Chroniques de mai 2018

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CULT OF OCCULT - Anti Life

CULT OF OCCULT - Anti Life : 2018 · Musicfearsatan

Funeral doom Sludgecore Freak doom

CULT OF OCCULT


Allez, entre nous, doomsters raffins, qui se sont forgs le caractre et la rsistance du tympan avec des disques rputs incoutables, osons le dire, on va avoir bien du mal ne plus se rjouir de l'existence de Cult Of Occult, n'est-ce pas ? Car aprs tout, malgr les temps pourris qui courent, pourtant propices cultiver le mauvais karma et la haine de son prochain (et donc le bon doom), force est de reconnatre que le ngativisme de qualit se fait rare. Tellement rare que mme les pionniers du genre ont fini par s'en lasser et se reconvertir (Moss, Black Shape Of Nexus, Corrupted... les exemples ne manquent pas). Donc quelque part, si le doom extrme n'est pas encore sur la liste des espces menaces d'extinction, c'est un peu grce eux, les Owlcrusher, les Monarch!... et les Cult Of Occult, qui ont le mrite, depuis le dbut, de ne s'tre jamais fourvoy dans quelques bavures atmosphriques que ce soit, partisans inconditionnels d'un fondamentalisme doom tout simplement trop rare pour ne pas tre apprci sa juste valeur. 

S'il n'tait question que de sauvegarde du patrimoine, on en resterait probablement l, avec les remerciements de rigueur, et une mdaille du patriotisme (satanico-thylique, bien sr), sauf qu'avec ce nouvel album joliment intitul Anti Life, Cult Of Occult vient de chuter encore un tage en-dessous, dans ses abysses infernales et hyper hostiles ; et aussi loin que l'on cherche dans nos souvenirs, chez Moss, Thorr's Hammer, Khanate, Bunkur, ou que sais-je encore, on en a pas entendu des masses des albums aussi putain de mortifre et noirtre. Instrumentalement, on va d'ailleurs avoir bien du mal rduire davantage le bordel, les guitares ont perdu le reste de leurs chairs pour ne conserver que la matire osseuse (en terme d'impact physique c'est autrement plus douloureux de se faire rosser coup de fmur que de viande moyennement frache...), chaque petite nuance tonale, mme la plus infi(r)me, fait l'effet d'un semi qui s'encastre dans votre oreille interne pour mieux vous polluer de l'intrieur ; quant la batterie... elle est d'une froideur clinique et d'une prcision chirurgicale : de l'abattage la chane, un ground and pound perptuel en slow-motion. Rien que d'un point de vue purement esthtique, Anti Life devrait rconforter les nostalgiques du vieux Monarch. Un vritable gouffre. A peu de choses prs, la dfinition mme du funeral doom total et totalitaire. 

Ou du funeral sludge peut-tre ? Conservant l'austrit du premier et le nihilisme du second, tout en prenant bien le soin d'vacuer toute notion de folklore, de dramaturgie ou de groove. Une sorte de Wormphlegm sans les grandguignoleries vocales simili-DSBM (encore qu'il y en a du DSBM dans Anti Life, tat proche de l'inertie, mais il est tellement pesant et froid qu'il en donnerait des airs de cages aux folles aux albums les plus mindfuck de Bethlehem...). Ou une sorte de Tyranny dbarrass de toutes fioritures mlodramatiques (les orgues, les arpges, en somme tout ce qui voque de prs ou de loin la lumire), voire de Corrupted allergique aux respirations ; bref un funeral sludge parfaitement hermtique, incapable de ngocier la sanction, incapable de lubrifier la pntration mentale, incapable d'humanit quoi... (D'ailleurs dans le mme registre, Anti Life fait une trs belle rponse au Caustic de Primitive Man, avec lequel il partage les mmes ambitions gnocidaires, le mme culturisme nantiste, minimalisme maximal / maximalisme minimal, et les mmes tranges dissonances dpressives : de quoi faire passer la quasi-entiret d'une scne pourtant consacre son dessein pour une cours de rcration. 

Anti Life (quel putain de slogan aussi, il aurait pu tout aussi bien sortir de l'esprit de Justin Broadrick dans sa priode Streetcleaner, nan ?) est d'autant plus extrme et constant qu'il va mme jusqu' vous pousser dans les derniers retranchements de votre propre endurance, de votre propre virilit. "Vais-je tenir jusqu'au bout sans tre tent de me noyer dans le cognac et m'immoler?", "vais-je encore supporter longtemps ce bourdonnement mononeuronal qui encule mon cerveau et encule des colonies entires d'apprentis Schopenhauer ?","maman c'est quand qu'on arrive, j'ai trop mal" ; bref, tant de questions existentielles que l'on avait plus forcment envisager de la sorte depuis quelques grands noms antiques (Things Viral, Sub Templum, Paso Inferior et j'en passe). De quoi se dire, sans avoir cogiter 107 ans, que Cult Of Occult, avec cet Anti Life vient de s'inscrire dans la droite ligne des patrons du genre, et que si parler d'un tel disque oblige presque des discours radicalo-virilistes, il faut aussi avoir une sacre rsistance pour se l'enquiller sans vrifier son pouls chaque nouvelle mesure.

Allez, osez le grand saut dans le trou noir, osez Anti Life, et si vous survivez la descente d'organe, la fonte musculaire, au combo cirrhose-syphilis carabin, on en reparle ensemble.




Anti Life en trois mots : le, fondamentalisme, ultrasick

— Krokodil, le 19 mai 2018 (5242 lectures)

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HANGMAN'S CHAIR  - Banlieue Triste

HANGMAN'S CHAIR - Banlieue Triste : 2018 · Musicfearsatan

Traditional doom Gothique New wave

HANGMAN'S CHAIR


Perdu dans Banlieue Triste, on erre de dents creuses en dents creuses, o la merde sagglutine, o la vie se dlabre, dans le grsillement anarchique de nons aux couleurs pisseuses, dans le refoulement nausabond de bouches daration importes du tiers-monde On pense aux frres darmes qui restent malgr tout, on pense ceux qui sont partis trop vite, on rve danesthsie dure indtermine, on rve didylle temps plein, et on achve chacune de ses trajectoires dans une forteresse de 20m.

Rarement sentiment de naufrage naura eu pareille saveur ; derrire son romantisme morbide la Type O, son parfum de Rouille dOctobre et ses arpges dliquescents : lessence mme du doom. Un spleen contagieux, mordant comme les courants dair qui traversent le couloir du 13me, puisant comme les 200 marches qui te sparent du rez-de-chausse, noir comme le gouffre dune cage dascenseur jamais acheve, froid comme le bton qui tencercle de toute part. Et cest quil en faut, des forces, du mental, du ras-le-bol de la galre, de linstinct de survie, pour venir bout de ses 67 minutes, et ne pas se retrouver dans la mme posture que le type en cuir sur la couverture, lui aussi otage de la Banlieue Triste Non pas parce que 67 minutes cest trop long (quand on aime le doom, on aime les marathons), mais parce que 67 minutes de drive, dans ses abysses intimes, dans les intestins gangrens de la ville, a use a use et a fait mal. Mal comme Colosseum, mal comme Warning, mal comme Dolorian, et mal tout court. Dailleurs la ressemblance avec Dolorian (sur le disque du mme nom) ne sarrte pas la douleur inflige, elle se retrouve jusque dans le son. Aqueux et trouble la fois. Le cours deau idal pour se dcomposer, le sdatif parfait pour se dissoudre lme. Un pont impossible entre Evoken et Johnny Jewel, lhritage de Pornography transplant en terres doom, lalliance miraculeuse de la cold wave et du hard (en parlant de cold wave, lcoute de Tara, on rsiste difficilement lenvie de cramer ses albums de Soft Moon pour sortir ceux dHTRK !). Des caisses claires dominatrices, habilles de juste ce quil faut de reverb pour ressusciter le spectre des 80s (The Sisters of Mercy avec), et des chorus dune beaut cristalline faire passer Slowdive pour du sludge Un son de rve quoi.

Et si Banlieue Triste ressemble une vilaine fusion de calvaire quotidien et de calvaire fantasm, soit tout ce que lon est en droit dattendre dun bon album de doom, il nen reste pas moins lumineux. Tellement lumineux que certains titres se paieront mme le luxe de venir vous rveiller au milieu de la nuit dans une piscine de sueur froide (Touch the Razor, Tired Eyes, Negative Male Child)(euh, en vrai cest pas juste certains titres, cest tous les titres). Mais les certains titres cits ont ce quelque chose en plus de fdrateur, duniversel (pour ne pas dire dUniversal), des mlodies qui crvent le cur et clouent les rotules au bitume, une bonne dose de dramaturgie FM et dauteurisme assassin, une justesse dcriture et de ton qui ne sera pas sans rappeler le virage culte de Katatonia sur cette merveille dalbum de doom romance impossible quest Discouraged Ones

Perdu dans Banlieue Triste et ses kilomtres de terrains vagues, le corps fatigu, le cur trop-plein, survivant dune nouvelle nuit de vide et dombre, on se retrouve enfin ; genoux vu de lextrieur, mais debout dedans. Un putain de disque en vrit.

Banlieue Triste en trois mots : amer, filmique, radieux

— Krokodil, le 04 mai 2018 (42590 lectures)

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