Enslaved : RIITIIR

2012, Nuclear Blast

— gulo gulo, le 15 septembre 2016 (1279 lectures)

J'aime à me bercer de l'illusion douce, lorsque j'écris deux fois sur le même disque, que j'énonce des choses différentes. Mais en l'occurrence à quoi bon ? Lorsqu'on tient pour une fois un constat objectif solide comme le granit, pourquoi se priver de le contempler encore avec une non moins douce satisfaction ?

RIITIIR est un disque de rêve ; un vrai. C'est irréfutable : j'ai rêvé de lui, et il existe. Je rêve de disques, oui, de loin en loin - pas vous ? pas de veine. La plupart des fois, toutefois, ils n'existent pas, selon cette subtile inadéquation biaisée avec le réel qui fait tout l'amer sel des rêves, et la nostalgie que l'on ressent en s'en éveillant. Cette fois-là y ressemblait d'ailleurs, puisque je rêvai d'un album d'Opeth impossiblement beau, sans la moindre nuance de grotesque, sans la moindre construction en étages de meringues et fruits confits, sans la plus petite ombre de double menton ; juste beau infiniment, d'une élégance élancée, déliée, saline, qui fendait avec agilité le ciel gris sur la mer, plus fin et pénétrant que la pluie même, virevoltant et tranchant les longues gouttes de la pluie elle-même avec la mortelle précision d'un maître forgeur de sabres japonais... On commence à déjà déraper donc autant se mettre au diapason pendant qu'il en est encore temps d'un disque émondé, dénudé de tout ce qui ne concourt pas à la vitesse et la pureté de sa trajectoire, et solder un suspens qui n'existe pas : je ne me souviens plus combien de temps - pénible, cf l'amertume sus-évoquée - après le réveil j'ai fini par avoir la révélation, comme le soleil troue l'orage : cet album je le possédais déjà depuis alors quelques semaines, et c'était RIITIIR. Album tellement miraculeux qu'on ne peut croire à son existence, et qu'on s'autorise à le désirer au royaume permissif des rêves, alors qu'on le détient déjà ; l'inconscient ne peut croire à la réalité de pareils disques, CQFD. Merci de votre attention.

Riitiir donc, évidemment, comme MC Jean Gab'1 ne s'arrête pas là, puisqu'il est bien réel. Il est également le disque qui vous rappelle à la façon d'une vivifiante gifle que A-Ha sont norvégiens, et qu'aussi Enslaved pourront toujours mettre autant qu'il leur sied de Pink Floyd ou de Yes dans leurs albums, ceux-ci n'en resteront pas moins aussi sévèrement black qu'un bon café italien, d'ailleurs il y a quelque chose de vénitien à RIITIIR, autant qu'un viking peut l'être - mais que ne peut-il quand les rêves s'invitent dans le réel ? Il paraît que depuis l'appellation dream thrash a été inventée, depuis ; pour un autre groupe. Fadaises. Si une telle chose existe, c'est RIITIIR.

Quant à décréter RIITIIR le meilleur album d'Enslaved, sans même devoir répéter qu'un groupe qui m'est cher a rarement un unique meilleur album à mes yeux : cela impliquerait un manquement au respect dû de droit divin à Mardraum, auquel malgré les transes hagardes dans lesquelles me plonge RIITIIR je ne suis pas encore rendu. Mais on n'est pas passé loin.

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