MANILLA ROAD : Crystal Logic

1983, Roadster Records

— Derelictus, le 14 septembre 2016 (1283 lectures)

C’est ici que Manilla Road prendra une toute autre dimension et deviendra cette légende du metal épique au même titre qu’Omen, Brocas Helm, et, il faudra leur rendre justice un jour, Manowar, - pour ce qui est de la période Ross the Boss. Non pas que les albums Metal et Invasion furent foncièrement mauvais, loin s’en faut, de même que pour le longtemps laissé de côté et occulté, Mark Of The Beast, mais il est indéniable que le trio de Wichita avait passé un cap essentiel avec ce fameux Crystal Logic. Le ton s’était considérablement durci, même si l’on retrouve encore quelques éléments des débuts sur quelques titres, se faisant volontiers bien plus rugueux qu’auparavant, même si la production datée ajoute évidemment à ce cachet, et, surtout, délaissant les buvards et les voyages cosmiques, pour quelque chose de plus terre à terre, et se tournant ouvertement vers les donjons et les châteaux, et abordant fièrement, par la même occasion, tout l’attirail du parfait chevalier métallique, dont l’épée. C’est aussi la raison pour laquelle vous retrouvez ce disque de ce côté du miroir. 

Il y a évidemment une volonté d’en découdre et les trois musiciens ont chaussé leurs attributs viriles pour nous emmener vers une épopée digne d’Homère. Il y a tout dans cet album de ce que l’on peut attendre d’un album de metal épique: entre les titres directs à faire secouer sa longue crinière, du genre "Necropolis" et "Crystal Logic", les appels aux chevauchées sans contraintes comme "Feeling Free Again" et "The Riddle Master", et, bien évidemment, un titre plus nostalgique, avec ici une pièce de choix avec "The Dreams of Eschaton". C’est aussi facilité par une très grande maîtrise de leur art de la part du trio, qui avait franchi plusieurs palier des compétences, offrant pépites sur pépites. Oui, l’on peut parler en long et en large de cet album, c’est avant tout une sacrée collection de titres plus entêtants les uns que les autres que nous avons ici. Et puis, évoquer Manilla Road sans aborder la maestria de Mark Shelton reviendrait à faire preuve d’une ignorance crasse. Il est évident que dans toutes ces fameuses listes des meilleurs guitaristes de metal que l’on retrouve épisodiquement sur les magazines spécialisés et autres sites de la même espèce, c’est sans nul doute le grand absent de ce type de liste. 

Assurément, l’autre grand moustachu du heavy aura marqué de son empreinte le metal avec un grand "m" de par son jeu assez atypique, - ce n’est d’ailleurs pas un amateur de Robert Fripp pour rien -, ses soli vraiment bien sentis et cette inspiration assez surprenante. Ce n’est d’ailleurs pas un certain Leif Edling qui dira le contraire, puisque le titre "The Veils of Negative Existence" l’aura marqué à vie dans cette manière d’agencer les riffs. Crystal Logic, c’est juste de l’or en barre et ça procure toujours autant de plaisir à se l’écouter, quelle que soit l’occasion. Votre humble serviteur a d’ailleurs découvert ce groupe par le biais de cet album au hasard d’une trouvaille dans une échoppe désormais fermée, et sera totalement conquis à la cause. Dans tous les cas, cet album ouvre une des plus belles trilogies du metal, avec Open the Gates et The Deluge, et mérite amplement son caractère culte qui lui est attribué. Et pour justement confirmer cette assertion par un argument indémontable, n’est-ce pas un certain Gylve Nagell, plus connu sous le nom de Fenriz, qui déclarait ceci sur le refrain de "Raised on Rock": « I've made my own code / sold my soul to Manilla Road / Modern metal I don't give a fuck / UH! I was raised on rock ».

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