ULVER : The Assassination of Julius Caesar

2017, House of Mythology

— EyeLovya, le 25 février 2018 (741 lectures)

La musique en voiture, c'est merveilleux. Ça m'a pris plus jeune quand, assis sur la banquette arrière à traverser la ville au milieu de la nuit, la conscience usée juste à point pour que les enseignes lumineuses laissent de fugaces mais jolies traînées colorées sur la rétine, j'entendais sans l'écouter une musique électronique qui habillait parfaitement l'état dans lequel j'étais. Depuis, je l'ai cultivé et ça m'est resté sans que j'ai besoin aujourd'hui de m’abîmer pour le savourer.

Plus j'écoute ce Ulver, plus je suis impressionné par ce qu'il est : le disque de synth-pop ultime que je jurerais sorti directement d'une de mes rêveries nocturnes. Taillé pour la nuit, taillé pour la ville, imbattable en voiture. Opportuniste, c'est possible, à taper en plein dans la vague de nostalgie des 80's qui inonde tranquillement la musique et le cinéma (n'est-ce pas le générique de Stranger things que l'on croirait entendre au fond du refrain de Nemoralia ?), mais je le ressens comme un album qui se préparait depuis toujours et attendait sagement le bon moment pour sortir.

Des 80's, Ulver récupéré tous les synthétiseurs et en a extrait les sons les plus soyeux qui soient, des strates tissées de fils d'or à la brillance magnétique, ainsi qu'une voix toute aussi lumineuse et veloutée, polie et dénuée de tout grain, presque inhumaine dans sa lisseur irréprochable. C'est ce qui est fou avec ce disque, si l'influence des 80's est inexorable, il pourrait aussi être un reflet du futur, un peu le Blade Runner 2049 de la new-wave : tout est luxe sensoriel, les textures si chatoyantes et les mélodies si fines, un album comme l'illustration de l'eugénisme terminal, l'être parfait, plus synthétique qu'humain. J'imagine un groupe d'asexués à la peau de pêche, athlétiques sans être pourtant sportif, aux mimiques dramatiques contagieuses, d'une beauté surnaturelle littéralement copiée-collée de tableaux de la Renaissance.

C'est un caviar musical, une new-wave qui nous fait nous sentir spéciaux, comme si elle était réservée à l'élite, faite pour être jouée et écoutée dans des salles de bal immenses habitées par un empereur solitaire qui s'ennuie : pas que j'aime particulièrement le personnage, mais pour filer l'image, pensez Niander Wallace dans le même film. En fait, quitte à parler cinéma, je pense que cet album correspondrait très bien être une interprétation pop d'un récent film de Nicolas Winding Refn, qui est d'ailleurs en partie responsable du retour de l'esthétique néon que l'on retrouve mise à l'honneur ici dans une version pleine de dorures gourmandes.

J'adore cet album. J'adore avoir cru d'abord à un ersatz dispensable des derniers Depeche Mode et des vieux Pet Shop Boys ; j'adore les outros enivrantes et bouillonnantes de Rolling stone et Coming home ; j'adore les petites notes de piano brumeuses au début de So falls the world qui me rappellent tout bêtement un autre génie du synthétique qui jouait un certain morceau nommé Something I can never have ; j'adore la vision épique et poétique des événements historiques, sans aucune temporalité logique ; j'adore avoir l'impression d'entendre des clins d’œil disco aux Sister Sledge ou aux Blackbyrds çà et là ; j'adore le fait que tout ce glamour princier infusé dans des statues grecques soit la transcription idéale ou la sublime illusion d'une musique qu'il me semble avoir longtemps attendue.

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