Chroniques de septembre 2018

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HEADS. - Collider

HEADS. - Collider : 2018 · This Char

HEADS.


L'lgance et le glauque, ce sont des notions qui dfaut d'tre lies par vidence sont pourtant toutes deux assez facilement applicables l'alternative rock de Heads. Je les vois souvent qualifis de post-punk, ce qui est pourtant la fois rducteur et risquerait tort de repousser tout ceux qui vomissent son revival. Heads. ne conserve dudit style qu'une esthtique sonore assez proche, en nuances de gris, o les guitares sonnent ferreuses souhait et la basse se fait mur porteur.

Ce qui frappe surtout d'entre de jeu, c'est que ce Collider semble tre la progniture miraculeuse de Cold river songs, le chef duvre dsabus de Bodychoke, et des premiers Failure. Le chant bas et dgot de l'un, l'instrumentation toute en basse massive et arpges de l'espace aux harmonies bizarres de l'autre, la combinaison est incroyable et projette le groupe directement sur les rails d'un coup de cur assur.

L'lgance et le glauque, parce qu'ils dveloppent quand mme un style qui leur est propre, ce truc classieux comme le plus beau des croque-morts qui manie la dissonance avec finesse et use avec parcimonie et prcision de la mlodie, costume impeccable d'esthte malgr soi et mine dsole sur fond de penses assassines. Car il y a un certain sadisme qui se lit en filigrane, une pulsion faire mal qui bout et ne demande qu' tre soulage. Et a monte rgulirement en tension, sans jamais, quasiment, relcher la pression, c'est d'ailleurs probablement ce qui captive tant ici. Dans ces moments o l'on se mort la lvre, le groupe se rapprocherait volontiers d'Oxbow, tandis que lors des accalmies, qui maintiennent toujours cette note dviante de nvrose ambiante, c'est Slint qui vient en tte. La progression de leurs morceaux ne vient pas contredire cette dernire observation et tout compte fait, des deux fantmes vidents qui semblaient seuls hanter leur musique d'abord, Heads. apparat maintenant comme une volution surprenante d'un pur groupe de post-hardcore 90's, pourquoi pas un mlange entre un Unwound au plus sombre et sec, et un Quicksand qui aurait fum pendant trop longtemps et aurait bien besoin d'une bonne nouvelle, mont par des fans des Swans.

Cet album pue la frustration carnassire, ces gars ressemblent des vieux punks rintgrs tant bien que mal dans la socit qui crvent d'envie de pter des dents coups de batte, mais se doivent de rester d'un stoque toxique et morbide, et a tue.

— EyeLovya, le 18 septembre 2018 (2114 lectures)

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YOB - Our Raw Heart

YOB - Our Raw Heart : 2018 · Relapse Records

Traditional doom Psyché Freak doom Atmospheric doom

YOB


Lorsque lon aborde ce huitime album de Yob, on ne peut occulter le fait quen janvier deux mille dix sept, Mike Scheidt avait bien failli mourir et que cette exprience de mort imminente a videmment laiss des traces dans sa manire daborder les choses, et, surtout pour ce qui nous concerne, dans la faon dont il a crit ce Our Raw Heart, album le plus long de la riche discographie du groupe, un peu plus de soixante treize minutes. Cela pourrait presque constituer lintrt de cet album, dans ce quil pourrait laisser transparatre dun certain tat desprit, dune nouvelle forme de spiritualit et daborder les choses, des valences qui sont dailleurs des lments forts de ce Our Raw Heart, avec le contre-coup de voir le groupe un peu plus sous le feu des projecteurs, et qui a mme fait lobjet dune chronique dans Tlrama, cest pour dire. Tout ceci pouvait faire grincer des dents, et encore plus avec ce premier extrait, The Screen, dlivr quelques semaines avant la sortie de lalbum, avec ce ct marteau pilon que lon connait la formation depuis quelques annes dj.

En fait, tous les doutes disparaissent assez rapidement lcoute de cet album dans son entiret, sans doute le plus fort depuis The Great Cessation, dans le sens o il ny a pas de compositions moins bonnes que les autres, comme ce pouvait tre le cas avec Atma et Clearing the Path to Ascend. Il ny a pas de temps morts dans cet album, et, cest mme l sa grande force, il y a une cohrence dans cet ordre et cet enchanement des titres, entre un Ablaze classique pour du Yob, les trois pav tortueux que sont The Screen, In Reverie et Lungs Reach, et la seconde partie qui fait plus tat dune sorte de renouveau mais avec un voile tantt plus mlancolique, notamment sur Beauty in Falling Leaves et Our Raw Heart, tantt avec une sorte desprit plus revanchard, comme sur Original Face. Cest dj cela qui rend cette uvre aussi palpitante et prenante. De surcrot, cest l que lon ne peut sempcher de faire un parallle entre ce que Mike Scheidt a vcu il y a plus dun an et demi et la manire dont senchainent ces titres. Sans parler dalbum concept, cest comme si lhomme des bois nous emmne ici dans un priple la fois tortur et la fois mystique, comme sil avait laiss ses motions clabousser la face de lauditeur; bref, un homme bless cur ouvert.

Concrtement cela se traduit par sept compositions assez htrognes, que lon peut ranger dans trois catgories, histoire de faire simple. Lon a dj les compositions qui sont assez fidles ce que fait le trio depuis sa reformation, se nourrissant dinfluences autres que celles proprement doom metal, ce qui aura toujours t la grande caractristique du groupe, et en les assimilant avec une telle aisance que cela sonne naturellement comme du Yob. Cest ainsi le cas sur Ablaze, o lon trouve une petite trame tragique derrire ces coups de semonces telluriques. Mais cest encore plus flagrant sur Original Face qui nest pas sans me rappeler Primordial, et pas seulement dans lutilisation dune rythmique en ternaire, mais dans cette manire dapporter une souffle assez pique lensemble. Mais ce nest pas du copier coller des irlandais, car il ne faut gure oublier la singularit du jeu de guitare de Mike Scheidt, pas franchement euclidien, mais tellement fluide en mme temps, sans que le trio ne se dpartisse de sa puissance de feu, car certes le pre Scheidt est convalescent, mais cela ptarade toujours autant ici. Cest l lune des facettes de cet album, mais Yob na pas t avare en surprise.

Car ct de cela, vient ctoier une facette beaucoup plus sombre, plombe et tellement touffante, avec ce triptyque constitu de The Screen, In Reverie et Lungs Reach. Ces trois titres sont mme indissociables tant lon senfonce encore plus dans des abysses au fur et mesure de leurs avances, et quils sondent encore plus profondment dans ce sens. Lon peut y dceler une forme de climax dans laboutissement de cet enchanement avec les rles de Scheidt sur la fin de Lungs Reach, comme un appel au secours, ou, mieux encore, un sursaut de souffle de vie. Il faut dire que tout ceci commence mme de manire assez brutale avec The Screen, droutant lors de sa dcouverte seule, tellement cohrent dans cet enchanement, avec un riff la fois rampant et saccad faire plir Morbid Angel et consorts, tellement puissant qu'il crase tout sur son passage. Il y a videmment cette facette plus rugueuse, comme si lauditeur tait pris entre le marteau et lenclume, mais c'est fait de manire bien plus intelligente que sur un Nothing to Win, avant que ltau ne se resserre avec In Reverie, au titre combien trompeur, tant lambiance y est cauchemardesque, voire presque claustrophobique.

Et, enfin, lon retrouve deux magnifiques compositions bien plus mlodiques et mlancoliques, de ces titres beaux en pleureur, dans la droite ligne dun Marrow. Cest l que lon retrouve une nouvelle facette chez Mike Scheidt qui met bien plus en avant ses influences folk, avec tout ce que cela comprend datmosphres boises, dmerveillement devant les beauts de la nature et dun ciel toil, dune douce brise dt qui vous caresse le corps, ou bien encore des dernires journes ensoleilles dautomne o lon profite des couleurs vives de la nature avant son prochain endormissement. Il y a de cela dans ces quasi ballades aux longs cours, o lon a envie que le temps sarrte car plus rien dautre na dimportance, et o les arpges ou les acoustiques prennent parfois les devants. Il y a aussi un ct tellement poignant dans les mlopes dlivres par le guitariste, - car si ces titres ont un ct plus lumineux, ils ont aussi cette touche un peu plus nostalgique -, et dans ce chant excellent, quelque soit le registre, mais tellement touchant, notamment dans cette sincrit, car lon peut dire que Mike Scheidt ne triche pas ici, si tant soit peu quil lait fait un jour.

Affronter Our Raw Heart, cest comme choisir de partir dans un priple vers linconnu, de gravir des monts hostiles sous un ciel ombrag, daffronter la nature dchane et de saccrocher la vie coute que coute, en dpit des coups du sort, pour dcouvrir ensuite un apaisement et des merveilles que lon ne pouvait souponner. En cela, le trio a bien jou sur une certaine forme de bivalence, rappelant un peu le Yin et le Yang si lon prenait un vocabulaire empreint de mysticisme, mais cest mme bien plus profond que cela en fin de compte. Si profond quil rend lalbum rapidement enttant et, surtout, lui donne une dure de vie assez consquente, car voil bien quatre mois que je lcoute trs rgulirement, sans qu un moment donn il ne perde ni de sa consistance, ni de son impact, et ne stiole encore moins, et notamment au niveau des motions quil retransmet. A ce propos, Our Raw Heart pourrait presque tre un album testament dun homme qui aura suivi le mme priple que Dante.


Our Raw Heart en trois mots : , cur, ouvert

— Derelictus, le 16 septembre 2018 (2592 lectures)

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PHOBOS - Phlogiston Catharsis

PHOBOS - Phlogiston Catharsis : 2018 · Transcending Obscurity Records

Industriel Freak doom Black metal

PHOBOS


Difficile de dire si lon sy sent vritablement proie ou empereur, si lon observe la flamme depuis lextrieur ou au coeur mme de son foyer, si notre corps tend se disperser dans les vapeurs dacide sulfurique ou sil est lpicentre dune orgie dionysiaque En fait, l'coute d'un album de ce calibre, difficile de placer ses impressions, fluctuantes et visqueuses comme le magma, sur une ventuelle chelle de la plnitude quand celles-ci flirtent galement - et plus encore - avec celle de la liqufaction crbrale pure, dans un festival de vilnie et dhybridit, qui lentement anesthsie nos fonctions motrices pour mieux nous livrer sa puissante drive psyche... Et je vous passerai volontiers les thories sur la gmellit entre orgasme et souffrance, mais bordel de dieu, ce disque vous fait aimer lenfer dans toute sa diversit. 

On sy vautre de toute sa masse comme devant un triptyque du pre Bosch. On sattarde sur chaque petit centimtre carr de dsolation, corps et me progressivement absorbs par la beaut vnneuse et hyper-dtaille d'une toile aussi macabre qu'exotique. On y cherche perptuellement labomination qui nous chappe tandis que lon chappe perptuellement labomination qui nous y cherche. Langoisse se fait exquise, la quitude se fait insoutenable, et lon finit par sy oublier comme dans les intestins de lOuroboros, aliment par son propre venin... Pour ainsi dire, l'on pourrait sextasier des heures durant sur ce concentr doccultisme et de dviance projet en terres (post-)industrielles, et voir dans sa flamboyante Ghenne sidrurgique une nature luxuriante, une terre nourricire, un oasis prt accueillir toute la dgnrescence du monde, un Styx chaleureux comme le ventre maternel, dans lequel lon pourrait enfin se retrouver entre pcheurs et pcheresses, et fondre jusqu fertiliser le sol, ou transformer le plomb en or ; lodeur du soufre mle celle du stupre, le got de la chair magnifi par celui du mtal. 

Bref, bel autoportrait que nous livre ici l'insaisissable P.H.O.B.O.S. Un album semblant la synthse de son parcours, de ses influences diverses (curieux d'ailleurs que l'on ne cite pas plus souvent Techno Animal et les premiers albums d'Esoteric...) et des contradictions inhrentes ses exprimentations actuelles comme passes. Album dans lequel les vieux disciples que nous sommes (supporter since 2004 perso) seront flatts de retrouver les ruines mcanodes et le groove fivreux de Tectonics, la cyber-monumentalit et le groove rampant d'Anoedipal, l'abstraction tentaculaire et l'absence totale de groove d'Atonal Hypermnesia ; ainsi  qu'une sacre bonne dose de nouveauts. Car toujours plus loin de l'quation rcurrente et combien rductrice "Godflesh + Blut Aus Nord", P.H.O.B.O.S. se distingue une nouvelle fois par la richesse de son propos et l'atmosphre tout fait unique qu'il dlivre.
Comment ne pas s'en rjouir ?

Phlogiston Catharsis en trois mots : alchimiste, lancinant, centrifuge

— Krokodil, le 15 septembre 2018 (3182 lectures)

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CULT OF LUNA - Eternal Kingdom

CULT OF LUNA - Eternal Kingdom : 2008 · Earache records

Post hardcore

CULT OF LUNA


Sur une chelle de deux soixante seize, et l je prfre prendre large:

- de deux soixante et onze, on nous promet une sorte de retour en arrire aprs les plus nuancs Salvation et Somewhere Along the Highway, comme on avait pu lentendre lanne prcdente sur un certain Given to the Rising, cest assez vident si lon joue au petit jeu des comparaisons, et notamment dans ce domaine musical. Mme si, videmment, comme il est souvent le cas avec ce genre deffets dannonces, ce nest pas du tout un rel retour aux sonorits des dbuts, lon est mme assez loin de la virulence et de la sensation dtouffement que lon pouvait avoir sur lponyme et sur The Beyond. Nanmoins, il y a tout de mme quelques signes de pas en arrire par rapport lalbum prcdent, avec un retour plus en avant de la matire plombe, et, en parallle, moins de moments purement post rock, mme si lalternance entre passages ars et dautre plus contenus est de mise, comme lon pouvait sy attendre. Le tout est saupoudr dune fausse vraie histoire dun recueil crit par un alin et retrouv dans leur local de rptition histoire de donner corps une sorte de concept pour cet album. Cest un vrai pige cons cthistoire-l. Las, mme en dpit de cela, a ne prend pas.

- de soixante douze soixante quinze, lon se permet quelques avances qui marqueront les deux albums suivants, je pense notamment cette place donne aux lments lectroniques, mme sils sont assez disparates, ou bien encore ces riffs hachs assez symptomatiques des sudois. Lon se permet aussi lincursion dinstruments traditionnels sur tel ou tel morceau, ou sur tel ou tel interlude, dont des cors et des trompettes, un peu la manire dun The Road of Sovereignty, histoire darer lensemble, de lui donner un ct un peu plus champtre. Cela se ressent enfin sur la manire dagencer les trois guitares, qui font preuve dune certaine inventivit. Ce nest pas faute davoir essay, et lon ne peut reprocher loctuor de se saigner aux quatre fromages, ni de vouloir exprimenter, et encore moins de rendre parfois les choses un peu plus alambiques, mais lon sent que tout cela patine un peu, et que le ct monotone, - doux euphmisme -, du chant de Klas Rydberg naide nullement en cela pour donner un peu de frissons tout ceci, ou, tout du moins, un supplment dme suffisant. Donc, a ne prend toujours pas.

- et seulement soixante seize, on peut commencer apprhender les choses sans sennuyer, mais cest uniquement le cas sur Ghost Trail, Curse et Following Betulas o lon se laisse prendre au jeu sans avoir limpression de perdre son temps, ni de devoir relancer de quinze.

Eternal Kingdom en trois mots : en, avoir, gros

— Derelictus, le 12 septembre 2018 (4351 lectures)

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DOOMRAISER - Lords of Mercy

DOOMRAISER - Lords of Mercy : 2006 · Iron Tyrant

Traditional doom

DOOMRAISER


Dans la srie des groupes avec le mot doom dedans, je navais pas encore eu loccasion daborder le cas Doomraiser, qui, comme son patronyme le laisse penser, pratique du doom metal, heavy drunken doom, pour tre plus prcis, et selon les dires des musiciens. Originaire de la ville ternelle, le quintet sortait en deux mille six son premier album, aprs stre fait remarquer avec son excellente dmo Heavy Drunken Doom, une anne auparavant. Il nest peut tre pas anodin de replacer lmergence de ce groupe dans son contexte, soit le milieu des annes deux mille, et une certaine redcouverte du doom metal traditionnel la suite du succs de Reverend Bizarre. Sans que les romains soient forcment inspirs par les finlandais, lon retrouve tout de mme sur cet album, qui dpasse les cinquante cinq minutes au compteur, des titres assez longs, entre huit minutes et treize, qui sont un peu les signes de lpoque. Sauf que le quintet nest pas aussi obtus et austre que les finlandais: il sait faire preuve de bien plus de varit dans ses compositions, et a surtout une excellente paire de guitaristes pour agrmenter tout cela. Lon mettra peut tre cela sur le coup de lalcool, encore que cette revendication ne se ressent nullement dans leur musique, qui, si elle peut avoir des consonances enjoues, sait aussi prendre des attraits bien plus graves.

Cest en tout cas cette facult une certaine varit, mais dans le sens camaeu de gris pour le moment, et donc proposer des compositions rallonge toutes sauf monolithiques et ennuyeuses, qui donnent Doomraiser un capital sympathie. Lon est en effet face un groupe qui a non seulement acquis la science du riff doom metal, qui sait ce quest le respect d aux Grands Anciens, mais qui est aussi bourr de talent et nanti dune bonne inspiration. Cela signifie que lon a ici un riffing vraiment efficace, avec des motifs suffisamment martels pour bien faire sentir la chape de plomb sous laquelle ils veulent nous figer, mais point trop pour viter les hauts de cur. Lon a aussi suffisamment de soli ainsi quun trs bon travail mlodique pour avoir envie de tout autant headbanguer que de mimer certains gestes sur une guitare imaginaire. Et il faut avouer quil y a une grande puissance qui se dgage de tout ceci, la cellule rythmique avanant lentement, - oui parce que a nacclre que trs rarement et, le cas chant, pas vraiment de manire fulgurante -, mais srement vers son objectif, russissant l o Hannibal Barca avait chou en son temps. En fait, si lon devait rapprocher Doomraiser, et notamment sur ce premier album, dune autre formation, ce serait avec The Bottle Doom Lazy Band. Les similitudes sont assez grandes entre les deux groupes, et lon a surtout ce feeling assez rock qui est aussi une grande force des romains.

Autre domaine o il faut galement saluer Doomraiser, cest quils affirment ici aussi une certaine diffrence vis--vis des groupes de son pays, avec un rendu trs traditionaliste, et non pas un peu kitsch, part peut tre ce clin dil Cathedral sur Doomraiser et ses relents dUtopian Blaster, et un peu occulte et limite gothique, comme lon peut rencontrer chez nombre de leurs compatriotes. Il ny a dailleurs pas un ct too much ici, mais quelque chose de trs plaisant avec un feeling unique, et, cerise sur le gteau, un leader en la personne de Cynar qui transcende bien lensemble avec ses vocalises assez railles et surtout trs puissantes, rappelant parfois Glen Danzig dans certaines de ses intonations. Cest, l aussi, un point commun avec nos poitevins et cest surtout une vidence que sa prsence est clairement ce qui permet aux italiens de marquer le pas et mme daccentuer leur particularit. videmment, Doomraiser ne donne ni dans la flamboyant, ni dans le tape lil, mais affiche quand mme une personnalit trs intressante, pour ne pas parler dintgrit, en pratiquant un doom metal savamment dos et particulirement bien excut. Cest mme dailleurs plaisant de se dire que ce Lords of Mercy na rien perdu de sa fracheur avec les annes, et que des albums dune aussi bonne qualit dans ce registre ne sont pas si lgions que cela.

Lords of Mercy en trois mots : urbi, et, orbi

— Derelictus, le 09 septembre 2018 (6673 lectures)

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MOTRHEAD - Bomber

MOTRHEAD - Bomber : 1979 · Bronze

Hard "70s

MOTRHEAD


Le seul dfaut de Bomber, cest dtre sorti entre Overkill et Ace of Spades, - je ne compte pas On Parole, puisquil fut enregistr antrieurement au premier album ponyme et refus par leur label, qui, le succs aidant, avait dcid de lui donner le jour la mme anne des sorties de Overkill et de Bomber. Cela dit, Bomber a souvent le statut de mal aim, quand on le compare son grand frre, mais en mme temps cest logique, et aussi son petit frre. Ce second album studio sorti en mille neuf cent soixante dix neuf, sept mois seulement aprs Overkill, est certes moins clinquant et bouriffant que la dflagration du mois de mars, mais il recle tout de mme de bons moments. Alors, videmment, lon restera tout de mme un peu sur sa faim si lon sattend quelques brlots comme le titre ponyme du prcdent album.

On peut en effet le concder facilement: de manire globale, le trio a un peu ralenti le rythme sur cet album. Enfin, ne vous mprenez pas avec cette assertion, car part sur Sweet Revenge, lensemble reste assez vigoureux et direct, mais avec sans doute plus de nuances. Cest dailleurs cette alternance entre diffrents tempi sur cet album qui le rend attachant, tant le groupe semble avoir voulu donner quelque chose de plus consistant et de moins strotyp, allant mme jusqu laisser le micro Fast Eddie Clarke sur le plus bluesy Talking Head. Malgr tout ceci, cela reste videmment du Motrhead pur jus ce Bomber, il ny a aucune tromperie sur la marchandise, soyez en assurs. Lon est toujours dans ce hard rock bien plus costaud que celui des grands ans, avec un feeling de proltaires que nauraient pas renis certains punk et galement les fans de la new wave of british heavy metal, dont ceux apprciant Saxon.

Derrire ces dix titres, il y a tout de mme une certaine forme dintransigeance face aux codes du grand rockn roll dans ce quil a de plus froce, de virile et durbain. Cette musique est clairement faite pour les paums des grandes cits industrielles en pleine dliquescence la fin des annes soixante dix, et tmoigne un peu du dbut de lair tatchrienne. Lon sent bien ici cette volont de schapper dun quotidien pas vraiment rose et de ressentir jusquaux pointes de ses longs cheveux ce sentiment de libert que seul ce type de mdia pouvait sans doute offrir cette poque. Motrhead cest un peu cet talon sur lequel tu ne peux y mettre une bride et qui fonce tte baisse devant soi et fuit ce monde rude, avec un peu ce sentiment de paranoa quinduisent des conditions de vie absurdes et labsorption de mauvais speed et de bires bas de gamme. Tout cela, on le ressent rellement lcoute de ces dix titres, et lon peut dceler des compositions assez enttantes comme Dead Men Tell No Tales, Bomber, Poison, Sharpshooter et lexcellente Stone Dead Forever.

Le tout est dailleurs servi par une excellente production, plus puissante que sur le prcdent album, et qui laisse bien respirer les trois instruments, nul besoin de tendre loreille par exemple pour entendre la Rickenbacker sature de Lemmy. Dailleurs, cette production rend clairement justice la musique du trio, et cest l quon peut se dlecter de la complmentarit des trois musiciens, entre le jeu de brute de Philthy Animal, les attaques monstrueuses de Lemmy et le jeu de guitare trs inspir de Fast Eddie Clarke. Bref, Bomber ne vient en aucun cas ternir limage du groupe et en a bien plus dans le ventre que ce que lon pourrait bien le croire, cest juste que plutt que de lutiliser comme bande son pour une soire de beuverie comme Overkill et Ace of Spades, lui ce sera plutt celui que lon senfile midi, un lendemain de beuverie, histoire de remettre le facteur sur le vlo en dgustant un par-dessus de gin tonic.

Bomber en trois mots : rustaud, direct, efficace

— Derelictus, le 09 septembre 2018 (6730 lectures)

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