharmonisations, de leads et de soli, qui illuminent chacune de ces compositions, dont les progressions relvent de linoue tant elle sont parfaites et coulent de source, avec quelques agrments apprciables comme ces choeurs, ces orgues et autres bols chantant.

Mais dire vrai, cest encore une fois une musique qui se dvoile au fil des coutes, et qui fourmille de nombreux dtails, loppos mme du simplisme que lon pourrait accoler ce style musical. The Incubus of Karma relve une nouvelle fois dune trs grande russite o tout a t mis en uvre pour aboutir un tel niveau dexcellence, et je reste toujours aussi admiratif devant la puissance vocatrice du funeral doom metal de Mournful Congregation, qui demeure ce groupe tellement unique dans ses qualits, et tellement au dessus de la mle. Non, finalement, ce nest pas vraiment humain dtre aussi talentueux, et de continuer le dmontrer au fur et mesure de ses ralisations, et ce, depuis un quart de sicle.

The Incubus of Karma en trois mots : grandiose, tragique, unique

— Derelictus, le 14 avril 2018 (26884 lectures)

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DOPELORD - Children of The Haze

DOPELORD - Children of The Haze : 2017 · [ autoproductions ]

Traditional doom Stoner Psyché

DOPELORD



Quest ce qui rend Dopelord populaire ces dernires annes, par rapport au bon millier de groupes Stoner-Doom utilisant les mmes recettes ? On peut lgitimement se poser la question, tellement le groupe polonais ne sort absolument pas de son Stoner-Doom assommant depuis sa cration. Nous offrant ici son troisime album, on en arrive toujours au mme constat : La qualit de Dopelord, cest lcriture de ses riffs, la fois monstrueux, rptitifs, blinds de fuzz, mais galement et surtout trs efficaces. Le premier morceau,  Navigator , suffit le prouver, aprs quelques notes calmes : Dopelord sait crire des riffs, sait les rendre efficaces, et sait les accompagner. On pourrait donc arrter cette chronique ici, et dclarer que bon, cest bien beau tout a mais a napporte rien de neuf. Mais cest l que je me suis tromp pendant un certain temps :


Dopelord semble avoir des envies dinnover, par petite dose, en amliorant sa recette prouve. Le groupe semble vouloir apporter de la nouveaut par petites touches discrtes, si discrtes dailleurs, quon dirait quelles ne sont parfois pas volontaires.


Pour preuve, les vocaux qui sont, pour la premire fois, plutt varis, alternant du chant clair et planant , avec normment de reverb dans la plus pure tradition Stoner-Doom( Navigator ) et un chant presque growl sur certains morceaux plus courts( Scum Priest ). Ces deux formes de chant semblent sparer lalbum en deux, avec des morceaux plus clairs, o Miodek se pose comme un prophte sur une montagne de riffs, quil domine de sa voix claire et pourtant lointaine, et avec une part plus oppressante, o un chant plus rugueux et des riffs plus agressifs sont prsents, presque loppos de la premire. On peut galement noter une certaine mise en valeur du chant, bien plus comprhensible que dans les albums prcdents. Ces morceaux, plus agressifs, forment galement une diffrence avec les prdcesseurs de ce Children of The Haze, apportant une diversit bienvenue.


Il faut cependant nuancer cette nouveaut : certes, ce chant deux formes et ces formes dcriture varies apporte une certaine nouveaut, mais on reste en terrain connu : Des soli de guitares toujours prsents et qui font leur petit effet, une efficacit toute preuve, les thmes traditionnels du Stoner Doom qui rpondent toujours prsents, le chant toujours en retrait, le fuzz dmentiel, etc On peut dailleurs pester contre la batterie, que je trouve trop en retrait mon got, et sur la dure de lalbum, peut-tre trop courte.


On en est pas moins heureux de retrouver ces chaleureux polonais, avec leurs riffs dbiles mais efficaces, leur son chaleureux, leur simplicit.



Children of The Haze en trois mots : Efficace, Traditionnel, Amorce vers la nouveaut

— Caligula, le 12 avril 2018 (27501 lectures)

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LEECHFEAST - Neon Crosses

LEECHFEAST - Neon Crosses : 2018 · Dry Cough Records

Sludgecore Freak doom

LEECHFEAST


Pas totalement des inconnus Leechfeast, mais pas vraiment des ttes d'affiches non plus. Les types s'taient dj illustrs avec un premier album relativement haut en absence de couleurs (et nfaste moyen terme pour quiconque respecte un minimum son hygine auditive), oeuvre joyeusement intitule Hideous Illusions, sur laquelle on a jug bon de ne jamais revenir, dtenant dj une bonne centaine de sinistres choses peu prs semblables dans l'esprit. Quant au split avec Meth Drinker, il tait pas dgueulasse non plus ; enfin si, il l'tait, mais dose trop raisonnable pour susciter la moindre ferveur ou le moindre engouement de notre part (pour rappel, la raison est ennemie des musiques slowendiennes, presque pire que la vitesse)... Sans parler du problme de proportion inhrent l'exercice du split doom - la dure bien sr, obstacle number one l'immersion - quasi-insurmontable aux yeux du doomeux masochiste aguerri qui se plat se perdre dans l'intolrable... et l'interminable surtout. Simple rectification de tir ou volutionnisme heureux : le nouvel album de Leechfeast est toujours dgueulasse - ouf - mais dose pas raisonnable cette fois-ci - OUF - et les slovnes, en bons disciples d'Unearthly Trance qu'ils sont, surtout de la priode post-Trident et ant-V, ont judicieusement continu de cultiver leur blackened sludge de misre comme l'on cultive le foyer bactriologique de sa fosse septique, ou la moisissure de son rfrigrateur, ou le chancre syphilitique de son entrejambe. Le programme n'a certes rien de neuf ni d'indit, ni de troublant esthtiquement parlant, l'on reste dans le champ lexical de l'ultrasick tel que dfini par les anciens, le confort dans l'inconfort, ncro parmi les morts, mais au-del de l'occultisme poisseux qui y rgne, au-del de la salet ambiante et de la pestilence vnrienne qui en mane, l'on distinguera de chaleureux et reptiliens hommages au pre Terry Savastano, perdus dans la masse informe, entre quelques mlodies funraleuses, au fatalisme bien pesant, pas loin de sentir bon les coins les plus reculs de Finlande, et les tagas inquitantes de Profetus, et des larsens et autres stridences difformes encore plus intrusives que chez nos biens-aims Toadliquor... Rien que de trs bonnes choses.

Ou comment Leechfeast vient de passer de simple figurant vritable espoir du sludge.


Neon Crosses en trois mots : maussade, fangeux, rvlateur

— Krokodil, le 12 avril 2018 (27579 lectures)

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CIRCULUS - Clocks are Like People

CIRCULUS - Clocks are Like People : 2006 · Rise Above

Progressif Folk Psychedelic folk

CIRCULUS


La suite, pour Circulus, on en a nettement moins entendu parler. Tout du moins en dehors du Royaume-Uni. C'est dire que s'exhiber avec des fltes et des mandolines en petit feutre Tati rapic lors d'un weekend camping Stonehenge - et sauf travailler Efteling et jouer sous un kiosque musique devant des marmots dgoulinants de glace la fraise - c'est bien marrant cinq minutes, mais faudrait savoir passer autre chose un jour. Une certaine vision du crdo de Slow End en somme : le ringardisme oui, le ridicule, non ! Bon. Faut dire que les Circulus, au del du parti-pris vestimentaire un peu sabordant, ne se facilitent musicalement pas la tche, et assassinent ici les quelques fans qu'ils eussent pu glaner avec un moog particulirement volubile et peu respectueux de la zique papa. Leur son, un brin assagi, se prte moins la dconnade et se fait plus pos, cultivant d'autant plus le dcalage dans la forme, et masquant malgr eux toujours plus maladroitement une collection de chansons pourtant franchement sympatoches, dont l'vidence british/folk/prog a tout de la pure de carottes de cantine : orange, douce, grumeleuse et disgracieuse. On se la laissera pourtant bien aimablement emboucher, pour peu que quelqu'un tienne tendrement la cuillre.

Clocks are Like People en trois mots : champtre, printannier, british

— Rocky Turquoise, le 09 avril 2018 (28959 lectures)

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BATHORY - Twilight of the Gods

BATHORY - Twilight of the Gods : 1991 · Black Mark Production

BATHORY


Si Quorthon fait partie de ces lgendes du metal, au mme titre que dautres, cest non seulement parce quil tait une personnalit part, mais aussi parce quil a laiss une empreinte considrable sur la musique, en tant la base de deux genres musicaux, avec dune part le black metal, avec dautres videmment, avec cette trilogie inaugurale, et le viking metal, avec un triptyque dbut avec Blood Fire Death, continu avec Hammerheart et termin, dans un premier temps, avec ce Twilight of the Gods. videmment, dans cette seconde configuration musicale, lon retrouve tout ce quil y a de plus pique dans ce que le metal a pu produire depuis les annes quatre vingt, et les traces laisses chez le sudois par des amoureux du cuir, de lacier, des pics et des chaines, au mme titre que la musique classique, le dernier titre de cet album, Hammerheart, tant une composition originale de Gustav Holst, Jupiter, et la philosophie de Nietzsche, car il fallait bien garder un petit ct sulfureux, prennent sens sur cette ralisation, au mme titre que la prcdente.

Cet album, lon aurait presque pu le retrouver de lautre ct du miroir en fait, aux cts de Ereb Altor, qui en sont des fans absolus, tant le rythme ny acclre vraiment jamais et tant lon se contente dun mid tempo o toute lemphase pique de la musique de Bathory prend rellement son ampleur. Lon a beau avoir cout un bon nombre des descendants de cet album, lon y revient forcment un jour ou lautre tellement cela reste classe et hors du temps. Classes ces sept titres remarquablement crits, classes ces soli de guitares tellement empli dmotions et ces riffs aussi simples quenvotants, et qui vont directement au cur du viking qui sommeille en chacun de nous, prt sacrifier sa vie avec bravoure pour Odin, et faire vibrer la colre de Thor. Il y a bien de tout cela dans cet album, o certes la fureur et la colre sont plutt laisses de ct, pour laisser une grande place la nostalgie, le regard tourn vers le pass, et les regrets induits par la fin dun ge dor, oubli derrire soi, et vers les lments immuables offerts par notre terre. Ce qui fait la diffrence avec cet album, cest lmotion pure quil transmet, aussi bien par ces arpges mlancoliques, ces acoustiques lgres, qui prennent parfois les devants, et ces churs de guerriers qui viennent mailler chaque titre. Il y a plein de refrains spoumoner sur cet album, mais aussi des parties o le chant intense de Quorthon sefface pour laisser place une musique divinement inspire et tellement enivrante.

Oui, cet album transpire de nombreux clichs du metal, en mme temps ce serait honteux quil nen ait aucun, mais cest aussi cela qui en fait sa richesse et sa beaut. Et puis, il a une ambiance comme nulle autre qui vous transporte immdiatement vers des temps immmoriaux o la bravoure et le respect des traditions et des anciens taient de vraies valeurs. Certes ce disque aura enfant de nombreuses formations, pas forcment pour le meilleur dans bien des cas, mais il a toujours cette mme aura fantastique, ce ct unique qui subjugue, et tant pis si parfois il y a des parties qui sonnent cheap, si la production est assez rustique, et si la voix pleine dmotions de Quorthon nest pas toujours juste, cet album a pour lui, outre ses qualits dalbum charnire et fondateur pour tout un genre musical, cette authenticit et en mme temps cette fracheur qui ne spuisent aucunement au fil des annes. Et sil fallait des gages donner, il suffit dcouter ce premier quart dheure que constitue ce titre ponyme, pour se dire quil ny a sans doute jamais eu titre aussi grand et aussi admirablement compos. Twilight of the Gods cest donc tout cela, un condens de musique pique et chantant avec ferveur la bravoure des anciens, et, malgr les annes, cela reste, avant toute chose, un classique du genre qui na rien perdu de sa consistance ni de sa grandeur.

— Derelictus, le 08 avril 2018 (29971 lectures)

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MY DYING BRIDE - I Am the Bloody Earth

MY DYING BRIDE - I Am the Bloody Earth : 1994 · Peaceville

Doom death Freak doom

MY DYING BRIDE


Celui-ci je nai jamais su comment laborder, la faute sans doute cette tendance des annes quatre vingt dix consistant proposer des remixes de certains titres, histoire de coller un peu avec la vague techno qui avait alors le vent en poupe, ou bien, plus rarement, de faire aussi des remixes dub. Comme chez My Dying Bride, lon aime bien exprimenter et se servir des EP pour cela, ctait dj le cas prcdemment, et que lon aime bien tre la page des tendances, comme ce sera le cas avec le trip-hop par la suite, lon na pas chapp cela. Sauf que lon reste circonspect devant le rsultat de ce Transcending, o lon retrouve un collage de diffrents passages de titres provenant de Turn Loose the Swan. Et cest tout fait troublant de se retrouver avec des passages dansants, avec des boucles de riffs, des triturations deffets divers et des beats, pour des titres qui proviennent dun pitom du misrabilisme. Pour ainsi dire, cela laisse rellement pantois et a fait plus souvent sourire. Et puis, un quart de sicle plus tard, lon sent bien le poids des annes qui est pass l dessus, ce n'est dailleurs pas anodin si on ne le retrouve pas sur Trinity. Idem, lon ne peut pas dire que cette version remixe de The Crown of Sympathy napporte rellement grand chose, le titre se trouvant amput dune bonne minute, et, surtout, lapport de rverbration et autres effets sur la caisse claire nont strictement rien de convaincants, part que ce traitement de la caisse claire devient de plus en plus agaant, mais sans doute est-ce que du au fait que ce titre, dans sa version originale, fait partie de mes prfrs du sextet. Cela, cest donc pour les griefs que jai vis--vis de cet enregistrement, mme si, pour autant, cest aussi un tmoignage de ce que se permettaient pas mal de groupes lpoque, avec plus ou moins de succs. En fait ce qui sauve vraiment cette ralisation, cest videmment ce titre ponyme, enregistr durant les sessions de Turn Loose the Swan et qui est une belle russite de doom death metal, et cest cela quil faut garder en mmoire. Lon y retrouve le mme son et cette mme ambiance que sur ledit album, mais avec un rendu plus acrimonieux, ce qui explique sans doute son absence sur ce mme album. La symbiose entre guitares et violon, qui se compltent bien, rpondent videmment au mme titre que tous les lments de leur doom death metal particulier, avec en pinacle cette rare qualit dcriture, donnant une composition o tout senchevtre avec fluidit. Bref, rien de mieux se mettre sous la dent ici que ce titre ponyme, une relle russite du genre, ce qui rend cette ralisation assez dispensable.


I Am the Bloody Earth en trois mots : en, demi, teinte

— Derelictus, le 08 avril 2018 (29903 lectures)

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ELDER - Reflections of a Floating World

ELDER - Reflections of a Floating World : 2017 · Stickman

Traditional doom Stoner Psyché Progressif

ELDER


Je serais totalement pass ct de ce disque si le voir dans tous les tops de 2017 n'avaient pas fini par piquer ma curiosit et me faire insister un peu. C'est qu'on aurait vite fait de les snober les Elder et leur musique de gentils : tout ici est propre, virtuosit et lumire, ce qui peut trs vite ennuyer les rebelles du dimanche comme moi qui prfrent toujours, en thorie, couter ce qu'ont dire les brebis galeuses qui tranent leur patte blesse plutt que les boucs savamment coiffs au torse bomb d'assurance. Elder excellent pour sr figurer le voyage fantastique, type contemplation de civilisations et architectures inconnues en montgolfire, on survole et on admire sagement, spectateur plutt qu'auditeur, les couleurs, les formes, les notes et surtout l'harmonie qui les unie et clabousse tout ce qui l'entoure.


Ceux-l ont srement beaucoup cout Yes, priode Fragile/Close to the edge, et Opeth, priode chiante, pour infuser leur stoner de non-stoner d'une grande pltre de prog qui ne s'gare jamais du ct de la dmonstration mais contribue admirablement aux peintures de dcors changeants, tires sur six longs titres qui passent comme une seule lampe. De mme, l'apport du clavier n'est pas fondamentalement des plus slowendiens : mellotrons typiques King Crimson, Fender Rhodes la No Quarter, orgue Hammond qui rappelle forcment Deep Purple, et tout moment, lors de l'introduction du second morceau, on s'attend entendre les quatre notes de guitare de Shine on you crazy diamonds. Alors, la qualification de stoner doom est-t-elle encore bien justifie ?


Oui, faut pas dconner non plus, Elder mettent les points sur les i d'entre de jeu : chassez le naturel et il revient bien lourdeau, l'art du riff et du groove est la colonne vertbrale sur laquelle toutes les digressions mirifiques s'articulent avec lgance, le son est bien pais et les sous-accordages devraient rassasier les apptits doomivores les plus froces. Doom un peu contre-emploi d'ailleurs, parce que mme s'ils sont loin d'tre manchots pour ce qui est de faire valser les graves, ce truc est fondamentalement positif, il fait un bien fou, on devrait le diffuser dans les spas. A vrai dire, je trouve que leur stoner doom sent la montagne, autant pour ses dimensions imposantes que pour sa teneur "nature" que j'imagine due l'altitude palpable, l'immensit du panorama, la puret frache de l'atmosphre, le sentiment de voir les solos filer au travers des sapins, au chant tragique et pique que l'on fantasme hurl depuis le sommet... propos du chanteur, lui ne tombe clairement pas dans la logorrhe mais ses quelques interventions mettent toujours dans le mille, les mlodies sont simples et captivantes, ses phrass la Steve Brooks et son timbre planant tractent l'ensemble vers le haut, une voix qui est indispensable mais pour une fois loin d'tre la principale responsable de la construction de l'intensit du disque : d'un ct, les instants les plus prenant de l'album sont des clats de beaut purement instrumentale (et vous ne me lirez pas souvent dire a en parlant de rock), et de l'autre, le titre krautrock-y Sonntag o Nicholas ne chante pas en est probablement le passage le moins marquant. Une affaire d'quilibre, tout a...

Bref, je suis bien content de m'tre attard ici, ces mecs dbordent de talent et maintenant vous m'excuserez mais il faut que j'aille m'envoyer rebours le reste de leur discographie.  

Reflections of a Floating World en trois mots : ascensionnel, gnreux, sensationnel

— EyeLovya, le 08 avril 2018 (30121 lectures)

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GREEN LUNG - Free the Witch

GREEN LUNG - Free the Witch : 2018 · Deckhead records

Traditional doom Stoner Psyché

GREEN LUNG


Green Lung est un autre de ces groupes tristement vous se traner ternellement dans les mailing lists promotionnelles. C'est le style qui veut a, stoner doomy arien, et c'est aussi le nom et les influences ultra-classiques : beuh, Satan, Black Sabb', voil tout. N'empche qu'il n'y a absolument rien leur reprocher ici, nos jeunes londoniens de 12 mois d'ge : qui peut tre assez blas pour bouder de tels grooves ? L'entre en matire est irrsistible, comme les meilleurs moments d'Orange Goblin, et le chanteur qui se prsente ensuite, frre de culte de Kyle Thomas du groupe Witch, a ce qu'il faut de nasonnement rtro pour sortir du lot et remonter le temps en planeur jusqu'aux 70's dfaut d'avoir le grain ncessaire pour filer le gobelin et inviter la beuverie houblonne. Ce chanteur montre suffisamment d'lgance pour permettre d'viter au groupe avec brio l'impression d'un nime groupe de heavy beauf alors mme que les collgues se donnent cur joie de faire pter les VU-mtres, et c'est tant mieux. a envoie joyeusement entre lourdingue enlev et clairvoyances limbiques, ils jouent bien, le son de basse Rickenbacker est aussi clich que joliment mis en valeur, a hoche du chef non-stop et les merveillements psychdliques ont une couleur turquoise aquatique d'une fracheur lumineuse totalement bienvenue. Le premier album devrait sortir l'anne prochaine, alors on essaye de mettre de ct le trop plein d'influences, et a devrait le faire, au boulot les gars.

Free the Witch en trois mots : balis, transparent, imparable

— EyeLovya, le 06 avril 2018 (34035 lectures)

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IMPERIUM - God Emperor

IMPERIUM - God Emperor : 2018 · [ autoproductions ]

Traditional doom Black metal

IMPERIUM



Bon, pour une premire chronique, je vais commencer par quelque chose que je connais.


 Imperium, groupe fond en 2017 Los Angeles, nous livre donc ici un premier album, utilisant un thme bien particulier. Le concept de cet album tourne ce propos entirement autour de lunivers de Warhammer 40000, univers cr par la socit Games Workshop il y a plusieurs dizaines dannes et encore clbre aujourdhui pour sa noirceur : Car vous vous en doutez,  Warhammer 40000, comme son nom lindique, ne fait pas dans la dentelle. Cest un univers violent, sanglant, avec des conflits aux propensions dantesques opposant des factions disposant de ressources titanesques telles que lImperium de lHumanit ou les vaisseaux-mondes Eldars. Cet univers, caractris par son ct tnbreux et gigantesque, voire totalitaire (sa devise est  dans les tnbres dun lointain futur il ny a que la guerre ..) offre donc facilement beaucoup dides pour ceux qui veulent lutiliser dans le cadre de musiques extrmes.


Il a de plus dj t utilis par le pass dans le Metal, notamment dans les premiers albums de Bolt Thrower (Realm of Chaos surtout), mais cest la premire fois quil est trait sous cette forme. Car ce quon ne peut pas reprocher Imperium, cest de ne pas avoir compris les enjeux de ce concept : Ds les premires notes de  Dawn in the 41st Millenium , on comprend que le groupe amricain a parfaitement compris comment exprimer cette atmosphre de conflits permanents et de dictatures oppressantes. Parfois touffant, parfois grandiose et mme parfois un peu kitsch, Imperium utilise son mlange de Doom et de Black Metal de manire maitrise, dlivrant pendant 38min une musique rptitive, mais efficace qui est de plus desservie par une production de trs bonne qualit.


Le mlange de Doom et de Black Metal fonctionne relativement bien, le Doom apportant sa lourdeur et sa rptitivit, et le Black Metal servant apporter quelques soli trs agrables, comme celui du dbut de  Night Haunter  par exemple. Les vocaux Black Metal sont dans la tradition du style, et contribuent encore plus cette atmosphre tnbreuse et sans espoir.  Le ct Black Metal permet de plus, par ses multiples soli notamment, dviter de rentrer dans le Funeral Doom lambda et dapporter un certain dynamisme dans certaines compositions, linstar de  Mournival  ou  Night Haunter o les acclrations typiquement Black apportent de la varit . Certains morceaux tendent lorgner vers un style plus quun autre, mais on trouve de manire gnrale un certain quilibre dans la composition, mme si on peut reprocher au groupe la dure de lalbum, qui peut sembler assez courte pour certains. (Dont moi)


En plus de cela, quelques additions, comme lutilisation dun synthtiseur et de churs renforcent la fois laspect grandiose et parfois kitsch qui caractrise WH40k.  En fermant les yeux, on arrive imaginer les btiments gothiques des cits-ruches, les combats spatiaux entre vaisseaux ornements, et les failles Warp donnant vers des abymes de dmons infernaux. On se sent vraiment plong dans lunivers, mis le problme est alors quil faut connatre celui-ci pour apprcier lalbum de manire totale.


On peut donc retenir de cet album quil matrise son sujet, en utilisant certes des techniques prouves (vous ne trouverez pas de grandes innovations si vous tes un habitu du Black Metal ou du Doom), mais quil sait utiliser de manire mesure, pour servir son propos qui est de retranscrire un univers parfois assez difficile rendre vivant, mais qui peut savrer terriblement accrocheur.

 




God Emperor en trois mots : Oppressant, Grandiose, Warhammer 40k

— Caligula, le 06 avril 2018 (34053 lectures)

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DAUTHA - Brethren of the Black Soil

DAUTHA - Brethren of the Black Soil : 2018 · Vn

Epic doom

DAUTHA


Il y a peu prs deux ans, sortaient en mme temps deux dmos qui allaient tre lessence de deux excellents albums qui viennent de sortir en ce dbut danne: la premire tait To Sol A Thane de Solstice dont on retrouve les trois titres sur le fabuleux White Horse Hill, la seconde tait  Den Frste dun tout nouveau projet sappelant Dautha, dont on retrouve le titre In Between Two Floods ici. Jarrterai mon parallle entre les anglais et les sudois qui nous intressent ici, leurs paysages musicaux tant assez diffrents, ceci prs que ce premier album de Dautha, Brethren of the Black Soil, va au-del des espoirs que javais pu mettre dans ce nouveau projet du talentueux Ola Blomkvist, qui nen est pas son premier coup dessai entre The Doomsday Cult et Wardenclyffe, dont on retrouve dautres membres ici, et, surtout mme, Griftegrd.

Lui et ses acolytes ont bien fait de prendre leur temps avant de donner naissance ce premier album, car lon y retrouve bien ce que lon attend dun excellent disque depic doom metal: des riffs dantesques, et pour le coup lon a de quoi se rjouir, des mlodies qui restent imprimes dans votre mmoire pour longtemps, une ambiance particulire et des lignes de chants magnifiques. Tout cela rpond bien lappel sur ces six titres. Cest dailleurs un vrai rgal de se dlecter de ces riffs aussi puissants que mlodiques, souvent faits dans un style qui rappelleront ceux excuts par Candlemass depuis des dcennies, mais en mme temps, il y a sans doute bien pire comme influence, mais avec toujours linspiration au rendez-vous. Mme sur un titre qui stire sur plus dun quart dheure comme le morceau ponyme, lon reste toujours scotch devant autant de matrise. En mme temps, on le savait dj pour ce qui tait de la prcdente formation dOla Blomqvist, et lon retrouve un peu de cet esprit dans ces mlodies dlicieuses, mais jamais, grand jamais, vulgaires, et dans ces tempi qui nacclrent quasiment jamais. Lon reste bien dans cette rgle suprme que la lenteur demeure lunique Loi suivre, et pour le coup, elle est respecte la lettre.

Pour ainsi dire, lon pourrait quasiment appliquer les mmes descriptions des formations contemporaines et voisines de Dautha, dont Sorcerer et Below, dans cette faon de rester dans une forme dappellation dorigine contrle de lepic doom metal. Et pourtant, le quintet est bien loin dtre une formation gnrique et zlote, bien quelle pouse pleins bras les dogmes, car elle recle dj en elle une forme dinspiration vraiment lumineuse, que lon retrouve dans toutes ces harmonisations et mlodies de guitares, et qui restent lune des marques de qualit pour ce genre musical, et ce qui fera rellement la diffrence. Ne serait-ce que sur le titre douverture, lon est dj amplement servi en la matire, notamment sur ces chorus admirables. Lon doit videmment ajouter la prsence dun violon, aux accents plutt folkloriques, mais sans tre virevoltants, et dont les interventions judicieuses agrmentent parfaitement ce travail mlodique. Ce qui diffrencie ce groupe, cest aussi son excellent chanteur, qui a une relle personnalit et qui sait linsuffler sur chaque titre, ce qui nest pas donn forcment tout le monde. Et puis, ce qui singularise foncirement Dauhta cest cette ambiance mdivale unique dploye tout le long de cet album.

Et cest sans doute l o le quintet fait trs fort, cest quil nous renvoie vraiment ces temps obscurs o hrosme, dvotion, croisades, peste, survie, acharnement et loyaut taient des thmatiques fortes dans la vie quotidienne. Cest tout ceci que lon retrouve au grs de ces six titres, dont latmosphre pourrait nous faire penser assez souvent au Septime Sceau de Bergman, tant cela nous renvoie ces images de mort, ce que signifie dailleurs Dautha en vieux sudois, et tous les questionnements qui vont avec, un peu comme le dialogue entre les deux voix sur le titre ponyme, ou le ct plus introspectif de Bogbodies. Et lon retrouve ainsi de nombreux clins doeil lHistoire dans ces paroles, dont ces Croisades des enfants aux destines funestes et tellement doom dans lesprit. Par contre, nescomptez pas quelque chose de dansant, lon garde cette gravit et cette solennit sur toute lentiret de lalbum, et sans doute que le meilleur exemple de cette russite serait The Childrens Crusade avec cette chorale en latin qui sentremle avec lepic doom du groupe pour quelque chose de vraiment saisissant, au mme titre que ces choeurs sur le morceau ponyme qui donnent une magnificence cet ensemble. Mais mme quand il prend des accents plus exprimentaux comme sur Bogbodies, il conserve une part de mysticisme.

videmment, ce quil faut garder lesprit, cest quil ny a aucun temps morts sur cet album, vraiment bien quilibr, admirablement crit, dot de six titres imparables, et qui ne cesse de tourner en boucle depuis son acquisition, sans que ne vienne poindre aucun moment une pointe de lassitude. Dautha a ralis avec Brethren of the Black Soil un excellent premier album, en esprant que ce ne soit pas le seul du groupe, et en y dvoilant une solidit toute preuve et une personnalit vraiment marque, sous le sceau de linspiration. Surtout, lon y retrouve tout ce que lon attend dune ralisation de haute vole en matire depic doom metal, avec cette part de lyrisme vous transporter, cette part de mysticisme vous faire engager dans lordre teutonique, et tant de choses vous chavirer votre cur, tout simplement. Ce serait une hrsie sans fin que de faire limpasse sur cet album.


Brethren of the Black Soil en trois mots : mystique, moyengeux, merveilleux

— Derelictus, le 05 avril 2018 (34474 lectures)

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CIRCULUS - The Lick on the Tip of an Envelope Yet to Be Sent

CIRCULUS - The Lick on the Tip of an Envelope Yet to Be Sent : 2005 · Rise Above

Psychedelic folk

CIRCULUS


On a mine de rien tous bien rigol l'poque. Lorsque Lee Dorrian, dj terminalement gar dans un scandale hallucinatoire sans retour, s'prenait tant de prog nudiste et de folk bucolique vintage qu'en plus de faire dgouliner a sur Cathedral comme on case un stand de churros entre deux tals de bonnets en crochet vendus par des nonnes orthodoxes sur un march de Nol d'arrire cour, il nous vendait coup sur coup la cration des Rise Above Relics - sorte de Numero Group avant l'heure - et la signature d'une troupe de hippies en collants multicolores sur Rise Above, en pleine apoge du label. La touche des types, bons robins des bois version teletubbies, emmens par leur allum frontman et seule figure permanente de l'ensemble, Michael Tyack, tous sortis d'une autre plante, qu'on n'et pu considrer autre qu'une projection de l'esprit hurlubuesque de tonton Lee himself, et qu'on pouvait rellement admirer toucher au sublime dans ce mythique clip aux paquerettes, "My Body is Made of Sunlight", quelque part comme le truc le plus donf et drle de l'histoire des musiques slowendiennes depuis Candlemass et son fameux bewiiiitch'd. Rien de moins oui. Et mme aujourd'hui, le ct vieillissant et cheap dudit clip sautant d'autant plus aux yeux, difficile de comprendre ce qui a fait que Circulus n'ont pas russi atteindre la sacro-sainte qualification de culte, au vu du nombre de metalheads qui se sont laisss tent par l'exprience sans vritablement s'en remettre. Trop ridicule ? Trop dcal ? Trop en avance pour le revival ? Trop, tout simplement ?
En vrit, ce disque a relativement bien vieilli. Pass son single inou qu'il est difficile de ne pas ternellement moquer, on nage fort peu dans la surenchre, ft-elle acide. Et tout l'inverse, outre son ct robe fleurs et bottes en croute de cuir, il se laisse vapoter en fond sonore d'une bonne prparation de pipe aux tabacs multiples et d'un ragot pour la Pques. Tout y est fond de sauce, fragrances, herbes folles et universalisme. Amour de la plante, vganisme sans haine, mdieval sans bhourd, fleurs qui parlent et ciel bleu ternel. Sans aller jusqu' dire qu'on lui accorderait avec le recul le rle de porte d'entre parfaite - dont il avait sans doute l'ambition - vers le petit monde perdu de l'acid folk papa, il est au moins l'coute suffisante et LOOF du troubadour du doom qui n'exprimerait aucun souhait de s'aventurer un jour beaucoup plus loin.

The Lick on the Tip of an Envelope Yet to Be Sent en trois mots : tltubbie, hdoniste, dcal

— Rocky Turquoise, le 05 avril 2018 (34664 lectures)

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MELVINS - Pinkus Abortion Technician

MELVINS - Pinkus Abortion Technician : 2018 · Ipecac

Grunge

MELVINS


Les frasques des Melvins ont pour elles de susciter - dfaut d'une adhsion - une curiosit unanime, mle tantt de fascination, tantt d'incomprhension. De ce point de vue finalement, rien ou presque n'aura chang en quarante ans. Et quand ailleurs on parlerait d'intgrit pour vous vendre un produit dans l're du temps, chez les Melvins, on saluera surtout la constance et l'inventivit dans un style pourtant mort et enterr depuis longtemps, qui n'a mme pas eu droit son instant revival en temps et en heure. Ce qui me fascine personnellement, c'est leur capacit avoir l'air d'hurluberlus sans taper dans la provoc entendue ni dans la surenchre. Les Melvins sont hirsutes, barrs, sans doute hilarants, mais sans jamais en clowns se travestir, ni s'garer dans l'ironisme tellement mordant qu'il en raye le parquet.
De l, Pinkus Abortion Technician, nime album sorti en quelques annes peine, au titre hommage tout la fois au Locust Abortion Technician des Butthole Surfers et Jeff Pinkus desdits, pour une configuration indite et loufoque deux bassistes, dont le groupe se vantera bien que voil au moins un truc qu'ils n'avaient - aprs les doubles batteurs et doubles guitaristes donc - pas encore essay. Pour le fan insatiable, que de bien excitant qu'un nouvel album, foutraque et dstructur souhait. Du Melvins pur jus, mtin de la coolitude des Pixies et du cynisme d'un Therapy?, en fauteuil, pull jacquard et la pipe, et quand bien mme j'aurais beaucoup de difficults dfinir la plus-value du duo de basse (quand j'y parvenais dj fort peu avec les autres duos), avouons que tout a tient face au vent comme la dune du Pilat.

Et si jamais, comme moi, vous n'tes pas des plus convaincus par la bande, l'enttant "Don't forget to breathe" devrait vous rappeler que les Melvins ont toujours au minimum une ide en tte pour tirer un sourire ceux qui se montrent le plus hermtiques leurs bafouilles.

Pinkus Abortion Technician en trois mots : sympa, lger, folklo

— Rocky Turquoise, le 04 avril 2018 (35593 lectures)

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PEARL JAM - Vitalogy

PEARL JAM - Vitalogy : 1994 · Epic

Grunge

PEARL JAM


Au final, avons-nous avec ce Vitalogy lalbum que lon pourra le plus estampiller du sceau grunge, ou en tout cas celui dans cette trilogie inaugurale, car il est toujours question de trilogie dans les musiques amplifies, qui aura le plus cette coloration si terne et si dpouille, avec un grain plus sale que de coutume. Cest l aussi lun des attraits de ce troisime album, cest quil renferme en lui une certaine rancoeur, et, quune fois encore, Pearl Jam na pas du tout fait dans la redite, accouchant dun Ten III ou dun Vs II, bien que lon retrouve videmment cette signature et ce talent communs ces trois albums. Ce Vitalogy, dont le titre signifie pourtant ltude de la vie, a quelque chose qui respire un peu la mort. Il est vrai que le contexte extra musical a eu son influence sur cet album, entre le suicide de Cobain qui a affect les musiciens et en premier lieu son leader, qui sest tout coup retrouv comme seul porte voix de cette scne grunge, le dbut du bras de fer avec la compagnie Ticketmaster qui avait le monopole des ventes de places de concerts, un combat qui fait dsormais partie de la mythologie de ce groupe, et des tensions internes qui ont vu le dpart du batteur Dave Abbruzzese avant la fin des sessions denregistrement, remplac au pied lev par lancien Red Hot Chili Peppers, Jack Irons.


De toute manire, le groupe tait au bord de limplosion ce moment l, et nombre de spcialistes prdisaient le split, - jaimerai bien voir leurs ttes aujourdhui face labsurdit de ces spculations. Dans tous les cas, cest partir de l que Eddie Vedder aura dfinitivement la main mise sur le groupe, et notamment dans ce processus particulier dcriture. Cela fait beaucoup pour la gense de cet album, et, pourtant, il est loin dtre rat ou bcl, et na pas rougir face eux non plus, loin de l. De la verve hrite de Vs, il y en a sur cet album, commencer par les trois titres qui ouvrent les hostilits, et dont ce manifeste pour le vinyle quest Spin the Black Circle - cest dailleurs le premier LP que jai achet, impatient que jtais de pouvoir couter ce disque -, et ses relents punk. Mais mme lorsque lon ne droge pas trop des habitudes, lon se rend compte quil y a une chape de plomb qui est venue recouvrir tout ceci, comme si tout cela apparaissait comme un peu inutile, mais quon le faisait tout de mme parce que ctait la seule manire dexister ensemble envers et contre tous.

Cest mme bien cela qui va caractriser cet album, cest celui o le groupe exprime le mieux son spleen, laisse la vue de tout le monde ses blessures vif, sans pour autant geindre comme un malheureux, ni larmoyer sur sa condition. Quoi de plus humain que de vouloir mettre ses maux en musique et de vouloir les gurir par ce que lon fait de mieux. Et, dune certaine manire, ce Vitalogy a la mme essence quun certain Tonights the Night de Neil Young: cest dire un album voulu comme une sorte de catharsis, et le moyen de dire au revoir un tre parti trop tt, et qui dnotait du reste par son ct bourru. Il y a videmment de a dans cette ralisation. Sauf que ce nest pas forcment dans les accalmies que Vedder et compagnie vont panser leurs blessures, mme si lon retrouve ici des hymnes dexaspration comme sur lexcellent et presque dfinitif Corduroy. Oui, il y a une certaine beaut dans ces semi ballades que sont Nothingman et Better Man, o derrire des histoires sombres se cachent un rai de lumire, comme autant de porte de sorties dans toute cette noirceur accumule.

Et il y a aussi les quelques exprimentations, comme pour mieux svader de certains carcans devenus trop touffants, et qui seront la marque de fabrique de lalbum suivant, dont ce titre laccordon et ce jam trange qui clt le disque et qui ne semble jamais se terminer. Lon prend toutefois encore le temps de faire rver avec ce Tremor Christ et ses accents plus maritimes, avec toutefois une mer qui est forcment dchaine, car cest aussi une constante de ce disque: lon nest plus dans la contemplation des lments comme ce pouvait tre le cas plus de trois ans auparavant. Il y a quelque chose dassez terminal, comme perturb par ces questionnements autours de la vie et de la mort et qui prennent sens sur le magistral Immortality, beau vous glacer le sang, poignant comme peut ltre quelquun qui cherche autours de lui ltre absent.

videmment que Pearl Jam fera encore plus touffant sur No Code et sur Riot Act, mais ce Vitalogy a une saveur vraiment particulire, de celle qui ne laisse pas indiffrent et qui peut faire prendre dautres voies chez ses auditeurs. Ou comment certaines inquitudes, certaines angoisses et turpitudes peuvent trouver cho dans une musique aussi simple et viscrale que celle prsente sur ce Vitalogy, lorsque lon doit digrer tant de dception et accepter, quoi quil arrive, de continuer davancer dans la vie, entre ses joies et ses dceptions, et de prendre conscience de sa propre mortalit. Cest aussi tout ce qui fait de Vitalogy un album part, un album que lon ncoute pas forcment la lgre et avec entrain comme ses deux prdcesseurs, mais comme une sorte de communion desprits. Si Ten pourrait tre considr comme lalbum de lespoir en un autre avenir, Vs celui de la rage face limmobilisme et linjustice, Vitalogy sera alors celui du passage lge adulte avec tout ce que cela sous entend de prises de conscience et dacceptation de tant de choses.


Vitalogy en trois mots : rsign, gristre, hargneux

— Derelictus, le 02 avril 2018 (36522 lectures)

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MEN IN SEARCH OF THE PERFECT WEAPON - Men in Search of the Perfect Weapon

MEN IN SEARCH OF THE PERFECT WEAPON - Men in Search of the Perfect Weapon : 2005 · Vendetta

Sludgecore Post hardcore

MEN IN SEARCH OF THE PERFECT WEAPON


Y'a eu un truc avec les Allemands et le hardcore lourd et gras. Au dtour, en tout cas, de la fin des annes 2000, o j'ai souvenir de m'tre pos sur plus de riffs en outre-Rhin qu'il n'y a de litres de bires sous-entendus dans un disque de Grief. Et donc Men in Search of the Perfect Weapon, groupe mort-n avec ce disque la prod proprement gargantuesque, ronde et chaude comme une grippe en t, est le groupe idal et indispensable. Underground, intense, appliqu, tonitruant, terminal, argileux, bouillabaisse aux poissons-morts, et juste les quelques arpges cristallins timides qui sonnent comme le dcompte des friches pourries qui ont du s'effondrer depuis que dans la catgorie on s'est mis confondre les tnbres avec la sueur.

Men in Search of the Perfect Weapon en trois mots : opaque, massif, impeccable

— Rocky Turquoise, le 01 avril 2018 (37144 lectures)

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THE HEADS - 33

THE HEADS - 33 : 2005 · Invada

Psyché Noise

THE HEADS


La pochette dit tout et rien : elle t'emmne vers une illusion de prog psych sorti de la tte d'un Escher sous champis, et comme si les The Heads avaient cette fois cherch se rejoindre au dtour d'une traboule dans un jam interminable sens dessous-dessous. Mais il ne s'y passera rien. Ce truc n'a pas plus de sortie que d'entre. Les guitares rugissent toutes seules, comme si y'avait plus personne pour piloter, et te soufflant qu'on trouvera des riffs aprs mec, pour l'instant le bong est chaud. Et toi dans l'histoire, t'attends ton tour ? Cool mec, cool.

33 en trois mots : bruitiste, dyscentr, invalide

— Rocky Turquoise, le 01 avril 2018 (37119 lectures)

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THE HEADS - Mao Tinitus

THE HEADS - Mao Tinitus : 1998 · Man's Ruin

Psyché Space Rock Garage

THE HEADS


Le monde a besoin de plus de jammers. Le monde a besoin de plus de psych. Le monde a besoin de plus de The Heads. Le monde a besoin de ces bons Mudhoney du space rock, qui naviguent travers les ges perchs dans un je-m'en-foutisme vad au del de toute raison. a riffe gogo, a garage, a ne va ni ne vient, et a s'coute toujours comme une version de FIP ddie aux soires entre dfoncs. Ce 10", attrap au milieu d'une discographie absolument/videmment plthorique, se perdra comme de bien entendu au milieu d'une bonne collection de trouvailles. Il est joli (orange transparent s'il vous plait), il a une pochette psychdlique vomir, il est sorti chez Man's Ruin et donc videmment collector. Il n'a absolument aucun intrt, et est donc d'autant plus indispensable son propritaire qu'il n'est parfaitement inutile toute autre. Au pire, vous pourrez sans aucun doute l'changer contre une bonne brouette de beuh sur le darkweb. Mais pourquoi donc ?

Mao Tinitus en trois mots : jam, 'til, death

— Rocky Turquoise, le 01 avril 2018 (37194 lectures)

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