BOLT THROWER : Cenotaph

1990, Earache Records

— Derelictus, le 11 novembre 2016 (1183 lectures)

Si de l’autre côté du miroir il n’y a rien de reluisant, pour rester dans la bienséance et éviter une énième fois de tirer sur l’ambulance, l’on peut dire, qu’ici, c’est carrément la guerre. Mais attention, pas celle des boutons, ou celle que l’on fait, caché derrière un écran, histoire de ne pas se salir et ainsi se faire gronder par sa maman à l’heure du goûter. L’on parle ici de véritable guerre, celle qui fait couler le sang, la sueur et les larmes, et donc pas d’un truc de fanfouette. En tout état de cause, nul autre groupe que Bolt Thrower ne pourra se prévaloir du terme guerre à chaque fois qu’on l’évoquera, et ce n’est pas faute pour certains de vouloir si essayer, rien n’y fera.

Qu’est-ce qui aura fait entrer Bolt Thrower dans le panthéon du death metal? C’est justement par ce style assez singulier, souvent imité, et notamment depuis une petite décennie, mais jamais égalé, et par une esthétique et des thématiques auxquelles le quintet restera attaché. Il suffit, à cet égard, de voir le nombre de groupes actuels reprenant certains de leurs schémas de compositions, et certains même chroniqués dans ces pages, pour se rendre compte de l’influence non négligeable de cette formation. L’on notera d’ailleurs, pour le côté brillons-en-société-parmi-nos-amis-chevelus-incultes, que ce mini est un peu à la césure entre les débuts bien imprégnés de grind et la seconde partie de carrière du groupe qui verra le quintet affiner ce style dévoilé dès ce mini et l’album qu’il précédait, l’excellent War Master, césure dont on se rend bien compte entre les deux premiers titres, explosivement bons, et les deux suivants, empreints de ce passé encore récent.

Le death metal de Bolt Thrower est sans doute le plus lourd pour l’époque, avec le choix pour un accordage en la, encore plus gras que chez les autres compères de cette scène, - donnant même le diapason à quelques minots en Finlande -, et le choix pour cette désormais fameuse alternance entre passages rapides et ceux en mid-tempo qui prennent désormais les devants, le tout, composé et exécuté de manière bien plus euclidienne que chez un Morbid Angel. Et c’est le choix entre ces deux constantes qui fait que le groupe écrase et emporte tout sur son passage, sans ne rien laisser de vivant derrière lui. L’on ne joue pas sur le côté putride de la chose ou sur les dissonances dérangeantes, mais bien sur une puissance et une efficacité exacerbées, qui n’en oublie pas non plus quelques temporisations bien plus rampantes.

Pour ainsi dire le chant lexical allant de marteau pilon à char d’assauts, en passant par les charges des éléphants d’Hannibal Barca, serait très facile à utiliser et à user jusqu’à la corde pour exprimer vraiment ce que l’on ressent à l’écoute des anglais, même sur à peine un quart d'heure comme c'est le cas avec cette réalisation. Oui, c’est véritablement puissant et ça ne débande jamais, tout en n’oubliant pas d’y insérer quelques harmonisations donnant cette coloration épique à l’ensemble. Oui, ça te donne envie d’en découdre comme jamais, et dans cet alliage entre death metal et ce côté un peu homérique, ça te renvoie assez facilement les enfants de chœur de la montagne du destin à y rester cloîtrés. D’ailleurs, en bons patriotes de Sir Winston Churchill, chez Bolt Thrower l’on ne connaît ni la reddition, ni la sédition, et encore moins la mutinerie. Pour ainsi dire, c’est un monument aux nuques meurtries qu’il faudrait ériger en l’honneur de ce groupe à l’aura et à la saveur incomparables.

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